« Enzo, c’était mon meilleur ami et ma liberté »

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Vibrer — Phosphore

L’histoire de Benjamin, 19 ans

« Enzo, c’était mon meilleur ami et ma liberté »

Jean Berthelot de La Glétais

Enzo, c’était mon meilleur ami pendant toute la primaire. On était dans la même classe, et on se retrouvait au moins trois après-midi par semaine pour traîner ensemble. Parfois, c’était pour faire des petites bêtises, comme ce jour où notre instituteur nous a attrapés la main dans le pot de cartes Pokémon qu’il avait confisquées depuis le début de l’année. Mais le plus souvent, c’était pour s’amuser et se dépenser en faisant du sport, de la pêche, de la randonnée notamment. On habitait près d’Annecy, à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre. Alors on se retrouvait, et on partait se promener, nager… On avait deux caractères très proches ; pas du tout scolaires, on aimait faire les pitres. Et surtout on avait cet amour de la nature qui n’était pas si commun chez les jeunes de notre âge. Beaucoup de nos amis préféraient jouer à la console ou regarder des films.

Nos familles avaient fini par se rencontrer et devenir amies, nos pères en particulier. C’est le sien, d’ailleurs, qui m’avait emmené traverser à la nage le lac d’Annecy. Il y avait quand même deux kilomètres ! J’avais peur. Mais je voyais qu’Enzo était confiant, alors ça m’a donné confiance aussi. C’était ça, notre amitié : on savait qu’on pouvait compter l’un sur l’autre.

Et puis il y a eu l’entrée en 6e : nous n’étions pas dans le même collège. On a commencé à moins se voir. On sentait qu’on avait chacun des groupes d’amis différents… Ce n’était plus tout à fait pareil. En 5e, tout a basculé : j’ai déménagé. Pas très loin, pourtant. On aurait pu se revoir souvent, mais on ne s’est retrouvés que quatre ou cinq fois en 4e et en 3e.

À 15 ans, ça a été la rupture. Je suis parti à Thonon, suivre un apprentissage en restauration. Enzo, lui, était en seconde générale. Au fil des ans, il était devenu beaucoup plus scolaire et visait des études d’ingénieur. Moi, j’avais déjà un pied dans la vie active… Un décalage s’est installé. Avec lui, mais plus globalement avec ceux qui étaient restés en voie générale. Je pense que le fait de ne plus avoir les mêmes cours nous amène à moins échanger, parce que nos scolarités sont trop différentes. Ensuite l’apprentissage se faisant en internat, je n’étais pas là la semaine, ce n’était plus possible de se voir l’après-midi ni même le soir. Les amis restés en générale, en revanche, se retrouvaient à ces moments-là, ce qui renforçait leur proximité. Au bout d’un moment, nos préoccupations, nos centres d’intérêt, nos copains n’étaient plus du tout les mêmes.

Aujourd’hui, je me dis que c’est la vie, que certaines relations sont vouées à évoluer ou à disparaître. J’avoue que notre amitié me manque. J’en ai la nostalgie. Pas d’un moment en particulier, plutôt d’un sentiment général, peut-être de cette insouciance de l’enfance. Une chose, quand même, me revient, en particulier : la liberté ! Nous nous sentions libres de faire plein de choses, et surtout des activités que ceux de notre âge n’aimaient pas pratiquer, sans se soucier du regard des autres. Enzo, c’était mon meilleur ami, et c’était aussi ma liberté. En parlant avec le journaliste de Phosphore, je me suis dit que finalement je voulais revoir Enzo : je lui ai envoyé un DM sur Insta, et il m’a répondu très vite. On va faire une randonnée ensemble, bientôt ! Je ne sais pas si notre amitié reprendra comme avant. On verra bien !