« J’ai trouvé ma vocation grâce à un jeu vidéo »

← Retour à Phosphore

Vibrer — Phosphore

L’histoire d’Antoine, 15 ans

« J’ai trouvé ma vocation grâce à un jeu vidéo »

Jean Berthelot de La Glétais

Peut-être qu’au fond, j’ai toujours eu envie de conduire des tracteurs. Dans mon jardin, il y a encore le modèle à pédales que j’avais quand j’étais petit. Il fait le bonheur des enfants dont s’occupe ma mère, qui est assistante maternelle !

Mais j’ai d’abord eu la passion de la voiture, transmise par mon père. Tous les deux ans, on va au Salon de l’auto à Paris, on se rend à des rassemblements plus modestes, aussi, il m’en parle et c’est quelque chose qui nous lie depuis toujours.

Assez logiquement, quand j’ai commencé les jeux vidéo, vers la fin de la primaire, je me suis tourné vers les simulations automobiles, comme la série des Gran Turismo. Et à 10 ans, j’ai découvert Farming Simulator. Le principe est simple : on doit contrôler et gérer une exploitation agricole, ce qui inclut notamment de conduire des engins, des tracteurs principalement.

Je ne connaissais rien au début, et c’est normal, mais le jeu propose plein de petites aides qui permettent de progresser très vite. J’ai tout de suite adoré. Ce que j’aime beaucoup, c’est que c’est très réaliste, mais si on fait des dégâts en conduisant, ça n’est pas bien grave puisque c’est virtuel. C’est aussi ce qui me plaît dans Gran Turismo, le sentiment de vitesse en plus.

Pour la première fois, je me suis retrouvé à supplier mes parents de terminer de faire quelque chose quand ils m’appelaient, par exemple pour le repas. Bon, je crois que si je leur pose la question, ils vont dire que j’abusais un peu avec ça… Mais j’étais vraiment passionné, à fond dans ce jeu ! Pourtant, c’est un milieu que je ne connais pas trop. Ma famille ne vient pas du monde agricole. Mais nous avons un camping-car, et avons pris l’habitude de faire des étapes dans des fermes quand on part tous ensemble.

En fait, c’est même comme ça que j’ai commencé à m’intéresser aux engins utilisés en agriculture, puisque lors d’une de ces étapes je suis monté sur mon premier tracteur. Je m’en souviendrai toute ma vie ! C’était au Pays basque, à Ainhoa, l’été entre le CM1 et le CM2. Chez un monsieur qui produisait des piments d’Espelette, et j’étais impressionné parce que son terrain était très pentu. Je suis resté une dizaine de minutes avec lui sur son vieux tracteur, mais j’ai eu le sentiment que ça durait une heure !

En rentrant, j’ai commencé à chercher tout ce que je pouvais sur Internet, en rapport avec les tracteurs. Et c’est ainsi que je suis tombé sur des vidéos YouTube présentant Farming Simulator. Quand j’ai eu le jeu, j’ai rapidement convaincu des copains de le prendre aussi. Et donc je jouais avec eux, avec mon ami Tom en particulier, et on a fait quelques parties mémorables.

En sixième, puis surtout en cinquième, j’ai commencé à voir ma sœur Julie, qui a deux ans de plus que moi, s’intéresser de près à son orientation. Ça m’a amené à y réfléchir également, et je me suis demandé ce que je pourrais faire après le collège. Et c’est venu comme une évidence : je voulais conduire des engins agricoles. J’étais parfaitement conscient du fait que je n’avais connu que des expériences virtuelles, mais j’étais aussi certain que le réel me plairait.

Mes parents ont été un peu surpris au début, mais ne m’ont pas du tout découragé, au contraire. Ils voyaient très bien que mes connaissances sur l’agriculture dépassaient largement le cadre du jeu vidéo : dès qu’on passe près d’un champ, en voiture, je suis capable de leur expliquer quelles céréales ou quels légumes on y cultive… Il y a trois ans, j’ai aussi connu un moment décisif : en vacances avec mes grands-parents dans le Cantal, j’ai pu conduire pour la première fois un vrai tracteur ! Un agriculteur très gentil m’a montré comment faire, et m’a dit qu’il était impressionné par ce que je savais déjà. Au début, j’avais un peu d’appréhension avant de le conduire, j’avais notamment été marqué par ses immenses roues. Mais très vite, j’ai compris que la conduite était très intuitive et la direction souple. Depuis, j’ai eu l’occasion de me mettre au volant d’une voiture dans un terrain privé et je trouve que ce n’est pas si différent, même si on sent évidemment qu’il y a plus de puissance. C’est d’ailleurs ce qu’il faut garder en tête : c’est un engin qui peut faire beaucoup de dégâts. Il ne faut pas non plus appréhender, mais il faut toujours s’en souvenir.

Tout au long du collège, je n’ai fait que réaffirmer cette envie de devenir conducteur d’engins agricoles. Certains enseignants me demandaient pourquoi je voulais me diriger vers la voie professionnelle alors que je pouvais rester en filière générale, mais je ne comprends pas trop cette manière de voir les choses. L’essentiel, c’est de faire ce qu’on aime, non ? D’autres, au contraire, m’ont poussé, à l’image de ma prof de français l’an passé. C’est elle qui m’a aidé à chercher comment aller vers ce métier.

J’ai obtenu le brevet des collèges en juin dernier et j’ai postulé au Centre de formation d’apprentis (CFA) de Pugnac, en Gironde, pas très loin de chez moi. J’ai commencé en septembre un cursus pour décrocher un brevet professionnel de travaux de conduite et d’entretien d’engins agricoles. Je veux ensuite passer un bac professionnel puis un brevet de technicien supérieur, pour être vraiment formé au mieux.

Je me partage entre mes cours au CFA, une semaine par mois, et un stage chez un éleveur de bovins, le reste du temps. Cette partie-là me plaît beaucoup, j’en avais assez d’être seulement à l’école. Je me rends compte que cela correspond pleinement à mes attentes, à ce que j’aime faire. Et j’apprécie aussi énormément le contact avec la nature, avec les bêtes, auxquelles nous devons nous adapter. Ce qui est un peu difficile, c’est de savoir qu’elles seront abattues ; cela oblige à ne pas trop s’attacher. Mais pour le reste, c’est un travail qui me plaît. Et qui ne m’empêche pas de continuer à jouer à Farming Simulator. Le plus souvent, toujours avec mon ami Tom. D’ailleurs, lui aussi se dirige désormais vers l’agriculture !