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Tourné en partie dans les Pyrénées, Barrages est un documentaire qui interroge sur la privatisation annoncée de ces ouvrages d’art. Il sera projeté le 3 mars à l’Utopia, à Bordeaux, en présence de l’équipe du film. 

« Chers collègues, je vous demande de ne jamais oublier que vous avez (…) un devoir impérieux : de continuer à défendre, sans jamais défaillir, le service public, propriété de la Nation contre les représentants du grand capital industriel et bancaire dont le seul objectif est d’asservir encore plus le pays à leurs insatiables besoins de domination et de profits. » Prophétique, Marcel Paul ? Lorsqu’il a contribué à la nationalisation de l’énergie dans l’immédiate après-guerre, donc à la création d’EDF-GDF, l’ancien résistant a rapidement mesuré les dangers guettant le secteur. Ayant œuvré à faire de l’entreprise l’une celles qui garantissaient les meilleures conditions de travail, de congés payés, de retraite, le ministre communiste du Général de Gaulle ambitionnait de faire de ce modèle un exemple à suivre, pas à combattre. Il insistait aussi et surtout sur l’importance de conserver la souveraineté énergétique, pour des raisons économiques et, plus encore, de sécurité. Mort en 1982, Marcel Paul n’a pu assister au lent détricotage d’une partie des acquis sociaux, pas plus qu’aux coups de butoir successivement portés à bien des services publics. C’est aujourd’hui « son » domaine qui est menacé, celui de l’électricité : l’Europe somme la France d’ouvrir à la concurrence un tiers de ses grands bagages hydrauliques. 

« Un film engagé »

Géographe de formation, installé à Figeac, dans le Lot, le réalisateur Nicolas Ubelmann s’est penché sur le sujet ; son documentaire, Barrages, sera présenté le 3 mars à l’Utopia, à Bordeaux. Huit ans après La Dette, corréalisé avec Sophie Mitrani et qui analysait notamment la faillite grecque et ses conséquences, le cinéaste a voulu, cette fois, s’intéresser aux dangers potentiels de la privatisation de ces indispensables ouvrages d’art, dont certains se trouvant dans les Pyrénées. « Sans les barrages, le système électrique s’effondre, sans même parler de leur rôle dans l’approvisionnement en eau potable ou dans le refroidissement des centrales », prévient Nicolas Ubelmann. Lequel laisse très largement la parole, dans son documentaire, à des personnalités politiques — le film est notamment soutenu par le député girondin de la France Insoumise, Loïc Prud’homme —, à des chercheurs, et surtout à des ingénieurs d’EDF. « Ce sont leurs inquiétudes qui sont mises en avant, je me fais leur porte-parole », assure le documentariste, qui ne prétend pas à la neutralité. « C’est un film engagé pour le service public et pour que les barrages restent dans son giron. Il y a de quoi être préoccupé, quand on voit les précédents, dont les concessions faites aux sociétés d’autoroute… » Premier assistant-réalisateur, Alexandre Keirle est étudiant à l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine : « on aimerait, grâce à ce film, que beaucoup de gens se fassent leur opinion sur le sujet et s’en emparent, d’une manière ou d’une autre. Notre génération cherche à apporter sa pierre à l’édifice dans le futur qu’on construit, cela passe aussi par là. » « Les épisodes de canicule vont se multiplier. Les barrages représentent aujourd’hui 70 % de l’eau de surface en France. Veut-on vraiment donner le droit d’ouvrir ou non le robinet à des entreprises dont le sens de l’intérêt général n’est pas garanti ? » interroge Nicolas Ubelmann.

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