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Pour le meilleur et pour le pireFS-03-Mercredi-1409.indd.1 - copie

Entre Jeannie Longo et son mari, Patrice Ciprelli, c’est l’histoire d’une collaboration de plus de trente ans. Accusé d’avoir acheté de l’EPO, ce dernier pourrait ternir durablement l’image de son épouse.

« Il est le plus extraordinaire des hommes. Pour ne pas dire le plus admirable. » Peut-on imaginer plus belle déclaration ? Voilà en tout cas comment Jeannie Longo décrivait son mari, Patrice Ciprelli, dans son autobiographie parue en 1988 Du miel dans mon cartable. Vingt-trois ans plus tard, la sportive la plus titrée de France tiendrait-elle toujours le même discours ? Le couple est en tout cas au coeur d’une tempête qui pourrait ternir considérabement l’image de la sportive la plus titrée de France et entraîner, peut-être, l’arrêt de sa carrière. A l’heure actuelle, pourtant, il est indispensable de rappeler une évidence : rien ne permet d’affirmer que Jeannie Longo ou son mari ait eu quelque lien que ce soit avec le dopage. Mais la mise en cause de la Grenobloise par l’Agence française de lutte contre le dopage puis les documents publiés hier par L’Equipe jettent une ombre sur une carrière jusqu’ici exemplaire, ayant mené Longo vers une immense reconnaissance populaire, elle qui est aujourd’hui la sportive préférée des Français. A 52 ans, Jeannie Longo est une icône, passée par le ski alpin avant de tout rafler en cyclisme. Sélectionnée en équipe de France universitaire, la jeune femme, déjà conseillée par celui qui allait devenir son mari, luimême ancien skieur de haut niveau – termine cinquième du Championnat de France de slalom en 1982. Mais c’est bien sûr sur un vélo que à 19 ans, la native d’Annecy fait vraiment parler d’elle : elle remporte son premier titre de championne de France sur route, qui sera suivi de… 33 autres. En 1981, elle devient vice-championne du monde de la discipline avant de décrocher l’or quatre ans plus tard. C’est ce métal qui sera plus souvent qu’un autre son apanage. Avec une victoire aux JO, 13 titres de championne du monde et… 59 de championne de France, Jeannie Longo présente un incroyable palmarès.

Hors Ciprelli, point de salut

Derrière cette réussite et cette longévité, un caractère, d’abord. Un homme, ensuite. Le caractère ? Celui d’une perfectionniste hors norme, capable d’abandonner le piano, dont elle est une virtuose, pour la seule raison qu’elle sait ne pas être assez douée pour pouvoir devenir concertiste. L’homme ? Patrice Ciprelli, donc, rencontré en terminale à Grenoble, celui dont Longo elle-même dit qu’il en a fait une battante. « Il m’a communiqué l’esprit de compétition enseigné par ses parents, alors que les miens m’avaient orientée vers une pratique […] dont l’amusement était le souci principal », écrivait-elle dans son autobiographie. Celui qui lui ressemble tant, aussi, dans son goût pour une forme de solitude qui ne l’a jamais quittée : « Ni l’un ni l’autre n’aimions la vie communautaire et le superficiel des relations de groupes », ajoutait-elle. Le travail d’équipe, Jeannie n’est pas fan. Dans le ski, le cyclisme, elle entretient tour à tour des relations explosives avec les fédérations et se coupe souvent de ses condisciples et des encadrements nationaux. Son seul entraîneur, c’est Patrice Ciprelli ; quand il la délaisse en 2007 pour entraîner Edwige Pitel, Longo prend l’eau et laisse à sa rivale le titre de championne de France. C’est précisément à cette époque que Ciprelli aurait acheté des produits dopants ; revenu ensuite auprès de son épouse, l’entraîneur de 56 ans, suspendu hier à titre conservatoire par la Fédération française de cyclisme, a permis depuis à Longo de redevenir championne de France à quatre reprises. La suite ou la fin d’une belle histoire ? Les prochains jours devraient apporter une réponse à cette question.

ENTRETIEN DOCTEUR DE MONDENARD

L’ancien médecin du Tour de France, spécialiste de la lutte contre le dopage, livre un regard désabusé sur le milieu du cyclisme.

FRANCE-SOIR Quel est votre sentiment sur cette affaire ?

JEAN-PIERRE DE MONDENARD D’abord, je m’interroge sur la manière dont Patrice Ciprelli se serait procuré de l’EPO, selon Joe Papp en tout cas. S’il a vraiment échangé par e-mail en donnant son vrai nom, puis s’il s’est fait livrer des seringues chez une proche, c’est d’un amateurisme incroyable ! Pour le reste, je ne sais pas si Longo s’est dopée, évidemment, et ne me permettrais en aucun cas d’émettre une hypothèse sur le sujet. Tout ce que je sais, c’est qu’après de nombreuses années passées à soigner des cyclistes de haut niveau, je n’ai plus aucune illusion : je n’en ai jamais rencontré un qui ne se dope pas. Même ceux dont je pensais qu’ils étaient irréprochables, qui m’étaient parfois envoyés par leurs parents précisément parce qu’ils connaissaient ma position vis-à-vis du dopage, ont fini par tomber dans le piège. C’est presque inéluctable.

F.-S. Comment l’expliquez-vous ?

J.-P. M. Les sportifs sont humains ! Ils sont exposés à une incertitude parfois insupportable tant la pression est forte. Ils vont donc se tourner vers tout ce qui peut améliorer leurs performances, quitte à passer la ligne jaune. Jeannie Longo n’est pas différente, elle n’est pas une mutante. Encore une fois, il est possible qu’elle ait résisté à cette tentation, mais ça me paraît très compliqué…

F.-S. Hormis un incident en 1987 (lire ci-contre), Longo n’a pourtant jamais été mêlée à une affaire de dopage…

J.-P. M. Oui, mais les contrôles négatifs, en particulier en compétition, ne veulent rien dire ! Regardez Ben Johnson, il avait été contrôlés 19 fois avant Séoul sans qu’on ne trouve rien. C’est précisément pour cela que les contrôles inopinés ont été instaurés : aujourd’hui, personne ne se dope à l’approche des compétitions. C’est plutôt en cure, tout au long de l’année ; pour l’EPO, par exemple, ce sont deux ou trois injections par semaine sur 20 à 30 jours. D’où l’importance de se rendre disponible pour tout contrôle inopiné, c’est une occasion en or de prouver sa bonne foi. C’est ce qui m’ennuie le plus dans cette affaire : le fait que, par trois fois, Longo ait manqué à ses obligations de localisation.

Jean Berthelot de la Glétais

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