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Révélateur d’un climat délétère autour de l’école en cette période de rentrée, la Tyrannie des Parents dresse un état des lieux effrayant. Son auteure, Anna Topaloff, s’est confiée à Grazia.

« Prof de merde. Incapable. Connard fini. » Dans la salle comble de l’école maternelle, ce père n’a pas de mots assez durs envers l’enseignant de son fils. Le crime commis par l’inculpé, au cœur de ce Conseil d’école opportunément transformé en tribunal populaire ? N’avoir pas su empêcher un drame, en l’occurrence la disparition… d’un doudou.

Des anecdotes semblables à celles-ci, Anna Topaloff en a entendu des centaines, parfois bien plus dramatiques, comme cette prof qui énumère avoir déjà reçu « une gifle, un coup de poing dans le ventre, un coup de pied dans le tibia ». Journaliste pour Marianne, spécialiste de l’éducation, Anna Topaloff s’est plongée dans un milieu où le discours officiel tend à minimiser les tensions entre parents et enseignants. « “Ce sont de petites histoires, rien de plus”, voilà ce qu’on me répondait lorsque je posais des questions sur ces problèmes de violences scolaires. Mais, hors micro, surtout auprès des enseignants de terrain, je recueillais des bribes de malaise, qui ont fini par faire sens et me convaincre d’écrire ce livre ».

« Cette rentrée devrait être compliquée »
Quelques jours après la rentrée, la lecture de sa Tyrannie des Parents, qui vient de paraître chez Fayard, fait froid dans le dos. Le livre dresse le portrait d’une école où les citoyens se croisent sans se comprendre, parfois, et s’affrontent, souvent. Avec les enfants au milieu. « Et cette rentrée devrait encore être compliquée », se désole Anna Topaloff. « On en est au troisième ministre avant même la mi-mandat de François Hollande, qui avait pourtant assuré que l’éducation serait sa priorité. Et quelles garanties donne Najat Vallaud-Belkacem, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale ? Elle n’a pas réussi à tenir tête aux parents sur les ABCD de l’Égalité. Quel signal envoie-t-on aux enseignants ? »

Pas celui d’une institution qui les soutient, en tout cas. À lire les nombreux témoignages réunis par Anna Topaloff, ils en auraient pourtant bien besoin face à des parents qui, de plus en plus, leur inspirent un sentiment plus effrayant encore que l’incompréhension : la peur. « Au-delà de leur devoir de réserve, c’est ce qui explique que j’aie parfois eu du mal à les convaincre de me parler », explique la journaliste. « Il a fallu leur assurer que je changerais leur prénom, leur ville… ils craignaient que les parents se reconnaissent et redoublent d’agressivité ». La culpabilité, aussi, paraît ronger les enseignants victimes de violences verbales ou physiques. « On leur renvoie une très mauvaise image d’eux, comme si additionner 2+2 suffisait pour être un bon prof et si les autres problèmes étaient de leur faute. Avant, on leur disait qu’ils ne savaient pas tenir leur classe. Désormais, on leur dit qu’ils ne savent pas communiquer avec les parents », poursuit-elle.

« Des réflexes de consommateurs »

« Communiquer avec les parents », l’impératif confine à l’absurde, parfois, comme lorsque des enseignants sacrifient l’intérêt pédagogique d’une activité au profit d’une autre, plus génératrice de colliers de perles et de colifichets kitsch, dans le seul but de montrer aux parents que leur bambin a « fait quelque chose ». « Les parents ont, de plus en plus, des réflexes de consommateurs », reprend Anna Topaloff. « Ils estiment que dans “service public”, le mot-clef c’est “service”, et oublient la suite, acceptant mal le fait que l’enseignant ne puisse s’occuper de leur enfant autant qu’ils le font eux-mêmes. »

Critique envers les parents, le livre d’Anna Topaloff n’épargne cependant pas l’Éducation nationale. « C’est une institution qui demande en permanence aux enseignants de s’adapter, de se moderniser, mais qui ne le fait jamais elle-même », relève la journaliste. « Il est évident que l’école ne remplit plus sa mission, elle doit se réformer, à la fois pour mieux préparer à la suite et pour remettre l’égalité au cœur de ses valeurs. Aujourd’hui, les critères d’orientation ne sont pas clairs, par exemple, et cela se fait à la tête du client, selon le carnet d’adresses des parents ou leur capacité à venir pleurer tous les jours dans le bureau du proviseur. Cette injustice crée de la frustration. » Les parents, enfants terribles de l’école républicaine ? À la lecture du livre d’Anna Topaloff, il apparaît que les choses ne sont pas si simples et certaines idées sont battues en brèches. « On prétend parfois que les parents sont démissionnaires, mais ce n’est, globalement, pas le cas », avance la journaliste. « Ils en font beaucoup, beaucoup trop et n’importe comment parfois, mais ce qui est rassurant, c’est qu’ils croient le faire pour le bien-être de leur enfant. De la même manière, on voit que leur colère est à la hauteur des attentes qu’ils placent en l’école. S’ils n’y croyaient plus, ils ne seraient pas aussi impliqués », conclut Anna Topaloff.

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