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Témoignage / L’affaire qui a changé ma vie

Disparus de Boutiers, le deuil impossible

Robert Richard a été maire de Boutiers Saint-Trojan, en Charente, durant 34 années. C’est dans ce village que vivait la famille Méchinaud, Pierrette, Jacques et leurs fils, Éric et Bruno. Tous les quatre se sont volatilisés le soir de Noël 1972. Sans qu’aucune trace n’ait jamais été retrouvée, ce qui en fait une affaire unique dans les annales judiciaires… Il raconte comment ce mystère irrésolu n’a cessé, depuis, de hanter le lieu.

 

 

Robert Richard est retraité, mais ce n’est là qu’une activité à temps partiel. Car l’on devine, à le croiser seulement, que le jeune septuagénaire, affable et volubile, coule des jours actifs dans sa maison au cœur de Boutiers Saint-Trojan. Boutiers Saint-Trojan ? En bordure nord de Cognac, ce petit village de 1 500 âmes ne se distinguerait qu’à peine des milliers d’autres qui parsèment l’Hexagone ; d’apparence tranquille, sans histoire, tout juste se signale-t-il par des vestiges de villas gallo-romaines et une Commanderie millénaire.

Il fut pourtant le théâtre, en 1972, de ce qui reste aujourd’hui encore l’un des plus extraordinaires faits divers de ces cinquante dernières années. Un mystère dont Robert Richard est bien placé pour savoir qu’il hante les rues de Boutiers : il en a été le maire durant 34 ans, de 1980 à 2014. Et si l’ancien conseiller général PS — encore élu en 2011 avec 75 % des voix dans sa commune charentaise — s’est retiré de la vie politique, il n’en reste pas moins un observateur attentif des affaires du pays comme de celles de son village. « Aujourd’hui encore, je vois bien que cette histoire tient en haleine les Boutiérois. Il y a ceux qui étaient déjà là au moment où c’est arrivé, et ceux qui se sont installés depuis, lesquels ne tardent jamais à être au courant et à poser des questions, reconnaît-il. Mais ni moi ni personne n’avons de réponse à leur apporter. »

Et pour cause : malgré des moyens considérables déployés à l’époque et au début des années 2010, « l’affaire des disparus des Boutiers » n’a jamais pu être résolue. Pire : rien, pas même le plus petit indice, la moindre trace, n’a été retrouvé. « C’est ce qui en fait une affaire hors norme, unique même, constate Robert Richard. La plupart du temps, quand une famille disparaît, on retrouve des traces, des témoignages, quelque chose. Là, rien. C’est comme s’ils s’étaient volatilisés. »

« Ils » ? Pierrette, Jacques, Éric et Bruno Méchinaud. Pierrette, la mère, jolie brune de 29 ans, est une femme au foyer discrète, que l’on ne voit guère que lorsqu’elle sort faire quelques courses ou va chercher les enfants à la sortie des classes. Car Éric, 7 ans, et Bruno, 4 ans, sont scolarisés à l’école du village, à quelques pas de chez eux, de leur maison blanche aux volets verts presque effacée en bord de route. « Ma femme était institutrice et Bruno était dans sa classe, se souvient Robert Richard. C’était un gamin souriant, sans histoire. Je croisais parfois sa mère et nous nous saluions en voisins, cordialement. »

 

« L’absence n’a pas vraiment surpris »

 

Arrivés depuis quelques mois dans le village, les Méchinaud, originaires de la région mais pas précisément de Boutiers, n’ont pas encore eu le temps de s’y faire des amis intimes. Il faut dire que de l’avis général, le couple n’est pas du genre causant ; le père, Jacques, a 31 ans et une réputation de taciturne, voire d’ombrageux. Il est ouvrier chez Saint-Gobain à Châteaubernard, à quelques kilomètres de là. Il est affecté à l’entretien des machines, fait figure de travailleur modèle, et, en mécanicien doué, enchaîne les « extras », notamment pour les agriculteurs des alentours. « Il faisait ça au noir, en plus des trois-huit chez Saint-Gobain », se rappelle Robert Richard.

Avec les vignes, pour la production du cognac, la verrerie est le principal employeur du coin : elle compte 1 300 salariés, et deux quartiers de 120 pavillons ont même été construits spécialement pour héberger cette main-d’œuvre lors de l’arrivée de l’usine en 1963. Une petite ville dans la ville, en somme, où les femmes et surtout les hommes, largement majoritaires, nouent des amitiés durables.

C’est d’ailleurs chez un couple de collègues de Jacques, les Fontanillas, que les Méchinaud se rendent régulièrement. Eux habitent rue de la Plante à Cognac ; depuis Boutiers et leur domicile, Pierrette et Jacques mettent moins de dix minutes pour parcourir les 3,8 kilomètres qui les en séparent. C’est le temps qu’il leur faut, ce 24 décembre 1972, pour rejoindre ces amis chez qui ils vont réveillonner. Toute la famille embarque dans la Simca 1100 rouge grenat, et arrive chez les Fontanillas pour un Noël convivial. Chaleureux. Banal.

Les Fontanillas n’en gardent pas un souvenir particulier : tout juste s’étonnent-ils de l’inhabituelle nervosité de Jacques Méchinaud. Ce dernier ne semble pas pour autant désireux d’écourter la soirée, et paraît même contribuer à la faire trainer en longueur, alors qu’il sait que son collègue —  25 décembre ou pas — commence son travail à 4 heures, quand lui-même bénéficie de quelque jours de vacances. Ce n’est ainsi qu’entre une et deux heures du matin que Pierrette, Éric, Bruno et Jacques remontent dans leur voiture, direction Boutiers. Les Fontanillas les laissent partir sans les craintes qu’ont, parfois, les amphitryons de réveillon : non seulement la route est courte et dégagée, mais en plus Jacques, qui conduit, ne boit pas. Ils regardent par la fenêtre les phares de la Simca s’éloigner, sans se douter une seconde qu’ils ne reverront jamais leurs amis.

Que s’est-il passé sur les 3 800 mètres qui séparent les deux foyers ? C’est la question qui poursuit Boutiers depuis 45 ans. Elle ne se pose pas dans les premiers jours, cependant : « une famille qui s’absente durant les vacances de Noël, c’est tout à fait habituel, relève Robert Richard. Les enfants ne manquent pas l’école, puisque ce sont les congés, donc rien d’anormal de ce côté-là. Et pour le reste, l’absence des parents n’a pas vraiment surpris, on s’est dit qu’ils étaient partis quelques jours dans leur famille ou chez des amis. On ne s’est pas inquiétés, donc ».

La famille, elle, s’étonne en revanche de ne pas avoir de nouvelles car un repas est prévu le jour de Noël. Les parents de Jacques vont très vite alerter les gendarmes. « Mais, à l’époque, la loi imposait un délai d’une dizaine de jours avant qu’une disparition comme celle-là soit considérée comme inquiétante », rappelle l’ancien maire. Il est vrai que chaque année, en France, 40 000 personnes disparaissent. Les trois quarts d’entre elles sont retrouvées rapidement, mais 10 000 autres ne laisseront plus jamais de traces ; il s’agit, le plus souvent, de personnes isolées, bien plus rarement de couples. Et les cas où toute une famille — y compris des enfants en bas âge — disparaît se comptent, en revanche, sur les doigts d’une seule main.

 

Sinistre menace ou « simple » rodomontade ?

 

Voilà pourquoi, après avoir laissé passer le délai légal, les gendarmes charentais s’emploient à retrouver au plus vite les Méchinaud. Ils commencent évidemment par enfoncer la porte de la maison familiale. Ils y trouvent un sapin, au pied duquel attendent patiemment des cadeaux emballés alors que la dinde et les huîtres sont au réfrigérateur, en prévision du réveillon familial qui devait succéder à celui entre amis, 24 heures plus tard. Aucune trace de sang, de signe de lutte, pas d’effraction ni de tiroir éventré : rien ne semble manquer.

Du côté des comptes bancaires des Méchinaud, récemment alimentés par la paie de Saint-Gobain, rien à signaler non plus : aucun mouvement depuis le 24 décembre. Les gendarmes déploient alors les grands moyens : « On a vu débarquer un hélicoptère, ce qui a créé un grand émoi dans le village. C’était la première fois que certains en voyaient un, se rappelle Robert Richard. C’est là qu’on a pris conscience du fait qu’il y avait un problème et que la disparition des Méchinaud était vraiment inquiétante. » Aux recherches aériennes s’ajoutent des plongées dans la Charente et dans tous les points d’eau des environs, des battues, des fouilles dans les maisons abandonnées. « Y compris avec des citoyens volontaires, notamment des gens du village ». Mais rien, rien, encore et toujours rien, comme si la Simca s’était envolée, volatilisée sur le trajet.

Alors les gendarmes enquêtent sur la vie privée des Méchinaud. Et découvrent très vite que la discrète Pierrette a succombé au charme du beau Maurice Blanchon (lire son interview p.XX), le fils des voisins, un peu plus âgé qu’elle et tombeur officieux des dames de Boutiers et des environs. Depuis plusieurs mois, ils entretiennent une liaison qui reste longtemps ignorée de tous. Jusqu’à la mi-décembre 1972 : une voisine bien intentionnée confirme les soupçons de Jacques, et lui révèle que Pierrette et Maurice sont amants. « Je ne pense pas qu’il soit tombé de haut, explique Robert Richard. Il avait déjà confié ses craintes, sur le sujet, à l’un de ses amis. Il aurait même ajouté que si elles étaient fondées, il ferait disparaître tout le monde et personne ne les retrouverait jamais. »

Sinistre menace ou « simple » rodomontade d’un mari — légitimement — jaloux ? Au regard de la suite, l’avertissement fait en tout cas froid dans le dos. D’autant que plusieurs témoins assurent que Pierrette aurait avoué sa liaison à son mari, et lui aurait même fait part de son intention de le quitter. Et ce froid se fait glacial si l’on en croit ce qu’aurait déclaré Maurice Blanchon aux gendarmes, et qu’il révèle publiquement pour la première fois dans les colonnes de Sang-froid : le 22 décembre, il aurait revu Pierrette, qui aurait confirmé cette discussion houleuse avec son mari. Et qui en aurait surtout porté sur elle les stigmates, œil au beurre noir et traces de strangulation. Doit-on, de sa violence présumée — l’assertion de Maurice Blanchon n’aurait été ni contredite ni confirmée par d’autres témoins —, déduire que Jacques Méchinaud a pu devenir le meurtrier de toute sa famille ? Il y a là un pas que l’ancien amant ne franchit guère.

Pour Robert Richard, en revanche, c’est le plus probable. « J’adorerais imaginer qu’ils se sont enfuis à l’étranger et que tout va bien pour eux. Mais je crois, hélas, qu’ils sont morts depuis longtemps, probablement quelques heures après leur disparition. Et ce pour plusieurs raisons simples. D’abord, quitter la France, ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui, surtout avec des enfants en bas âge et sans ressources financières. Et surtout parce que, s’ils étaient vivants, l’un d’eux se serait forcément manifesté. Éric ou Bruno, au moins, aurait probablement cherché à revoir leur famille qui vit non loin d’ici. La vérité serait remontée. Un accident me paraît tout aussi improbable. En admettant même qu’ils aient dérapé et qu’ils soient tombés dans l’eau, on aurait retrouvé des traces de pneu, puis sans doute la voiture », soupire l’ancien édile.

Ce dernier développe sa propre théorie, celle du meurtre parfait : « Je crois que Jacques Méchinaud a mis à exécution sa menace, et qu’il a parfaitement réussi son “coup”. J’ignore comment il s’y est pris, je présume simplement qu’il était très motivé et qu’il a mis à profit la dizaine de jours avant que les recherches ne soient lancées pour effacer toute trace. Même si je dois avouer qu’il ne me semblait pas être capable de commettre un tel acte, ni d’échafauder un plan aussi parfait… C’était quelqu’un d’ordinaire, une famille ordinaire, et c’est aussi ce qui en fait, à mon sens, une affaire extraordinaire. »

 

Des fausses pistes en pagaille

 

L’hypothèse du maire, celle d’un massacre de sa famille suivi d’un suicide de Jacques Méchinaud, s’oppose dans le village à celle d’un départ à l’étranger. « Je ne dirais pas qu’il y a des clans, ce serait exagéré, mais les deux versions s’affrontent régulièrement, elles ont leurs partisans et leurs détracteurs, parfois virulents », avoue Robert Richard. Les anciens administrés ne sont évidemment pas les seuls à s’interroger régulièrement : les pouvoirs publics, eux non plus, n’ont jamais refermé le dossier, baptisé « BRUNERI », des premières lettres de chaque prénom des enfants. Au point qu’une adresse mail reste aujourd’hui encore ouverte au cas où un témoin ou un complice souhaiterait soulager sa conscience (*). « Chaque fois qu’un responsable est muté à la gendarmerie, il tente de relancer l’affaire, s’imaginant en Hercule Poirot ou en Sherlock Holmes des temps modernes, sourit l’ancien maire. Imaginez le coup de projecteur, si ce crime était résolu ! » Mais, en l’absence d’élément nouveau, la plupart des enquêteurs finissent par jeter l’éponge.

La plupart, mais pas tous : en 2009, un nouveau commandant de gendarmerie est nommé à la tête de la caserne Buisson-Maurin, à Cognac. Il s’appelle Georges Pierrini, et vient de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), créé après l’affaire Grégory pour exploiter scientifiquement tous les indices d’un cas. Tout juste quadragénaire, le militaire consacre une partie de son énergie à résoudre ce mystère-là, jugeant « inconcevable » qu’aucune trace des Méchinaud n’ait jamais été découverte. « Il m’a dit qu’avec les moyens modernes, la technologie actuelle, il se faisait fort de faire progresser l’enquête, voire de retrouver les disparus, vivants ou morts », confie Robert Richard. « En tant qu’habitant de Boutiers, forcément, j’ai conçu l’espoir que cette affaire soit résolue. Et plus encore en tant que maire, puisqu’une telle issue aurait constitué un soulagement pour l’ensemble du village ».

Georges Pierrini aimerait aussi, comme ses prédécesseurs 35 ans plus tôt, employer les grands moyens : ce n’est pas un élément inédit qui va lui en donner l’occasion, mais une demande nouvelle, venue en 2011 d’Annie Humbert et Jean-Paul Méchinaud, deux des dix frères et sœurs de Jacques, qui aimeraient vendre un terrain familial. Mais ce dernier n’ayant jamais été déclaré officiellement mort, ils en sont empêchés. Ils s’adressent donc au nouveau procureur de la République d’Angoulême, Nicolas Jacquet, lequel se tourne vers Georges Pierrini. Le Bastiais peut alors relancer l’enquête, en utilisant toutes les techniques dont disposent désormais les gendarmes.

Une première piste les mène à Courcerac, en Charente-Maritime, une vingtaine de kilomètres au nord de Boutiers. On y retrouve des ossements datant d’environ 40 ans, ce qui laisse un fol espoir aux enquêteurs. Las, il s’avère que l’ADN ne colle pas avec celui d’Annie et Jacques ; les victimes ne sont donc pas de leur famille. Georges Pierrini ne baisse pas les bras : les cours d’eau sont à nouveau sondés, mais cette fois avec un tout nouveau sonar utilisé pour la première fois dans cette affaire. Et, là encore, la persévérance semble payer : en octobre 2013, une Simca 1100 couleur grenat est repêchée dans la Charente ! Mais ni sa plaque, ni le numéro de son châssis ne correspondent au véhicule des Méchinaud.

Ultime rebondissement, sept corps sont retrouvés dans un jardin de Cognac, mais leur mort date des années 20. Par acquit de conscience, les recoupements ADN sont tout de même effectués, mais sans surprise cela non plus ne mène à rien. Retourné depuis à l’IRCGN, Georges Pierrini n’aura donc pas réussi à résoudre cette affaire. Muté à Poitiers puis à Rennes, Nicolas Jacquet a, lui aussi, laissé Annie Humbert et Jean-Paul Méchinaud à leur deuil impossible, non sans que l’autorisation de vendre le terrain familial ne leur ait été accordée. « Comme les autres, ils ont fini par se rendre à l’évidence : l’hypothèse la moins farfelue, c’est celle d’un enlèvement par des extraterrestres », tance gentiment Robert Richard.

 

« Pas le plus petit début d’indice »

 

Pour Boutiers aussi, tourner la page est difficile. « À chaque anniversaire, on y repense, on en reparle. Les gens ressentent forcément un peu d’émotion, en particulier à l’idée de ce qui a pu advenir des enfants. Je suis comme tous les Boutiérois, cette affaire m’a “travaillé” et me travaille encore. Elle a forcément occupé une place importante, car j’ai été sollicité à chaque fois que la police ou la justice l’a relancée, par les journalistes, par les gens du village, etc. », reconnaît Robert Richard, dont la maison n’est distante que de quelques centaines de mètres de celle où vivaient les Méchinaud. Laquelle, après être restée longtemps inhabitée, est désormais occupée. « Au-delà des anniversaires, on en reparle lorsqu’un fait divers à peu près comparable survient, comme au moment des affaires Godard ou Dupont de Ligonnès. Mais à chaque fois, on est bien obligés de constater qu’il y a des traces des disparus, que ces personnes sont malheureusement mortes la plupart du temps. C’est la grosse différence avec les Méchinaud, pour qui on n’a pas le plus petit début d’indice… »

Cet évanouissement risque fort de rester à jamais un mystère, si l’on en croit l’ex-conseiller départemental : « Je pense que l’on ne peut pas compter sur un éventuel complice avouant tout sur son lit de mort, par exemple. Tout simplement parce que je suis convaincu que s’il y avait eu complicité, il y a aurait eu des traces et on l’aurait découverte. Je considère que si l’on était capable de résoudre cette énigme, on l’aurait fait depuis longtemps. J’ai quand même un regret : que les recherches de l’époque n’aient pas été élargies plus vite. Elles se sont concentrées sur un périmètre trop restreint, à mon sens, alors qu’on aurait dû fouiller, par exemple, des cours d’eau bien au-delà de l’axe Cognac-Boutiers. »

Ce sentiment d’une enquête bâclée, au moment de la disparition des Méchinaud, Robert Richard n’est pas le seul à l’avoir : d’autres acteurs du dossier en ont fait état, et continuent aujourd’hui de le clamer. De quoi nourrir des regrets à défaut d’illusions… Même si, en réalité, ni l’ancien maire ni l’équipe municipale actuelle ne paraissent avoir perdu tout espoir : « À chaque scrutin, on fait passer la consigne de ne surtout pas rayer les Méchinaud des listes électorales. Peut-être qu’un jour ils reviendront voter… »

 

(*) bta.cognac@gendarmerie.interieur.gouv.fr

 

Une page Aller + loin

« Persuadé qu’ils sont à l’étranger »

Aujourd’hui septuagénaire, Maurice Blanchon était l’amant de Pierrette. Il affirme qu’en apprenant leur liaison, Jacques Méchinaud aurait battu sa femme, peu avant leur disparition. Mais demeure convaincu que la famille s’est éclipsée à l’étranger…

45 ans après, quel est votre sentiment sur l’affaire Méchinaud ?

Maurice Blanchon : Je reste persuadé qu’ils sont partis s’installer dans un pays étranger, probablement en Australie. J’en suis presque certain. Depuis le départ.

Pour quelles raisons ?

L’avant-veille de leur disparition, j’ai revu Pierrette. Elle m’a expliqué qu’elle avait tout avoué à Jacques, et que celui-ci l’avait battue. Et c’est vrai qu’elle avait des traces de strangulation et un œil au beurre noir… Pourtant, elle m’a répété à plusieurs reprises que, quoi qu’il arrive dans les jours ou les semaines à venir, je ne devais pas m’inquiéter. Elle a insisté là-dessus, comme si elle voulait me faire passer un message… J’ai voulu en savoir plus mais elle n’a rien souhaité dire d’autre.

Pourquoi les imaginez-vous en Australie ?

Jacques avait un collègue et ami, chez Saint-Gobain, qui avait vécu là-bas. Ils en parlaient souvent, et il lui demandait énormément de renseignements sur ce pays.

Avec le recul, ressentez-vous une forme de culpabilité ?

Pas du tout. J’étais l’amant de Pierrette, c’est vrai. Mais nous étions deux adultes, elle était parfaitement consentante et avait pris la décision d’entamer notre relation en conscience. J’en veux toujours, en revanche, à la voisine qui a cru bon de devoir tout révéler à Jacques. J’ai des regrets également en repensant à la façon dont l’enquête a été menée…

Vous considérez qu’elle a été bâclée ?

Oui, sur certains aspects, clairement. Je ne vous donne qu’un exemple : Pierrette m’avait dit que vers le 18 décembre, Jacques Méchinaud était parti, seul, chez un ami en Vendée. Lui qui ne quittait jamais le domicile familial y a passé plusieurs jours, et peu après toute la famille disparaissait. Je l’ai évidemment signalé aux gendarmes mais aucun enquêteur n’a jamais jugé bon d’aller entendre cet ami, dont on peut pourtant imaginer qu’il a joué un rôle dans cette affaire ! C’est incompréhensible.

 

Paru dans la revue Sang-Froid

Textes de Jean Berthelot de la Glétais

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