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Article paru dans le Journal du Dimanche, le 3 novembre 2019

 

Alors que s’ouvre la 12e semaine de la finance solidaire, ce type de placement reste marginal. Une situation qui pourrait changer

 

C’est un désir qui s’éloigne de plus en plus de l’utopie pour devenir une ambition : donner du sens à ce que l’on fait. Qu’il s’agisse de l’éducation de ses enfants, de son travail ou de ses loisirs, une part grandissante de la population souhaite concilier une forme de bien-être immédiat avec des préoccupations environnementales et sociales de long terme. Cette prise de conscience est probablement favorisée par les prévisions alarmistes sur le changement climatique, par les tensions, aussi, qui agitent la société sur des questions plus ou moins fondamentales. Qu’importent, au fond, les ressorts ; ce besoin de donner du sens est palpable à bien des niveaux, dans de nombreux domaines, et même la finance n’y échappe pas : « C’est une évolution des mentalités qui a réellement commencé avec la crise des années 2008-2010 », observe Frédéric Tiberghien, président de Finansol. L’association de référence de la finance solidaire en France organise la semaine consacrée à ce thème, qui s’ouvre demain avec la remise des grands prix récompensant les meilleurs projets (lire encadré).

 

« Il y a eu le souhait, alors celui d’une minorité, de remettre la finance au service de l’économie réelle, et même de projets à forte utilité sociale et environnementale, indique Frédéric Tiberghien. Petit à petit, de plus en plus de gens se sont tournés vers ce pour quoi l’épargne a toujours été faite, en réalité : soutenir des projets auxquels on croit. » Pour les particuliers, il existe trois manières de financer l’économie solidaire et sociale : épargner via leur banque ou leur assurance, le faire par le biais de leur entreprise, ou souscrire directement au capital d’une entreprise. Les fonds appelés 90-10, c’est-à-dire ceux qui proposent 10 % d’épargne solidaire, et les investisseurs institutionnels peuvent aussi soutenir le secteur ; ce sont d’ailleurs eux, en 2018, qui l’ont assez largement porté, si l’on en croit le baromètre Finansol/ La Croix. Suppression de l’impôt sur la fortune et prélèvement à la source ont eu un effet net sur les souscriptions des particuliers, en baisse de 40 %. Cela n’a pas empêché d’enregistrer, en France, 423 000 nouveaux placements solidaires, soit 1 milliard d’euros supplémentaire, pour un encours total de 12,6 milliards d’euros, en hausse de 8,7 % par rapport à 2017.

 

Et à l’autre bout de la chaîne, de quelle manière cette épargne en hausse s’est-elle concrètement traduite ? Elle a, par exemple, servi à verser 4,1 millions d’euros de dons à des associations, et à générer 372 millions d’euros de financement de projets à vocation sociale, environnementale ou les deux à la fois. De façon encore plus palpable, 48 000 emplois ont été créés ou consolidés, 3 050 personnes relogées et 22 600 foyers alimentés en électricité renouvelable. « Cette concrétisation de l’épargne est un élément important qui explique le développement de la finance solidaire, reprend Frédéric Tiberghien. C’est également une question de confiance dans la durée : le label Finansol, créé il y a vingt ans et géré rigoureusement par un comité indépendant, est un gage fiable pour les épargnants. On compte aujourd’hui 160 produits estampillés Finansol, ce qui garantit que chacun d’eux correspondra bien à leurs attentes et tiendra ses promesses. » Parmi les particuliers qui se tournent davantage vers ce type de placements, les plus jeunes sont largement représentés. « De façon générale, poursuit Frédéric Tiberghien, on épargne quand on a les moyens de le faire, donc quand on a une situation stable, ce qui explique qu’on le fasse en moyenne aux alentours de 45-46 ans. Mais dans le cas de la finance solidaire, on constate effectivement un vrai rajeunissement dû notamment à la montée en puissance des plateformes de financement participatif. Elles ont abaissé le niveau d’implication, de sorte qu’il est possible de soutenir un projet dès 10 euros d’investissement. C’est une très bonne nouvelle, car plus on attire un épargnant jeune, plus on a de chances de le fidéliser sur le long terme. »

 

Pour autant, et en dépit, donc, d’un engouement certain, la finance solidaire reste aujourd’hui encore très marginale, ne représentant que 0,25 % de l’épargne totale des Français. Il est difficile d’imaginer, à ce rythme, un changement d’échelle à court terme. « C’est pourtant l’affaire de la décennie 2020, croit savoir Frédéric Tiberghien. Et il y a trois raisons à cela : d’abord, sur le modèle de ce qui se fait déjà pour l’épargne salariale, nous avons convaincu le Parlement de l’obligation d’une déclinaison solidaire pour tous les produits financiers. C’est acté sur le principe, mais les décrets d’application tardent, donc la loi n’est toujours pas en vigueur. Deuxième raison, la loi Pacte instaure aussi la généralisation du solidaire à tous les produits d’épargne retraite, là encore sur le modèle de l’épargne salariale. Dans ce dernier cas, 10 % des salariés ont choisi l’option solidaire, c’est dire si l’enjeu est important. Enfin, dernière raison d’imaginer un changement d’échelle, toujours dans la même logique et dans la loi Pacte, les assureurs ont l’obligation de présenter des produits d’assurance-vie solidaire à chaque souscripteur d’ici à 2022. » Ces trois leviers, combinés à la prise de conscience croissante des particuliers – comme des entreprises et des institutions – quant à l’importance de la finance solidaire, sont susceptibles de faire décoller ce secteur dans les années à venir.

 

Des produits aux effets concrets : 48 000 emplois ont été créés ou consolidés

 

 

SEMAINE DE LA FINANCE SOLIDAIRE, MODE D’EMPLOI
À PARTIR DE DEMAIN et jusqu’au 11 novembre, Finansol organise la 12e semaine de la finance solidaire. Des grands prix répartis en cinq catégories viendront récompenser les initiatives d’entreprises engagées. Une centaine d’entre elles ont postulé. Un peu partout en France vont se tenir des projections de films, soirées d’échanges, salons, speed meetings, etc., non seulement cette semaine mais même au-delà, novembre étant le mois de l’économie sociale et solidaire.

 

JEAN BERTHELOT DE LA GLÉTAIS

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