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7è à Pékin, Emilie Fer pense pouvoir décrocher une médaille à Londres

7è à Pékin, Emilie Fer pense pouvoir décrocher une médaille à Londres

Chaque mercredi, retrouvez sur France-Soir le portrait d’un athlète français qui s’apprête à disputer les Jeux Olympiques de Londres. Aujourd’hui, Emilie Fer, vice-championne d’Europe de slalom en kayak.
« La peur ». Curieux souvenir d’enfance, d’autant plus lorsqu’il revient comme un souvenir agréable à celle qui l’évoque. « C’est ça qui me plaisait », sourit Emilie Fer, « ce moment où, ado, nous étions dans le mini-bus nous emmenant vers la rivière. Avoir alors appris à composer avec la peur, qu’on sentait très présente, me sert encore aujourd’hui », explique la seule kayakiste française à s’être qualifiée pour le slalom féminin aux JO de Londres. « Et aujourd’hui encore, j’aime avoir peur; plus précisément, j’aime avoir la pression, elle m’est nécessaire pour parvenir à bien figurer dans une compétition », poursuit celle qui était en tête en finale des JO de Pékin en 2008, avant d’être pénalisée pour avoir manqué une porte, terminant finalement septième.

“Comme si je m’interdisais de pouvoir être sur le podium”

« C’est un peu à l’image de ce que j’ai longtemps et souvent fait », détaille Emilie Fer. « Dès lors que j’ai été en tête, j’ai relâché la pression et j’ai eu l’impression d’assister en spectatrice à la suite de ma course. C’est comme si je m’interdisais de pouvoir être sur le podium. En fait, j’y ai mis un peu de temps mais j’ai fini par comprendre dans quelle conditions je donne le meilleur de moi-même; c’est quand je me mets la pression. Dès qu’elle se relâche, je suis moins performante, je prends des pénalités bêtes ». Consciente de ce qui aurait pu être une limite, la native de Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne, a « beaucoup travaillé, avec des spécialistes de la préparation mentale, dans le sport mais pas uniquement. C’est dommage de se freiner mentalement, donc j’ai beaucoup progressé et maintenant j’arrive à me mettre la pression », se félicite-t-elle. « J’ai besoin d’être au pied du mur, d’avoir brûlé tous mes jokers avant de donner le meilleur de moi-même: ma qualification pour les JO illustre cet état d’esprit ». Alors que deux manches auraient pu suffire, Emilie Fer avait eu besoin de trois courses pour écarter Carole Bouzidi, le mois dernier.

« Je suis capable d’aller y accrocher une médaille”

Championne du monde par équipes en 2006, médaillée d’argent aux championnats d’Europe en 2009, Emilie Fer a connu, ensuite, des mois compliqués. Opérée de l’épaule fin 2009, la jeune femme a subi quatre mois d’arrêt début 2010 avant de revenir, petit à petit, et de se consacrer à un seul objectif: les Jeux Olympiques. « Je me souviens, petite, m’être levée très tôt pour regarder le canoë -kayak à Atlanta, en 1996. Voir des Français médaillés m’a donné envie de vivre ces moments », raconte celle qui, à 13 ans, avait donc pu apprécier cette année-là le triomphe de Franck Adisson et Wilfrid Forgues et les médailles de bronze de Myriam Fox-Jerusalmi et Patrice Estanguet. « Je sais que je suis capable d’aller y accrocher une médaille », risque-t-elle; « en septembre aux championnats du monde, j’ai pris deux pénalités mais j’ai fini dans la même seconde que la troisième », se souvient-elle. De quoi nourrir de belles ambitions, effectivement, pour la jeune athlète, qui se sent aussi citoyenne et a d’ailleurs suivi de près l’élection présidentielle.

« Je savoure”

« Ce que j’espère, c’est qu’il va y avoir un ministre des sports qui changera certaines choses », reprend Emilie Fer, qui a déjà en tête des thématiques bien concrètes. « Par exemple, il y a un serpent de mer depuis plusieurs années, on nous promet que les sportifs de haut niveau pourront cumuler des trimestres pour leur retraite mais rien ne change. Cela peu créer des situations difficiles », dénonce-t-elle. « J’ai rencontré Rama Yade, elle ne m’a pas paru très concernée par ce qu’on vit. J’aimerais que ce soit un ancien athlète qui hérite de ce portefeuille, mais d’un autre côté David Douillet lui non plus n’a pas fait grand-chose », regrette Emilie Fer, qui est consciente d’être elle-même une « privilégiée ». Sous contrat jusqu’en septembre comme agent civil de la défense, elle peut, depuis sa participation aux JO de Pékin, se consacrer uniquement à la pratique de son sport. « Nous ne sommes pas nombreux à avoir cette chance, alors je savoure. Et si cela doit s’arrêter après la JO, au moins j’aurai eu le bonheur de pouvoir connaître cela », continue Emilie Fer, qui sera donc la seule à représenter son pays en slalom cet été.

Un sport trop peu féminisé

« Et je le regrette », précise celle qui a longtemps pratiqué le ski, qui lui a notamment servi à mieux appréhender les trajectoires en kayak. « En France, notre sport tourne en circuit fermé, presque uniquement avec des hommes, qui en plus sont une bande de vieux copains peu encline à s’ouvrir aux autres. Sur la vingtaine de conseillers techniques, seules trois sont des femmes! C’est dommage, cela contribue à faire en sorte que notre discipline soit peu pratiquée par les filles », déplore Emilie Fer. « Ce qui est regrettable, c’est que ça nuit à notre sport; on aurait besoin de s’ouvrir, de laisser la place à une personnalité forte, qui puisse drainer du public vers le canoë-kayak; regardez la natation, c’est Laure Manaudou qui a fait que tout d’un coup ce sport a été très médiatisé, et depuis ce n’est pas retombé », poursuit la licenciée au club de Saint-Paul à La Colle Sur Loup, dans les Alpes-Maritimes. Peut-elle devenir cette figure de proue? Peut-être, mais cela passe certainement par une médaille d’or. De quoi se mettre une pression supplémentaire à l’heure de s’élancer? Ce ne serait pas pour déplaire à Emilie Fer, qui a de toute façon avec l’expérience acquis une certitude: « quelle que soit la manière dont tu te prépares, dont tu t’entraînes, dont tu anticipes l’événement, j’ai compris une chose: ce qui compte, ce sont les trente secondes avant la course ». Celles où la peur se fait le mieux sentir…

Jean Berthelot de La Glétais

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