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Samir_Nasri_and_Xabi_Alonso_at_Euro_2012_match_Spain-France

Médiocres sur le terrain, parfois pathétiques en-dehors, les Bleus n’ont une nouvelle fois pas fait honneur à leur maillot durant cet Euro. Culturel, le problème est aussi structurel et doit à ce titre être traité à sa source, soit dès la formation…

Il fut des temps où les lendemains de défaites des Bleus avaient comme des allures de gueule de bois collective, de mauvaise biture au mauvais alcool, des goûts de Guronsan et de tristesse rance. Repensez à votre réveil ce dimanche matin; fut-il de ce tonneau-là ? Non, évidemment. Cette élimination de l’équipe de France par celle d’Espagne n’a, en soi, rien de honteux. Être sorti par le champion d’Europe et du monde en titre, lequel n’a pas eu non plus tant d’occasions que cela, n’est pas infamant. Mais le parcours global de l’équipe de France dans cet Euro, l’attitude surtout de beaucoup de joueurs, n’avait de toute façon pas laissé espérer grand chose aux amoureux du maillot bleu. 

Benzema : “On sort très grands”

L’attitude ? Nous ne parlons même pas des scènes de tension qui auraient agité le vestiaire après le match contre la Suède. Celles-ci ont probablement été exagérées par une partie de la presse à des fins mercantiles, alors qu’en elles-mêmes, elles ne veulent rien dire et seraient peut-être plutôt bon signe, dans l’absolu. Non, nous parlons d’abord de ce train de sénateurs adopté par les Bleus durant la rencontre face à l’Espagne, comme d’ailleurs contre la Suède. Sans âme, sans leader, sans tripes surtout, ces joueurs-là n’ont jamais donné l’impression de vouloir mourir sur le terrain plutôt que de se laisser danser sur le ventre. En 2002, la génération dorée pourtant largement repue avait certes disputé une bien pauvre Coupe du monde; au moins certains joueurs avaient-ils chialé comme des gosses au soir de l’élimination, après la défaite face au Danemark. Au coup de sifflet final, devant une Espagne qui semblait pourtant moins impériale que d’ordinaire, ces garçons-là qui n’ont jamais rien gagné en sélection -et, soyons réalistes, qui ne gagneront jamais rien pour la plupart- semblaient à peine marqués par l’élimination, échangeant leurs maillots par ci, blaguant par là; « on sort très grands de cet Euro », a même osé Karim Benzema. Surréaliste.

Nasri, l’illustration

Surréaliste, mais pas autant que l’attitude de Nasri au sortir de la rencontre. L’invective du milieu de City à l’encontre d’un journaliste est naturellement indigne, et devrait même conduire à s’interroger sur sa légitimité à porter encore le maillot bleu. Mais elle n’est, hélas, que révélatrice du comportement de trop de joueurs de cette équipe de France, petits bourgeois querelleurs bien plus que durs au mal, parvenus sans être jamais arrivés nulle part. Car qu’a prouvé un Samir Nasri, avec ses quatre buts en 34 sélections? Rien. Il a certes marqué contre l’Angleterre en phase de poules de cet Euro, mais s’il prenait sa retraite internationale demain personne ne le regretterait ni ne serait capable, dans 10 ans, de se souvenir de ce sous-Pirès mal embouché. Mais Nasri ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt; le problème de l’équipe de France le dépasse de très loin.

Une éducation collective à revoir

Disons-le tout net, prétendre que le problème de l’équipe de France viendrait de l’éducation individuelle de certains joueurs, de leurs origines ethniques ou culturelles, voire de leurs convictions religieuses nous semble être un non-sens aux nauséabonds relents. L’identité « black-blanc-beur » de France 98 a suffisamment été mise en avant pour qu’on ne se trompe pas, aujourd’hui, de diagnostic ni de combat. Non, c’est peut-être une forme d’éducation collective des footballeurs, la manière dont ils sont choisis puis formés qu’il faut revoir. Bien sûr, aujourd’hui, la France a déjà emboîté le pas à l’Espagne, notamment, en ne privilégiant plus seulement les jeunes footballeurs sur les seuls critères de leur musculature et de leur rapidité, mais en donnant aussi leur chance à des petits gabarits -la doublette Xavi-Iniesta ayant depuis longtemps prouvé leur intérêt potentiel.

S’inspirer de l’Espagne et de l’Allemagne

Il faut sans doute, aujourd’hui, aller au-delà, comme ont su le faire d’abord l’Espagne, encore elle, mais aussi l’Allemagne notamment. Ces pays-là, depuis une vingtaine d’années, axent leur sélection des jeunes et leur formation non seulement sur les capacités techniques et physiques, mais aussi sur la façon dont ces graines d’athlètes vont être capables de se mettre au service d’un collectif. Il ne s’agit pas ici de leur faire dire amen à tout et de briser toute personnalité, mais bien de privilégier des joueurs capables d’abnégation -y compris défensive- et de générosité, voire d’altruisme; des garçons susceptibles de comprendre que faire la dernière passe, voire l’avant-dernière, est tout aussi gratifiant que de marquer. Il y en a, bien sûr, en équipe de France, mais il n’y a malheureusement pas qu’eux -fussent-ils majoritaires, ils sont hélas phagocytés par les égos des autres.

La discipline et l’intelligence collectives, c’est, par exemple, ce qui avait permis au Danemark ou surtout à la Grèce de devenir championnes d’Europe sans individualités fortes à chaque ligne, et c’est ce qui manque à la France depuis que Zidane n’est plus là pour masquer les lacunes des Bleus. L’Allemagne, l’Espagne, ce sont des nations qui ont su écarter un jour leur meilleur joueur du moment (Raul, Ballack) pour favoriser le collectif -comme d’ailleurs l’avait fait Jacquet en 1996 en n’emmenant ni Ginola ni Cantona à l’Euro. A leur image, et du bas de la pyramide jusque tout en haut, le football français serait bien inspiré de ne s’appuyer que sur des joueurs prêts à le servir plutôt que sur des philistins aux ventres trop pleins pour leurs grossiers appétits.

Jean Berthelot de La Glétais

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