Home
C'est, notamment, via l'esthétique de ce sport que Léonore Perrus a d'abord été attirée par l'escrime.

C’est, notamment, via l’esthétique de ce sport que Léonore Perrus a d’abord été attirée par l’escrime.

Chaque mercredi, retrouvez sur France-Soir le portrait d’un athlète français qui s’apprête à disputer les Jeux Olympiques de Londres. Aujourd’hui, Léonore Perrus, 6e en individuel au sabre à Athènes en 2004. 

C’est une nuit d’été chaude et moite, l’une des ces nuits où l’on ne sait pas si août va vous sauter à la gueule, si la chaleur de la journée virera aux éclairs de rage, aux grosses gouttes tombant trop lasses sur un sol trop brûlant. Ce sont deux gamines, enroulées dans une couverture devant un téléviseur, auxquelles les grandes vacances autorisent toutes les audaces, dont celle de veiller tard, très tard. Mais pas vraiment devant n’importe quoi: les deux cousines vibrent, hypnotisées, au rythme des épées qui se frôlent, s’entrechoquent, s’envolent, des corps graciles et toniques qui glissent en un envoûtant ballet. « C’est l’esthétique de l’escrime qui m’a d’abord séduite », se souvient Léonore Perrus, 28 ans aujourd’hui et touchée par la grâce d’un art ce soir de 1996, en regardant la finale d’épées dames entre Laura Flessel et Valérie Barlois, adversaires d’un soir puis coéquipières victorieuses de la médaille d’or par équipe. « L’escrime n’est pas forcément instantanément accessible, mais l’esthétique donc, la difficulté de parvenir à cette esthétique, l’intensité, tout cela m’a fascinée et m’a poussée à découvrir ce sport », confie celle qui pratiquait alors la danse et jouait de la musique. « Les univers de ces arts ne sont d’ailleurs pas si éloignés de celui de l’escrime», estime-t-elle. « Il y a un rythme dans l’escrime, un tempo, les sons comptent beaucoup et il n’est pas rare que je m’y fie pour anticiper un déplacement de mon adversaire, par exemple », détaille Léonore Perrus.

« Une motivation immense »

Portée par ce qu’il faut presque appeler une révélation pour l’escrime, la jeune Francilienne s’y jette à corps perdu, délaissant la gymnastique et le badminton, qu’elle pratiquait alors. Et franchit à grands pas les étapes vers le plus haut niveau. « J’avais une motivation immense, et j’ai eu la chance d’être parmi les premières à me spécialiser en sabre; je me suis aussi entraînée très durement, et comme grâce à la gymnastique j’avais déjà de bonnes notions de coordination et de déplacement, j’ai rapidement progressé », explique Léonore Perrus. C’est même un euphémisme; sept ans après avoir découvert l’escrime, la jeune fille est sélectionnée pour ses premiers Jeux Olympiques, à Athènes en 2004. « Je ne pensais pas connaître si tôt les JO », avoue-t-elle, « mais une belle saison combinée à des circonstances favorables ont fait que j’ai eu la chance d’y participer ». Et de faire mieux que cela, même; la droitière s’offre une sixième place inespérée. « J’étais déçue d’échouer à ce stade-là mais pas frustrée, je sentais que j’avais tout donné et que la découverte des JO me servirait. J’avais le sentiment d’avoir construit quelque chose », poursuit celle qui n’avait pas vraiment été aidée, en Grèce, par l’arbitrage.

« Deux ans pour en faire table rase »

L’arbitrage. Comme dans tous les sports où il n’est pas là seulement pour faire respecter des règles, mais aussi pour juger donc pour déterminer, parfois, l’issue d’un affrontement, l’arbitrage est un sujet délicat pour les escrimeurs. « Composer avec cela, l’accepter, c’est un travail qui demande un recommencement perpétuel », soupire Léonore Perrus. « Nous sommes deux à combattre, mais une tierce personne prend un part énorme dans le résultat. Il faut être capable de s’adapter, de rester concentré si une décision nous surprend, sinon on peut sortir de son match », reprend-elle. L’arbitrage, Léonore a encore l’occasion d’en regretter les errements en 2008; à Pékin, en demi-finale, les Chinoises bénéficient à domicile d’un jugement plutôt clément. Les Françaises, pourtant doubles championnes d’Europe et du monde mais privées d’Anne-Lise Touya, blessée, échouent au pied du podium, face aux Etats-Unis. La déception est d’autant plus grande, pour Léonore Perrus, qu’à titre individuel la jeune femme venait de se classer 19e, soit treize rangs plus loin qu’en 2004. « J’ai mis deux ans pour faire table rase de tout cela », concède-t-elle. « Aujourd’hui encore, c’est le pire souvenir de ma carrière professionnelle ».

« Ces Jeux seront mes derniers »

Ce souvenir, Léonore Perrus peut maintenant l’effacer, ou le reléguer en tout cas derrière d’autres, bien plus doux. Diplômée de Sciences Po -une gageure au regard des exigences d’une vie d’athlète de haut niveau-, la jeune femme avait entamé dans cette école sa vie professionnelle en tant que chargée de mission, mais a dû se recentrer sur l’escrime à l’heure de viser une troisième qualification olympique. « Trop fatiguée, trop souvent blessée » pour mener ces deux vies de front, Léonore Perrus aborde ces JO sans pression particulière, cette même pression qui l’a trop souvent inhibée. « Je sors d’un an et demi où j’ai été moins en vue », précise-t-elle, « donc j’arrive un peu dans une position d’outsider qui me convient mieux. Après, mon résultat sera ce qu’il sera, mais je sais que je me suis préparée au mieux, physiquement je suis bien, je n’ai jamais eu une meilleure hygiène de vie…  Et puis, c’est peut-être un peu naïf, mais ce que j’ai hâte de revivre, ce sont les échanges, les partages, l’esprit qui règne dans le village olympique. Ces Jeux seront mes derniers, donc je veux en profiter à fond et n’en retenir que le positif », poursuit la jeune femme, qui espère que son compagnon, Brice Guyart, double médaillé d’or de fleuret, sera lui aussi de la partie.

Les Jo, une affaire de famille

« Il n’est pas encore qualifié », rappelle Léonore Perrus. « Cette incertitude est forcément un peu pesante pour moi aussi, mais on a appris à ne plus se mettre la pression pour l’autre. Sinon, on e se repose jamais! » s’amuse-t-elle. Les JO de Londres, ce pourrait d’ailleurs être une affaire de famille; Astrid Guyart, la sœur de Brice, devrait en effet y prendre part avec l’équipe de France de fleuret féminin, qualifiée pour cette compétition. Rotation des armes oblige, le sabre féminin et et l’épée masculine ne se disputeront en revanche pas par équipes, cette année. Un « regret » évidemment, pour la sabreuse Léonore Perrus, qui aurait « adoré revivre cette expérience collective ». Et puisqu’il est question d’expérience collective, difficile de ne pas évoquer avec la diplômée de Sciences Po l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. « Je dois me concentrer sur ces JO, donc j’évite de m’éparpiller, mais évidemment, comme toute citoyenne, je m’y intéresse. Je vais bientôt rentrer dans le monde du travail, donc les problématiques de l’emploi, de l’argent, du vivre ensemble me touchent », détaille celle qui a fait son stage de fin d’études à la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) et qui est donc, forcément, dubitative devant le score important du Front national au premier tour. « Même dans le sport, qui est pourtant un milieu relativement ouvert, où l’on partage avec tout le monde, le racisme est présent. Je ne le voyais pas, puis en parlant avec des athlètes, je me suis rendu compte que certains, par exemple,  étaient encore victimes d’insultes racistes, de cris de singe… » Loin, très loin de l’idéal sportif voulu par la plupart des athlètes en général et par Léonore Perrus en particulier, dont la vocation naquit une nuit d’été trop chaude, en voyant triompher une jeune française gracile et véloce. Une jeune française noire; Laura Flessel.

Jean Berthelot de La Glétais

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s