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Nombreux sont les clubs français qui ont marqué leur époque,soulevé l’admiration, fait rêver leurs supporters et chavirer le coeur des amateurs de football.FranceSoir vous propose un tour d’horizon des 11 clubs les plus importants du football français,en commençant par le premier d’entre eux,par ordre chronologique : le Stade de Reims. Samedi prochain,retrouvez l’histoire de Saint-Etienne.

75 ans de légende

Créé le 18 juin 1931, le Stade de Reims succède à la Société sportive du parc Pomery. Le club est alors présidé par René Humbert, et évolue en tango et noir. Son premier match, disputé le 23 août, est un derby face au FC Reims ; les Stadistes s’imposent 7-2. Le Stade de Reims devient professionnel en 1935 et accède à la deuxième division, avant de fusionner avec le Sporting Club Rémois deux ans plus tard ; les couleurs de celui-ci sont conservées, mais le nom du Stade est maintenu. Depuis lors, l’équipe évolue en rouge et blanc. La Seconde Guerre mondiale est une période assez confuse pour Reims comme pour beaucoup de clubs français, et les Champenois doivent attendre 1945 pour disputer le premier Championnat national de première division de leur histoire. Quinze professionnels figurent dans leurs rangs. Quatre ans plus tard, en 1949, le Stade de Reims remporte le Championnat et inscrit la première ligne d’un palmarès qui en comptera bien d’autres. Dès la saison suivante d’ailleurs, les Rouge et Blanc remportent la Coupe de France, à Colombes, grâce à des buts de Méano et de Petitfils.

La révolution Batteux

En 1950-1951, avec l’arrivée d’Albert Batteux, le club prend une nouvelle dimension. Natif de la ville, l’ancien international est surtout un technicien de génie dont se réclament encore nombre d’entraîneurs. Son credo, critiqué par ses homologues de l’époque, davantage enclins à adopter une tactique ultra-défensive, consiste à laisser la plus grande liberté à ses attaquants, tout en prônant un jeu à une touche de balle, toujours en action, vif et technique. Dubitatifs, les observateurs se rangent finalement tous aux convictions d’Albert Batteux, lequel peut compter sur un joueur de légende pour appliquer au mieux ses théories : Raymond Kopa. Arrivé d’Angers en 1951, le futur Ballon d’or (1958) s’impose comme le plus grand joueur français de son époque, et au poste de meneur dirige une formation dont le style devient vite une référence ; c’est la naissance du « football champagne ».

Le sacre de Reims

Sous l’impulsion du « Napoléon du football », surnom hérité d’un journaliste du Daily Express, Desmond Hackett, le Stade de Reims connaît son heure de gloire. De nouveau champions en 1952, les Champenois remportent la Coupe latine la même année devant le Milan AC (3-0). En 1955, lorsque se crée la Coupe d’Europe des clubs champions, le Stade en fait une priorité ; après avoir éliminé Aarhus, Lobogo, et Edimbourg, les Rouge et Blanc échouent cruellement en finale devant le Real Madrid (4-3), après avoir mené à deux reprises. A l’issue de cette finale, Kopa part pour la capitale espagnole et croise un autre monument du football français, Just Fontaine, arrivé, lui, de Nice. Le futur meilleur buteur lors d’un Mondial (13 réalisations en 1958) offre dès la saison suivante une autre Coupe de France à son club, puis un titre de champion national, et en 1959 le Stade de Reims atteint de nouveau la finale de la Coupe des champions. Las ! face à Kopa, Di Stefano et autres Gento, le Stade échoue encore devant le Real Madrid (2-0). Le retour du premier en Champagne, la saison suivante, permet au Stade de décrocher deux autres titres de champion de France, en 1960 et en 1962, mais, dès l’exercice 1962-63, la retraite de Fontaine, suivie du non-renouvellement du contrat d’Albert Batteux, marque la fin de l’âge d’or du Stade de Reims.

Descente aux enfers

En 1963, la politique d’austérité des dirigeants rémois et la longue suspension de Kopa précipitent l’équipe dans les basfonds de la première division ; le club est même relégué à l’étage inférieur en 1964. La remontée, en 1966, marque le départ du président « historique » Henri Germain, et tourne bel et bien la page de l’époque dorée. Jusqu’en 1978, le club enchaîne les résultats médiocres, malgré une finale en 1977 et l’immense espoir suscité notamment par le buteur argentin Carlos Bianchi, et frôle cette année- là le dépôt de bilan. La relégation en D2 est finalement un moindre mal et le Stade végétera dans cette division jusqu’en 1991, année où le club est rétrogradé en D3 sur décision de la Direction nationale de contrôle de gestion. L’enfer ne fait que commencer pour Reims : les dettes s’accumulent et le club est mis en cessation d’activité, renvoyé dans l’anonymat de la division d’honneur du groupe Nord-Est. En 2001-2002, le club retrouve des couleurs et revient même en Ligue 2, pour redescendre aussitôt. Revenu dans cette division en 2003, le Stade de Reims y évolue actuellement pour la troisième saison d’affilée. Actuellement en milieu de tableau, le club est à nouveau salué pour sa qualité de jeu, et son nouveau stade, actuellement en construction, pourra accueillir 22.000 spectateurs à l’orée de la saison prochaine, qui pourrait être celle de la remontée en Ligue 1 si Reims parvient à conserver ses meilleurs joueurs.

Que reste-t-il de ces beaux jours ?

Les heures de gloire du Stade de Reims ont durablement marqué l’esprit de ceux qui aiment le football. Même si le club n’évolue plus dans l’élite,il demeure une référence pour les amateurs de beau jeu.

C’est une photo jaunie, un calendrier sépia oublié au fond d’une boîte de biscuits dans le grenier d’une tante de province. Ce sont des noms qui semblent avoir toujours été là, qui font la mémoire de nos pères et rappellent qu’en matière de football le romantisme est une époque, un courant, une philosophie presque, comme dans tous les arts majeurs. Le Stade de Reims : quel amoureux de football, quel amateur de sport digne de ce nom ne ressent aucune émotion à l’évocation de ce club mythique, celui qui disputa la finale de la toute première Coupe d’Europe, celui qui vit évoluer les Kopa, Fontaine, Piantoni, celui qui, surtout, incarna la vision « à la française » de ce sport, faite de technique, de vitesse, d’un peu de grâce aussi ?

Comme Saint-Etienne

Comment expliquer qu’un club laisse une empreinte aussi considérable sur le football de son pays ? Nice, Bordeaux, Marseille ou même Lyon ont dominé, à des époques différentes, le championnat national. L’OM encore, mais aussi le PSG ont fait mieux que Reims en remportant une Coupe d’Europe, quand Bastia, Bordeaux ou Monaco ont fait aussi bien en en atteignant la finale. Pourquoi, dès lors, le Stade de Reims, à l’instar de Saint-Etienne, demeure-t-il une référence populaire ? Peut-être parce que, comme les Verts, les Champenois avaient un parti pris, celui du beau jeu, d’un « football champagne » terriblement osé et tellement à contre-courant. Reims restera aussi comme le premier des deuxièmes, le club français qui a ouvert le bal des perdants sublimes en finale, et dans un pays qui préfère Poulidor à Anquetil une telle adoration n’est finalement pas si surprenante.

Kopa,caporal de génie

Mais comme elle aurait mérité mieux, cette équipe de 1956 ! Qu’ils avaient fière allure ces Jonquet, Leblond, Hidalgo, Glovacki, Kopa… Kopa, surtout, le joueur le plus talentueux de la plus grande équipe d’alors, le « Napoléon du football », première star française d’un sport que d’aucuns se surprirent à découvrir comme un art, grâce à lui, à ses arabesques, à ses pinceaux transformant une croûte en tableau de maître, à ses dribbles et à ses chevauchées poétiques sinon fantastiques, Kopa le Ballon d’or 1958 dont la France veut encore qu’il soit l’incarnation de son football. Elle n’était pas moins belle, l’équipe de 1959 qui échoua de nouveau, les Fontaine, Vincent, Piantoni, Lamartine, entrelacs musicaux d’une symphonie inachevée mais forcément sublime.

Référence éternelle

Depuis, le Stade de Reims n’est plus le même, évidemment. Cette chute de l’Olympe sportif n’en rend pas le club moins attachant mais, au contraire, plus humain sans doute. Les Bianchi, Onnis, Lech et Jodar, entre autres grands joueurs engagés depuis, ne sont pas parvenus à redonner au mythe un peu de son lustre passé. Mais qu’importe au fond : dans le coeur des amoureux du sport, Reims gardera toujours une place à part, celle d’une madeleine, d’une photo fanée que l’on ressort de temps à autre de sa boîte, quand le football que l’on aime s’est un peu effacé.

L’épopée

Fontaine, l’homme-buts

Plus rapide,plus puissant,plus précis, Just Fontaine(à droite) devance deux défenseurs – ici les joueurs du Stade Français Stasiak et Lerond – pour tirer d’une frappe tendue.Image classique de l’un des plus grands buteurs que la France ait jamais comptés.

Zizou pour les 50 ans

Pour célébrer les cinquante ans de la première finale de Coupe d’Europe, Zidane et son Real avaient à nouveau affronté Reims l’an passé.Cette fois,le score ne fut pas le même qu’en 1956 (défaite 4-3 des Rémois),et les Madrilènes s’imposèrent 6-1,les Champenois sauvant l’honneur grâce à Féret.

Goal volant

René-Jean Jacquet,venu de Bordeaux en 1955,garda six ans durant les buts du Stade de Reims.Son assurance, ses sorties hors de sa surface et son charisme inspiraient confiance à sa défense et crainte à ses adversaires.

Le début de l’aventure

Lors de la saison 1952-53, le Stade de Reims acquiert le troisième de ses sept titres de champion de France,sous la houlette,déjà,d’un dénommé Kopaszewski, « Kopa »,déjà étincelant. De gauche à droite,en haut : Penverne,Zimny,Paul Sinibaldi,Jonquet,Cicci, Marche. Devant : Appel,Glovacki, Kopa,Pierre Sinibaldi,Méano.

Une première Coupe

Le Stade de Reims s’offre en 1950 sa première Coupe de France en battant à Colombes et devant plus de 60.000 spectateurs le Racing Paris en finale, 2-0,grâce à des buts de Méano et de Petitfils.

Le retour

En 2000-2001, le Stade de Reims avait à nouveau joué les premiers rôles en Coupe de France, éliminé en quarts de finale seulement par Angers. Le début de la remontée pour des Champenois aujourd’hui bien installés en Ligue 2.

Géants

Just Fontaine (à gauche) auprès d’Alfredo Di Stefano, en 2004 : deux légendes du football mondial côte à côte, adversaires lors de la finale de 1959 remportée par l’Hispano-Argentin.

Bis repetita

A cinquante ans d’écart, les capitaines du Real et de Reims s’échangent les fanions pour deux matches n’ayant pas le même enjeu mais bien le même vainqueur.En 2006,le Real remporte une partie amicale,alors qu’en 1956 c’est en finale de la Coupe d’Europe qu’il avait battu les Champenois.

Talents du présent

L’effectif actuel,en milieu de tableau de L2,est mené par de très bons joueurs dont Fauré,Féret, Bonnal ou Didot.

Just Fontaine :“Le style reste dans les mémoires”

Meilleur buteur de la Coupe d’Europe en 1959 avec le Stade de Reims (10 buts),Just Fontaine a joué au club pendant sept ans. Celui qui détient toujours le record du nombre de buts marqués en Coupe du monde (13 en 1958) se souvient surtout du « football champagne » pratiqué par le club et de l’empreinte de géant laissée par Albert Batteux.

FRANCESOIR. Vous avez rejoint le Stade de Reims à 23 ans, en 1956. Avant d’y jouer, quelle vision aviez-vous de ce club ?

JUST FONTAINE. C’était la référence, le club où tout le monde voulait jouer. Quand on m’a dit « Reims te demande », j’étais prêt à partir à pied depuis Nice, où les choses ne se passaient pas très bien avec mon entraîneur. J’ai été transféré la veille de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, en 1956. J’ai pu la voir du banc, puisque je n’étais évidemment pas qualifié. Quelle frustration, et quelle déception d’avoir vu le Stade perdre 4-3 après avoir mené deux fois au score !

Trois ans plus tard, vous étiez sur le terrain pour une nouvelle défaite, encore face au Real (2-0). On imagine que ce fut dur à avaler…

Oui, très dur, bien qu’elle soit moins cruelle que la précédente car peut-être moins injuste. Que voulez-vous, on prend un but que même les minimes ou les poussins ne doivent pas prendre au bout de deux minutes, et ce genre de choses ne pardonnait pas face au grand Real. Dommage, car en demi-finale nous avions battu le Standard de Liège, en perdant 2-0 au match aller et en renversant la vapeur au retour, pour une victoire 3-0 dont un but que j’inscris en toute fin de match. C’était donc rageant d’échouer encore après un tel parcours !

Qu’a-t-il alors manqué à Reims pour être champion d’Europe ?

Je ne sais pas… Je crois que ce qui lui a manqué, c’est un titre de champion de France en 1958-59, car c’est la saison suivante que nous étions les plus forts. Malheureusement nous n’avons pas joué la Coupe d’Europe, mais je reste convaincu que nous aurions pu la gagner, avec notre attaque Vincent-Piantoni-Muller- Kopa et moi-même.

Qu’est-ce qui explique que Reims reste un club mythique pour tous les amateurs de football ?

Je crois, déjà, que l’époque se prêtait plus au romantisme. Il y avait moins d’argent, moins d’enjeu qu’aujourd’hui, et le sport restait plus près de son aspect original, dépourvu d’arrière-pensées. Je crois enfin que, la télévision étant quasi inexistante alors, c’était davantage un événement de venir voir jouer des professionnels. Même à l’extérieur, nous jouions dans des stades pleins, les gens venaient pour voir du beau football. Car plus que les résultats, déjà exceptionnels, je crois que c’est le style de jeu instauré par Batteux à son arrivée, en 1951-52, qui est resté dans les mémoires. C’est cette façon de concevoir le jeu, ce « football champagne » qui subsiste, fait de passes courtes, de mouvement et de technique. Nous avions plus d’imagination que les autres ! Si vous en voulez un exemple, sur les corners, nous avions remarqué que j’étais systématiquement pris par deux joueurs, car mes adversaires me savaient habile de la tête. C’est pour désorganiser le bloc défensif que nous avons commencé à tirer les coups de pied de coin en deux temps, inventant le célèbre « corner à la rémoise ». Ce n’est qu’une illustration de notre façon de concevoir le football. Dès que Batteux est parti, Reims a décliné. Ce n’est pas un hasard. A l’unisson de nombreux joueurs, je dirai que je n’ai eu qu’un entraîneur dans ma vie : Albert Batteux.

Que reste-t-il du Stade de Reims dans le football actuel ?

Nantes avait repris le relais, avec les mêmes principes, la même intelligence collective, des passes courtes, du mouvement… Aimé Jacquet a toujours reconnu s’inspirer notamment d’Albert Batteux, et l’équipe de France qu’il avait bâtie m’a aussi rappelé le Reims d’alors. En 2000 notamment, même s’il n’était plus aux commandes, j’ai adoré le jeu des Bleus, fidèle héritier de celui que nous pratiquions alors.

Quel regard portez-vous sur le Stade de Reims aujourd’hui ?

Je suis toujours de très près le parcours de Reims, ce sont ses résultats que je regarde toujours en premier, avant Toulouse, où j’habite, et Nantes. Je trouve très bien qu’ils aient un nouveau stade et j’aimerais vraiment qu’ils remontent vite en Ligue 1. J’aime beaucoup Julien Féret notamment, le « neuf et demi » très talentueux qui me rappelle, lui aussi, notre façon de jouer.

Dossier réalisé par Jean Berthelot de la Glétais

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