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Espagne

Longtemps divisée entre Barcelonais et Madrilènes, la sélection espagnole s’est peu à peu soudée autour du beau jeu prôné par ses sélectionneurs, jusqu’au sacre suprême. Tout un pays savoure ce succès.

Il fut un temps où la sélection espagnole se déchirait. Une époque pas si lointaine où Catalans, Basques et Castillans s’écharpaient à coups de régionalisme, de particularisme et d’autres concepts plus ou moins fumeux. Autour d’un projet de jeu ambitieux voulu par Luis Aragones puis prolongé par Vicente Del Bosque, les Espagnols sont parvenus à dépasser leurs différences pour constituer, enfin, une équipe cohérente. « Ce titre de champion du monde vient du titre européen de juin 2008. La ligne de jeu avait été définie. Nous l’avons suivie », reconnaît d’ailleurs le sélectionneur espagnol. Le « toque » comme moyen de souder une sélection, voilà qui ne manque d’intérêt ni sportivement ni sociologiquement, et qui a en tout cas permis à l’Espagne de s’imposer avec panache.

Cruyff critique les Orange

Référence du beau jeu depuis trois ans, la Roja avait conquis, à Vienne, l’Euro 2008 en pratiquant un football alerte, léché et rythmé. Elle n’a pas, lors de ce Mondial 2010, atteint les mêmes sommets ; petit à petit, cependant, elle est montée en puissance, connaissant son apogée en demi-finale contre l’Allemagne (1-0). « Si on doit être fier de quelque chose, c’est de n’avoir jamais changé de style de jeu, contrairement à d’autres nations quand elles ont joué contre nous », se réjouit David Villa. Clairement visés, les Pays-Bas, coupables d’avoir « po urri » la finale et durement cloués au pilori par… Johann Cruyff, la référence néerlandaise en termes de jeu. Les Orange ont joué « lamentablement et tristement de manière très sale », estime l’ancien entraîneur de Barcelone, qui parle « d’antifootball laid, vulgaire, dur, hermétique », et ajoute que Van Bommel et De Jong « auraient dû être expulsés ». Si l’Espagne n’a pu donner sa pleine mesure en finale, c’est donc en partie à cause des Néerlandais et de l’arbitre, M. Webb, trop vite dépassé, mais la Roja peut tout de même se vanter d’avoir pratiqué, avec l’Allemagne, le plus beau football du Mondial. Enfin unie, la Seleccion qui a tout gagné peut désormais voir loin ; sportivement, d’abord, puisque les jeunes Ramos, Busquets, Pique, Fabregas ou Pedro n’ont pas encore 25 ans. Mais au-delà de ce seul aspect, les Espagnols peuvent aussi se réjouir d’avoir su fédérer leurs compatriotes autour du drapeau national, jadis symbole du franquisme. « Nous favorisons désormais une meilleure relation entre les communautés autonomes du pays », se réjouit Vicente Del Bosque : là n’est pas la moindre des vertus de cette Seleccion, tant s’en faut. En triomphant dimanche, la Roja a créé parfois ex nihilo un sentiment d’appartenance à un pays plus proche, jusque-là, de la mosaïque que de la nation. « La sélection a ôté le voile qui masquait le désir d’exprimer quelque chose d’aussi élémentaire que l’orgueil d’être espagnol », se réjouissait hier le quotidien ABC. « Beaucoup de gens ne voient pas d’incompatibilité entre leur condition de Basques ou Catalans et leur condition d’Espagnols », estime de son côté l’agence Vasco Press, « mais le nationalisme ne va pas changer. Les réalités territoriales, les problèmes d’identité nationale ne disparaissent pas avec un succès sportif », ajoute-t-elle, comme pour prévenir les éventuels effets pervers d’un mirage comparable à celui de la France 98, seulement « black blanc beur » dans l’esprit de quelques publicitaires gominés. A l’évidence, cette victoire en Coupe du monde ne guérira pas le pays de ses malaises régionalistes ; si elle aide, déjà, les Espagnols à se sentir un temps unis, alors elle aura permis au sport de tenir le plus beau rôle qui puisse lui échoir.

Jean Berthelot de La Glétais

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