Home

Jour de match à Liverpool

 

Partagée entre Blues d’Everton et Reds, Liverpool vit pour et par le football. Plongée au coeur d’une ville atypique et attachante.

Au rayon incongruité, la question sne manque pas de valoir son petit succès, à Liverpool. « Etes-vous un “nez bleu ou un rouge ?”, soit un supporteur d’Everton ou du Liverpool FC, les deux clubs de la ville, amène invariablement la même réponse : « There’s only one team in this city. » « Il n’y a qu’une équipe dans cette ville », le tout étant évidemment de savoir laquelle votre interlocuteur soutient, et laquelle n’existe pas à ses yeux. L’impair, cependant, n’aurait rien de dramatique ; ici, il n’y a pas de haine entre les deux camps et les « Friendly derbies », les « derbies amicaux » – fussent-ils très officiels – se regardent en famille, Reds et Blues partageant les mêmes tribunes sans animosité. « C’est ça, l’esprit de Liverpool », assure James, longiligne étudiant en histoire et supporter des « Toffees » (littéralement « caramels mous ») d’Everton. « Depuis toujours, la ville est ouverte sur le monde et sur les différences, ce n’est pas une simple histoire de maillots qui va nous éloigner ! En plus, contrairement à Glasgow, par exemple, ou à Manchester, on ne choisit pas son club en fonction de son appartenance religieuse ou de son niveau social. Tout juste peut-on noter que Liverpool est sans doute un peu plus populaire en banlieue, alors qu’Everton est plutôt le club de ceux qui habitent en centre-ville. Mais c’est une différence minime. »

Histoire ou palmarès ?

L’amour du maillot, dans la ville, se transmet en réalité de père en fils et de mère en fille, depuis la fin du XIXe siècle. En 1878, Everton est ainsi fondé par un ecclésiastique, le père Chambers ; le club ne tarde pas à s’installer à… Anfield, mais en 1892, le propriétaire du terrain, John Houlding, décide d’en augmenter le loyer. Les « Toffees », qui doivent leur surnom à leurs virées récurrentes dans deux pâtisseries proposant, précisément, des caramels mous, spécialité du quartier d’Everton, déménagent alors et s’installent à Goodison Park, stade qu’ils occupent encore aujourd’hui. Confronté à cette défection, John Houlding crée alors le Liverpool FC, et la séculaire rivalité est née. « Selon que l’on soit d’un camp ou de l’autre, on se renvoie à la figure le palmarès ou la date de création », rigole Pete, membre du Spirit of Shankly, groupement de supporteurs rendu célèbre pour avoir tenté de racheter le Liverpool FC à ses propriétaires américains. « On le fait sans animosité, mais les « Toffees » aiment à rappeler qu’ils ont été champions d’Angleterre avant nous, en 1891, et nous mettons en avant le fait que les Reds ont le plus beau palmarès d’Angleterre, devant Manchester United, Arsenal et… Everton ! »

« Si on n’avait pas eu les Beatles et le club… »

Entre Blues et Reds, la ville, elle, a en tout cas choisi. C’est, en effet, la couleur de Liverpool qui frappe dès lors que l’on pénètre dans ses rues rectilignes et pentues menant pour la plupart au port : un rouge tantôt vif, tantôt lavé, que se partagent maisons, églises, commerces et docks. « C’est la couleur de nos briques », explique Richard, vieil homme alerte à la tête chenue et à l’accent typique des Scousers – donc quasi incompréhensible –, qui assure « être né Red », « mais ce n’est pas seulement cela. C’est aussi le rouge du sang de nos marins disparus en mer, le rouge de l’acier de nos bateaux qui rouillent depuis le début du déclin de l’industrie maritime il y a une trentaine d’années. Ce club, c’est la fierté de la ville, cela va bien au-delà du football ; si on n’avait pas eu les Beatles et le Liverpool FC… » Richard ne termine pas sa phrase, mais le message est passé ; hier soir, et comme à chaque fois qu’ils entonnent leYou’ll never walk alone,les supporteurs des Reds n’ont pas simplement poussé leur équipe. Ils ont surtout revendiqué leurs valeurs de Scousers, viscéralement attachés à une ville durement touchée par la crise mais qui n’abdique pas, soutenue par tout un peuple rouge à la détermination farouche bien décidé à ne jamais la laisser marcher seule.

Jean Berthelot de la Glétais

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s