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L'homme en noir et les loups

 

Cibles régulières des critiques, les arbitres français sont de plus en plus souvent montrés du doigt pour justifier un manque de réussite ou une mauvaise gestion tactique. Entraîneurs,joueurs,journalistes,tous se relaient pour hurler avec les loups…

« Même si on ne veut plus de nous en Ligue 1, on va se battre jusqu’au bout… » Si la Palme d’or récompensait les déclarations les plus empreintes de paranoïa absurde et de théories du complot bancales, alors Elie Baup foulerait à coup sûr le tapis rouge de Cannes cette année. Après un penalty, certes litigieux, accordé à Nancy samedi, l’entraîneur toulousain a osé cette sortie dans un style qui lui est malheureusement coutumier. Le coach à la casquette n’est pas le seul à remettre en question la compétence, voire l’impartialité des arbitres français ; dès que l’un d’eux se trompe, il voit la vindicte populaire s’abattre sur lui comme le malheur sur le bon peuple.

Enfin la vidéo ?

Qu’il faille des évolutions dans l’arbitrage est certes incontestable. Il paraît indispensable que les directeurs de jeu soient des professionnels, rémunérés non pas au rendement mais de façon régulière, tout comme l’intervention de la vidéo ou de l’électronique semble souhaitable. Des « états généraux » de l’arbitrage, réclamés à cor et à cri par nombre d’observateurs, pourraient apporter ce style d’aménagements, mais la critique systématique des décisions ne cessera sans doute pas avec ce style d’aménagements ; ce mal, loin d’être franco-français, s’est accru ces dernières années avec les intérêts de plus en plus importants liés aux résultats sportifs. Toulouse relégable, par exemple, voit ainsi le spectre de la récession économique s’ajouter à celui d’une régression sportive et le gigantesque manque à gagner rend sans doute nerveux les responsables du club.

Révolution culturelle

Dans une société où le vainqueur est sacralisé, où le fait de gagner – beaucoup – prend souvent le pas sur la façon de le faire, le perdant est voué aux gémonies et, parfois, mis au ban. Le football ne fait que suivre cette évolution, et il est de plus en plus fréquent de considérer la défaite comme anormale. La tentation est alors forte de trouver des coupables, des boucs émissaires ; l’arbitre est un fusible tout désigné. Il permet aux entraîneurs de justifier des errements tactiques, aux observateurs de s’éviter une analyse trop pointue, et aux supporters de se convaincre que leur équipe mérite mieux que ce qu’elle obtient. Ceux qui aiment le football doivent se rappeler que l’arbitre est un rouage indispensable au football, sans lequel le sport ne saurait fonctionner, et que les niveaux amateurs souffrent déjà du manque de vocation. Ils doivent aussi accepter l’idée que la défaite, au même titre que la victoire, fait intégralement partie du jeu. Une révolution culturelle est donc nécessaire, sans doute bien plus qu’une réforme totale de l’arbitrage.

Jean Berthelot de la Glétais

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