Home

Histoire d'un paysan de France 1 Histoire d'un paysan de France 2 Histoire d'un paysan de France 3 Histoire d'un paysan de France 4

 

A 68 ans,dont quarante-cinq passés à Auxerre,Guy Roux est devenu officiellement hier l’entraîneur du Racing Club de Lens.Retour sur une carrière à nulle autre pareille.

C’est l’histoire d’un môme de Colmar, né en octobre 1938, arrivé à 2 ans à Appoigny, à 5 kilomètres seulement d’une bourgade de province tranquille et balzacienne, alors inconnue ou presque de la majorité des Français, une commune entre ville et village en apparence vouée sinon à l’oubli, du moins à l’indifférence, Auxerre donc. C’est l’histoire d’un enfant qui à 5 ans porte pour la première et dernière fois le maillot tricolore, à l’occasion d’un France-Angleterre chargé de symboles, organisé à l’initiative d’un instituteur, M. Teinturier, à qui il vouera toute sa vie une grande admiration. C’est l’histoire d’un gamin élevé par son grand-père, entre un père absent et une mère paralysée quand il n’a que 9 ans, un petit paysan qui fait le maraîcher avant de trouver, à 14 ans, sa raison de vivre. Pour lui, ce sera l’AJ Auxerre. Il entre au club comme d’autres en religion, et ne le quittera presque plus.

Le banc,pas le terrain

Capitaine des équipes de jeunes de l’AJA, Guy Roux est titularisé en équipe première en 1957, mais dès l’année suivante, ballotté entre Bourgogne, Poitiers et Limoges, le jeune homme comprend qu’il est davantage fait pour être entraîneur que joueur. Intuition payante : en quatre ans, Guy Roux passe ses diplômes d’éducateur et se voit attribuer le poste d’entraîneur de l’équipe première de l’AJA. En 1979, le Bourguignon connaît sa première heure de gloire en amenant Auxerre en finale de la Coupe de France, perdue 4-1 contre Nantes. Qu’importe, au fond, cette défaite : l’extraordinaire ascension de l’AJA est lancée, et ne s’arrêtera pas. Dès la saison suivante, Auxerre accède à la Division 1 avant de disputer, en 1984, son premier match européen à Lisbonne, en UEFA, pour une nouvelle défaite, contre le Sporting (2-0).

L’AJA au plus haut

Les années 90 verront la consécration définitive de l’AJ Auxerre. En 1993, l’AJA accède aux demi-finales de la Coupe de l’UEFA et fait rêver la France, ne s’inclinant qu’aux tirs au but après un duel homérique face à Dortmund. Vainqueur en 1994 de la Coupe de France, le club récidive deux ans plus tard et accomplit même un exceptionnel doublé, en remportant le Championnat. Vient donc ensuite la Ligue des champions, puis une troisième et même une quatrième Coupe de France en 2003 et en 2005. Entre-temps, le 14 septembre 2002, Guy Roux s’était assis pour la 783e fois sur un banc d’entraîneur de Ligue 1, battant ainsi le record de Kader Firoud. En 2005, Guy Roux annonçait une deuxième fois sa retraite, après une première sortie en 2000 et un double pontage coronarien en 2001. Mais l’appel du terrain, une nouvelle fois, a été trop fort…

J.B.G.

 

Le boeuf qui se voulait grenouille

Loin de son image publique d’Harpagon des temps modernes, Guy Roux est aussi un homme d’influence dont le patrimoine financier serait considérable.

« Un sou est un sou ! » Dans l’imagerie populaire, le nouvel entraîneur lensois passe pour un homme modeste, qui gère ses affaires en bon père de famille et son budget au plus près. Savamment entretenue par l’intéressé, cette image n’occulte cependant pas les talents d’homme d’affaires de Guy Roux. Depuis 1996, l’homme est une bête de scène. A l’occasion de ses publicités nombreuses, pour Cristaline, La Poste ou Citroën entre autres, l’Alsacien de naissance négocierait ses cachets aux alentours de 100.000 euros. Depuis vingt ans, Guy Roux est aussi un consultant courtisé, pour Canal+ ou Europe 1 notamment. Tour à tour patron d’un grand cabinet d’assurances de l’Yonne, conférencier en management, conseiller municipal d’Appoigny, président du syndicat des éducateurs de football, vice-président de la Ligue nationale, Guy Roux a cumulé les tâches. « Quand on a du bois, on ne meurt pas de faim », répète-t-il à l’envi. Alors Guy Roux s’est constitué un très confortable patrimoine immobilier, achetant plusieurs maisons, un étang et des forêts.

Il soigne ses relations

Homme de réseau, Guy Roux apprécie la fréquentation aussi bien des personnalités politiques que du show-business ou des décideurs économiques. François Mitterrand, rencontré à Château- Chinon, où l’AJA effectuait un stage de préparation, Lionel Jospin, ancien compagnon de chambrée durant leur service militaire commun, ou encore Jean- Pierre Soisson, le député UMP de l’Yonne, font ou faisaient partie de son cercle de connaissances. François Patriat, président socialiste de la région Bourgogne, lui aussi approché par Guy Roux, parle d’un homme « qui traite avec l’élu en place, de gauche ou de droite. Si celui-ci l’aide, il l’encourage. Sinon, il le flingue », accuse l’ancien ministre. Proche de Gérard Depardieu, Guy Roux a eu aussi suffisamment de connaissances dans le milieu de l’audiovisuel pour permettre à son fils François d’y commencer sa carrière, lui qui est aujourd’hui PDG de la chaîne 13eRue.

J.B.G.

 

Le dernier Duc Bourgogne

Personnage hors norme, Guy Roux s’est rendu célèbre par ses coups de gueule et ses coups de sang pas toujours politiquement corrects.

Pour tout amateur de football qui se respecte, l’image vient forcément à l’esprit à l’évocation de Guy Roux. Celle de l’entraîneur d’une équipe en demi-finale de la Coupe de l’UEFA qui sprinte de l’autre côté du stade pour récupérer un ballon envoyé dans les tribunes et conservé par les supporters. C’était en 1993, contre Dortmund, et Guy Roux bâtissait sa légende. Ses adversaires rappellent quelques habitudes du sorcier bourguignon, comme celle qu’il avait de couper l’eau chaude en hiver aux visiteurs de l’Abbé-Deschamps ou de mettre le chauffage au maximum en été. Quant aux échauffements d’avant match, ils devaient souvent – toujours pour l’adversaire – s’effectuer sur la pelouse du petit stade annexe, au milieu de supporters bourguignons moqueurs sinon agressifs. Mais ses adversaires ne sont pas forcément ceux qui parlent le mieux de Guy Roux. Souvent brocardé par ses joueurs, l’entraîneur jouait les père Fouettard, leur interdisant notamment de sortir le soir.

La Mobylette de Boli

L’histoire de la Mobylette de Basile Boli, attachée aux grilles du centre de formation de l’AJA par un cadenas dont la clé était détenue par Guy Roux, est aussi célèbre que les descentes régulières de l’ancien Ajaïste dans les boîtes de nuit de l’Yonne. Quant à quitter le département pour prendre un peu de bon temps, les joueurs ne pouvaient même pas y songer. Suivant les consignes de Guy Roux, les employés des stations de péage avertissaient le coach dès qu’un de ses poulains tentait de se faire la belle. Et à l’intention de ceux qui aimaient un peu trop les voitures de sport, il n’était pas rare que Guy Roux rappelle le concessionnaire local en l’enjoignant de récupérer son bolide. Ainsi va le nouvel homme fort du RC Lens, qui a aussi gratifié le monde du football de coups de gueule mémorables, voire de quelques dérapages. Ainsi, lors de la dernière Coupe du monde, évoquait- il Marcel Desailly, censé être en Allemagne en qualité de consultant « mais dont on entend les gosses plonger dans la piscine, à Aix-en-Provence, dès qu’il intervient en direct ». Alors à la tête de l’ Unecatef, le syndicat d’entraîneurs, Guy Roux s’était aussi signalé par un légalisme borné, s’en prenant notamment aux techniciens étrangers, dont Ricardo, coupables à ses yeux de ne pas avoir de diplômes français. Comble de l’ironie, Guy Roux est aujourd’hui mis en cause par ce même syndicat qui lui reproche d’avoir dépassé la limite d’âge pour entraîner, fixée à 65 ans. Mais Guy Roux laisse aussi quelques souvenirs moins cocasses, comme cette mise en cause peu fair-play de l’amateurisme des joueurs de Calais, finaliste de la Coupe de France en 2000. Comme, surtout, lors d’un autre match face à Dortmund, après que l’arbitre autrichien eut refusé un but à Lilian Laslandes : « Je suis né en 1938. A l’époque, Autriche et Allemagne ne formaient qu’un seul et même pays. Et puis il y a même des Autrichiens qui se sont rendus célèbres en Allemagne ! » Pas très classe…

J.B.G.

 

Lionel Charbonnier : « Guy Roux a fait ma carrière ! »

Entré à 16 ans au centre de formation d’Auxerre, Lionel Charbonnier est resté en Bourgogne jusqu’en 1998,glanant deux Coupes de France et un titre de champion avec l’AJA, parallèlement à la Coupe du monde 1998 gagnée avec les Bleus. S’il se dit surpris du retour de Guy Roux,le choix de Lens lui semble logique.

FRANCESOIR. Etes-vous étonné par le retour de Guy Roux ?

LIONEL CHARBONNIER. Bien sûr, j’ai été très surpris par cette annonce. En revanche, que cela se fasse à Lens m’étonne moins. Guy Roux a toujours eu énormément de respect pour le public lensois, pour ce club qui à mon sens correspond parfaitement bien à ses valeurs. Chaque fois qu’il nous parlait avant une rencontre face à Lens, c’était un discours très différent de celui qu’il nous servait face à l’OM, par exemple. Le vocabulaire était bien plus respectueux.

Durant douze ans, vous avez côtoyé Guy Roux à Auxerre…

Déjà, je peux dire que Guy Roux a fait ma carrière. C’est l’un de ceux qui ont le plus compté pour moi, avec Daniel Rolland (NDLR: exentraîneur et éducateur de l’AJA) et les sélectionneurs qui m’ont appelé en bleu, Aimé Jacquet et Gérard Houiller. Guy Roux m’avait fait confiance contre Dortmund, en 1993, alors que j’étais tout jeune, il avait eu le sentiment qu’il pouvait s’appuyer sur moi. C’est un homme de feeling, d’abord et avant tout. Il sent les choses.

Quel entraîneur est-il ?

Selon moi, il y a deux Guy Roux. D’une part, il y a celui que j’ai connu au début, qui m’a donné envie de m’investir corps et âme dans l’AJA, qui était très présent, à la fois papa poule et père Fouettard. Il savait à merveille combiner les deux, obtenait le maximum des joueurs. Et puis il y en a un autre, qui petit à petit s’est laissé un peu déborder par ses joueurs. Quand il a commencé à lâcher la bride à certains, il n’a plus vraiment maîtrisé son groupe et certains lui ont manqué de respect. Je n’ai pas aimé cela du tout, c’est pourquoi je suis parti. Cela avait en fait commencé avec Cantona, qu’il n’a pas bien su gérer, je pense. Après, je crois que cela a abouti à ce que le club plafonne, en quelque sorte. J’ai compris qu’en restant à l’AJA je ne pourrais pas aller plus haut, c’est pourquoi je suis allé aux Rangers. Mais j’ai toujours eu beaucoup d’estime pour Guy Roux.

Pour finir,on ne peut pas vous lâcher sans que vous ne nous racontiez une anecdote sur Guy Roux…

(Il rit.) Hou, là, là ! il y en a tellement… Je pourrais vous parler des fois où il nous poursuivait sur les parkings pour nous empêcher d’aller en boîte, mais c’est désormais de notoriété publique ! Alors je vais vous raconter une anecdote que peu de gens connaissent, et qui à mon avis résume bien le personnage et sa légendaire méfiance. A chaque déplacement d’Auxerre, nous empruntions deux petits avions, dont l’un était piloté par Gérard Bourgoin d’ailleurs. Eh bien ! alors que les deux gardiens de l’équipe étaient naturellement proches, Guy Roux ne les a jamais laissés s’asseoir dans le même avion. Il avait peur que l’un des deux appareils s’écrase et que l’équipe n’ait donc plus de gardiens ! Ça, c’est Guy tout craché…

Dossier réalisé par Jean Berthelot de la Glétais

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s