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La france aime-t-elle le foot

 

Un temps reporté, l’examen du projet de loi proposant de revenir sur l’un des avantages fiscaux des footballeurs devrait occuper prochainement l’Assemblée, au risque de raviver l’exode des meilleurs joueurs.

Les footballeurs doivent-ils, en période de crise, participer autant que tous ceux qui gagnent beaucoup d’argent à l’effort collectif ? L’idée, en tout cas, n’a rien de choquant, et c’est en partant de ce présupposé que certains parlementaires, dont le viceprésident de l’Assemblée, l’UMP Marc Le Fur, avaient présenté, la semaine dernière, un projet de loi visant à limiter l’un des avantages fiscaux des joueurs professionnels – ou de leurs employeurs en l’espèce, ce qui revient finalement au même. Retiré samedi, l’amendement proposé à l’occasion de l’examen du projet de budget 2010 par la Chambre basse devrait cependant revenir ces jours-ci à l’occasion de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Cette perspective inquiète et indigne le monde sportif ; le président de la Ligue de football professionnel parle ainsi de « harcèlement parlementaire », la Fédération française de football déplore des mesures « qui risquent de déstabiliser l’ensemble de l’édifice », quand l’Union des footballeurs professionnels regrette un « élan populiste ». Rama Yade elle-même appelle à « ne pas légiférer sous le coup de l’émotion ».

Exode annoncé ?

Concrètement, il s’agirait de revenir sur l’exonération d’une partie des revenus liés au droit à l’image collective des sportifs, disposition qui avait permis aux clubs de payer moins de charges sociales sur une partie des salaires, donc de mieux rémunérer certains joueurs. Le manque à gagner, pour l’Etat, serait aujourd’hui de 26 millions d’euros environ ; une somme considérable, bien sûr, mais dont la récupération pourrait avoir pour conséquence une reprise de l’exode des meilleurs joueurs de Ligue 1, partiellement jugulé ces dernières années. Les autres grands pays européens n’ont, en effet, pour le moment, pas envisagé de revenir sur les exonérations qu’ils accordent grassement au secteur sportif. La démarche de la France, d’un point de vue social, est sans conteste parfaitement légitime ; elle témoigne, en revanche, d’un intérêt moindre pour le sport professionnel, sans doute symbolique de sa place dans la société. Les Français, c’est un fait, raffolent de football, apprécient d’en entendre parler et d’en discuter, s’embrasant à chaque péripétie. Deux millions trois cent mille d’entre eux sont licenciés dans un club, soit à peu près autant qu’en Angleterre, et trois fois plus qu’en Espagne. La pratique occasionnelle est elle aussi courante et le football reste le sport le plus populaire, de très loin. Il faut donc distinguer, sans doute, le sport amateur du professionnel : le second est, indéniablement, moins apprécié dans l’Hexagone qu’hors des frontières. Certes les récents débordements de Marseille, par exemple, prouvent malheureusement que la passion n’a pas déserté les stades français. Il suffit pourtant d’aller en Angleterre, en Espagne, au Portugal, en Italie ou en Allemagne pour comprendre ce que veut dire l’engouement autour du football. Aucun club français ne peut honnêtement comparer l’ambiance dans son stade à celle d’Anfield ou du Camp Nou, et la sélection elle-même n’est soutenue que quand elle gagne, sifflée à Marseille ou à Paris dès qu’elle est moins performante.

Retard inexorable

Faut-il, dès lors, s’étonner que les clubs français ne brillent que rarement en Coupe d’Europe et ne remportent quasiment jamais de trophée continental ? Evidemment non, l’engouement attirant logiquement plus d’investissements de la part des sponsors et des diffuseurs notamment, donc plus d’argent, et la possibilité de conserver ou d’attirer les meilleurs joueurs. Le dispositif fiscal ne joue ensuite qu’à la marge, mais le fait que les parlementaires reviennent sur l’idée d’une exonération est significatif. La France aime-t-elle le football ? Elle l’adore même, mais sans doute moins que ses voisins européens et pas à n’importe quel prix. Qu’on le déplore ou pas, le constat doit en tout cas préparer les amateurs de ce sport au fait que notre pays n’est pas près de rattraper les grands championnats continentaux, et n’est donc pas compétitif en Coupe d’Europe. C’est presque un choix de société.

Jean Berthelot de la Glétais

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