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Lamour et la Bourse Lamour et la Bourse2

 

Antienne récurrente des tenants de l’ultralibéralisme appliqué au sport,l’introduction des clubs sportifs en Bourse est en passe de devenir une réalité en France.Le ministre des Sports, Jean- François Lamour,présente aujourd’hui un projet de loi visant à autoriser les clubs à « faire appel à l’épargne publique ».

Le verrou a donc sauté. Bruxelles n’a pas laissé le choix à la France, et l’injonction de la Commission européenne est très claire ; il faut laisser la possibilité aux clubs de s’introduire en Bourse. Dans un pays traditionnellement hostile à la stricte application des règles du libéralisme dans certains domaines comme le sport, l’éducation ou l’art, le symbole est fort, sans qu’on puisse pour autant parler de grand soir pour le capitalisme, tant les dispositions prévues dans le projet de loi paraissent contraignantes pour les clubs. « Ils devront présenter un projet d’introduction en Bourse à l’Autorité des marchés financiers (AMF) avec une information relative à un projet de développement de leur activité sportive et de l’acquisition d’actifs destinés à renforcer leur stabilité et leur pérennité », assure Jean-François Lamour. En clair, l’argent investi dans les clubs devra leur servir à acquérir leur stade, si ce n’est déjà fait, et à diversifier leurs activités, en créant par exemple des restaurants, des centres commerciaux ou des hôtels associés à leur image. Une évolution inévitable pour les clubs intéressés par l’introduction en Bourse, tant l’incertitude sportive génère une volatilité honnie par les investisseurs (en moyenne, à l’étranger, le titre gagne 0,5 % le lendemain d’une victoire et perd 0,7 % à la suite d’une défaite).

Peu de clubs concernés

Prévu pour être adopté d’ici à la fin de l’année, le projet de loi ne concernera a priori que « deux ou trois clubs (NDLR : PSG, OL, Lens ?), poursuit Jean-François Lamour, qui sont capables de présenter un projet viable, soit parce qu’ils ont acquis une enceinte sportive, soit parce qu’ils possèdent les capacités financières ». Qu’importe, pour la Ligue de football professionnel (LFP), c’est une « satisfaction. C’était une revendication inscrite au programme de Frédéric Thiriez lors de son élection au poste de président en 2002 ». Chaud partisan d’une telle disposition, Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique Lyonnais, peut évidemment se réjouir de ce projet de loi. Tout comme Gervais Martel, son homologue lensois, qui, propriétaire de son stade, pourrait être l’un des premiers clubs concernés par une entrée en Bourse. A Marseille, en revanche, l’affaire n’est « pas d’actualité », affirme Thierry de La Brosse, le directeur général de l’OM, même si l’idée constitue un « pas en avant ». Seul Bordeaux ne semble pas, pour l’heure, favorable au projet : « Je m’en fiche, ce n’est pas un centre d’intérêt pour nous », avance tout de go Jean- Louis Triaud. Un scepticisme partagé, sur le terrain politique, par le Parti socialiste qui « dénonce cette fracture qui s’inscrit pleinement dans une logique ultralibérale qui va asservir l’ensemble des activités sociales à des logiques de profit financier et de marchandisation ».

Ultralibéralisme ou encadrement strict ?

Logique ultralibérale, le mot est lâché. Partout où ce système est déjà en vigueur (37 clubs européens sont concernés), les actionnaires sont légion qui ont été floués par des placements incertains, sur l’AS Rome en Italie ou le Borussia Dortmund en Allemagne, par exemple. La protection des actionnaires devra donc être l’une des priorités de l’Etat, ce que confirme Jean-François Lamour : « Il faudra que les autorités du football et des marchés financiers soient très regardantes », explique- t-il. D’autant que dans les pays où les clubs ont déjà la possibilité d’être cotés en Bourse les dérapages sont inquiétants. En Italie, avec l’affaire des matches truqués, comme en Angleterre avec le scandale des pots-de-vin récemment mis au jour, le libéralisme appliqué au football s’est accompagné de dérives extrêmement graves. « L’exception culturelle » française pourrait bien, cette fois, se situer là ; non plus dans une résistance acharnée et idéologique à l’ouverture des capitaux des clubs, mais bien dans un suivi scrupuleux, par l’Etat, de toutes les opérations qui en découleront.

J.B.G.

 

« Les actionnaires détestent l’incertitude »

Frédéric Bolotny est chercheur au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges.Il est l’auteur d’une étude sur le sponsoring sportif en 2005 pour Eurostaf-Les Echos.

FRANCESOIR. Que vous inspire la présentation, aujourd’hui, de ce projet de loi sur l’ouverture du capital des clubs sportifs ?

FRÉDÉRIC BOLOTNY. Ce n’est pas une surprise, après l’injonction de l’Union européenne, même si je crois sincèrement qu’il existe une incongruité sur le fond. Le sport est fondé sur l’incertitude, et la Bourse déteste l’incertitude.

Pourquoi les investisseurs s’impliquent- ils alors ?

Les clubs, de plus, sont rarement des entreprises à rentabilité directe, généralement les investisseurs s’impliquent pour des raisons d’image, par exemple.

Quel est l’exemple à suivre ?

L’exemple à suivre, c’est le club anglais de Manchester United (Premier League). Plus qu’un club, c’est une véritable entreprise de loisirs, qui tire sa rentabilité de ses produits dérivés notamment. Sans cela, il est évident qu’un club n’est pas un investissement rentable. “L’argent doit servir à l’achat d’un stade”

Et pour les clubs, quels sont les avantages de l’introduction en Bourse ?

L’écueil, pour eux, serait d’investir tout l’argent qu’ils en retireraient dans l’achat de joueurs, valeurs hautement volatiles. Bien sûr, il faut avoir une équipe compétitive, mais il faut aussi travailler sur les infrastructures, humaines et foncières.

Comment bien utiliser l’argent sans risque de se tromper ?

L’argent doit, entre autres, servir à l’achat d’un stade. Cela pourra aussi permettre aux clubs de ne plus dépendre entièrement des droits TV, dont on ne sait pas s’ils seront toujours aussi importants dans les années à venir.

 

Dossier réalisé par Jean Berthelot de la Glétais

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