Home

Calcio gouffrecalcio gouffre 2

Faute de n’avoir pu, ces dernières années, assainir le climat qui règne autour de son football,l’Italie se trouve aujourd’hui confrontée à une crise sans précédent.Avec une volonté, une certitude revenant comme un leitmotiv dans la bouche de la plupart des amateurs de sport et en une des principaux quotidiens :« Basta ».Assez.

Ce matin, l’Italie s’est levée avec la gueule de bois. Au sortir d’un week-end cauchemardesque, le peuple n’a évidemment pas eu son lot de jeux hebdomadaires, le football étant gelé jusqu’à nouvel ordre, momentanément cryogénisé par des barbares siciliens n’ayant de supporters que le nom.

Litanie tragique

Pour gravissime qu’il soit, l’événement de vendredi à Catane, soit la mort d’un policier, n’est pas à isoler de l’atmosphère irrespirable qui règne dans le football italien. Depuis une douzaine d’années, les incidents se multiplient, parfois mortels, comme, notamment, en 1995, lorsqu’un supporter avait été poignardé lors d’un Gênes-Milan, ou en 2001, quand un fan de Messine avait été tué par l’explosion d’une bombe, parfois dévastateurs, quand des tifosi avaient provoqué une « guérilla urbaine » en octobre 1998 à Varèse, ou en janvier de la même année lorsque des affrontements entre supporters de Brescia et de la Fiorentina avaient fait une cinquantaine de blessés. Cette saison même, de graves incidents avaient eu lieu à Bergame et à Rome notamment, et – ironie du sort – une minute de silence avait été observée avant Catane-Palerme en mémoire d’un dirigeant amateur de Sanmartinese, mort en tentant de s’interposer lors d’une bagarre entre supporters. Cette liste, loin, très loin d’être exhaustive, s’ajoute aux débordements incessants qui secouent les coulisses du Calcio, entre matches truqués, arbitres achetés, faillites financières et autres dopages assumés en finale de Coupe UEFA ou ailleurs.

Un problème européen

Peu à peu, le football italien s’enfonce dans une crise de valeurs, perd un à un ses repères et n’est peut-être en cela qu’en avance sur les autres pays européens, qui gagneraient à considérer ce problème comme un fléau qui dépasse les frontières, et à travailler ensemble à sa résolution. A Rome, une réunion de crise a rassemblé hier aprèsmidi Enrico Letta, sous-secrétaire à la présidence du Conseil, Clemente Mastella, le ministre de la Justice, celui de l’Intérieur Giuliano Amato, la ministre des Sports Giovanna Mellandri, le président du Comité olympique Gianni Petrucci et le commissaire extraordinaire de la fédération italienne de football, Luca Pancalli. L’aréopage a convenu d’une série de mesures dont l’une des plus importantes vise à « prohiber tout rapport non vertueux des dirigeants, entraîneurs et joueurs avec les groupes de supporters ». En clair, il est question de réduire l’influence de groupuscules extrémistes comme ceux de la Lazio, dont les privilèges leur permettent même de gérer la vente des produits dérivés du club.

Les clubs hors course ?

Le gouvernement italien souhaite aussi retirer leur licence aux clubs dont les stades ne sont pas conformes aux normes de sécurité, et ce dès le début de la saison prochaine. Une annonce d’autant plus forte que, selon nos informations, seules les enceintes de Milan, Turin, Rome et Gênes seraient réellement aux normes, donc susceptibles de voir leurs clubs autorisés à s’y produire. Si la plupart des acteurs du Calcio ont fait part de leur accord en faveur de telles mesures, le président de la Ligue des clubs de football professionnels, Antonio Mattarrese, n’oublie pas, lui, manifestement, les enjeux financiers du sport, déclarant dès hier sans vergogne, en réaction à la suspension sine die des rencontres : « Les morts dans le système footballistique font malheureusement partie de ce gigantesque mouvement que la police n’est pas en mesure de contrôler », poussant même l’indécence jusqu’à ajouter : « Le spectacle doit continuer. Le football ne doit jamais s’arrêter, c’est une industrie. Pensez-vous qu’il y ait une industrie qui ferme ses usines et ne sait pas quand elle les rouvre ? » Pendant ce temps-là, à Catane, une petite fille enterrait un père mort à 38 ans d’un antagonisme imbécile à mille lieues des valeurs du football. Evidemment brisée par l’émotion, la petite Fabianna Raciti a, elle, eu les mots les plus justes en disant adieu à son papa : « J’espère simplement que ta mort va conduire la société à changer. » Dans un pays où les enfants font entendre la voix de la raison, les adultes doivent faire cesser le jeu de massacre. Il y a urgence.

Jean Berthelot de la Glétais

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s