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En signant hier la Charte contre l’homophobie, Bordeaux est devenu le sixième club français à s’engager dans le combat initié par le Paris Foot Gay. Le football hexagonal semble enfin prendre peu à peu conscience du problème…

En football, il existe des miracles. Pas seulement sur le terrain, où les retours inespérés et tardifs valent parfois d’être ainsi qualifiés, mais en coulisses, aussi, où il arrive que les mentalités évoluent là même où on ne l’espérait plus. Petit retour en arrière : la saison dernière, le président de Montpellier, Louis Nicollin, se plaint du comportement de Benoît Pedretti lors de la réception d’Auxerre, et traite le capitaine icaunais de « petite tarlouze ». S’ensuit une polémique énorme, le Paris Foot Gay (PFG), notamment, condamnant fermement ces propos avant de se faire taxer d’opportunisme par Louis Nicollin. Oui, mais depuis, le président de Montpellier n’a plus du tout la même vision des choses ; sensibilisé, entre autres par Pascal Brethes, cofondateur du PFG, « Loulou » a pris conscience du problème et signé la Charte contre l’homophobie, engageant son club dans ce combat (lire ci-dessous).

« La gangrène de la discrimination »

Faut-il voir là les fruits du combat incessant du PFG ? Sans doute, autant qu’il convient de saluer l’humanisme et l’esprit d’ouverture du président de Montpellier, personnalité si attachante. Indéniablement, cependant, la lutte contre l’homophobie progresse dans le football, comme en témoigne le fait que Bordeaux soit devenu, hier, le sixième club français à signer la Charte instituée par le PFG, bien aidé par la Ligue de football professionnel (LFP), qui semble avoir pris conscience du problème depuis plusieurs mois. Le PSG, l’AJ Auxerre, l’OGC Nice, l’AS Saint-Etienne et donc Montpellier avaient précédé les Girondins « pour que la gangrène de la discrimination ne franchisse plus la porte de nos stades », selon le voeu de Frédéric Thiriez, le président de la LFP. En attendant que d’autres clubs de L1 ou de L2 s’engagent également, l’impact de cette mobilisation n’est pas à sousestimer, dans le football professionnel d’abord mais aussi – et peut-être surtout – dans le football amateur.

Ostracisme

Exemples indéniables pour les jeunes sportifs, les stars du football doivent être irréprochables dans leur refus de toutes les discriminations, donc de l’homophobie, et ne peuvent se laisser aller aux dérives que l’on constate encore trop souvent. Chez les amateurs, en effet, l’homophobie – larvée ou non – est un fléau qui peut briser des vies, notamment celles d’adolescents trop souvent obligés de nier leurs préférences, au risque de se voir ostraciser. L’histoire de Yoann Lemaire (lire page 27) est à ce titre édifiante : être homosexuel n’est toujours pas sans conséquence sur sa vie sociale, et sur sa vie sportive encore moins. C’est cette aberration, cette anomalie « d’un autre temps », comme l’explique Jean-Louis Triaud, que le football doit contribuer à corriger. Ce n’est pas là, à tout dire, le moins noble de ses combats.

J.B.G.

 

Entretien avec Pascal Berthes

Président du Paris Foot Gay, Pascal Brethes est fier du travail accompli ces derniers mois, même s’il sait que la lutte contre l’homophobie ne fait que commencer.

France-Soir Avec Bordeaux, six clubs français sont désormais signataires de la Charte contre l’homophobie. Votre combat progresse…

Pascal Brethes Bien sûr, et c’est évidemment une satisfaction car Bordeaux est un grand club français. Qu’il signe cette charte est une chose essentielle, et peut-être ensuite le club aura-t-il envie de s’investir encore plus, comme le font Paris et Montpellier. Cela dit, il reste encore beaucoup à faire, car trop de clubs n’ont pas encore signé cette charte en dépit de la volonté de la Ligue de football professionnel (LFP) de lutter contre ce fléau. Ce n’est pourtant pas contraignant et ne crée aucune obligation juridique, mais il semble que le sujet soit difficile à aborder…

F.-S. Il ne l’a apparemment pas été avec Montpellier ; comment êtesvous parvenu à faire signer cette charte à Louis Nicollin ?

P. B. Comme chaque année, nous avons appelé il y a quelques mois tous les clubs de L1 et de L2 qui ne l’avaient pas encore fait à signer notre Charte. Seuls Le Havre et Montpellier nous ont répondu, et j’avoue que pour le club héraultais j’en ai été le premier surpris (le président du MHSC, Louis Nicollin, avait traité le milieu auxerrois de « petite tarlouze », provoquant la colère du Paris Foot Gay, NDLR). J’ai donc déjeuné avec Louis Nicollin, qui m’a expliqué avoir eu des mots malheureux mais n’être en aucun cas homophobe, qui a pris conscience du fait que certains mots peuvent blesser, même involontairement, et qui veut désormais aider à combattre l’homophobie. C’est une preuve d’intelligence de sa part, d’autant qu’il ne s’engage pas à moitié : lors du prochain Montpellier-PSG (club lui aussi signataire de la charte), des tracts seront distribués à la Mosson, des banderoles déployées par les joueurs… C’est un acte fort.

F.-S. N’est-ce pas aussi le signe que la lutte contre l’homophobie commence à prendre de l’importance dans les consciences ?

P. B. Les choses avancent, certes, on l’a vu cette année avec l’affaire du Créteil Bébel (qui avait refusé de jouer contre le Paris Foot Gay), le documentaire de Michel Royer sur Canal+, le plan d’action du ministère, la volonté d’Alain Cayzac de devenir notre parrain et de fédérer un réseau de personnalités… Tout cela c’est significatif d’une avancée, certes ! Même la Fédération française de football prend conscience du problème après l’avoir nié, et envisage d’intégrer les insultes homophobes dans son barème de sanctions ! Cela dit, rien n’est gagné, mais il est bon de constater que le monde professionnel bouge peu à peu. Ce n’est que de cette manière que les mentalités évolueront aussi dans le monde amateur.

F.-S. A ce niveau-là, les choses changent-elles aussi ?

P. B. Plus lentement. On voit encore des éducateurs tenir des propos homophobes, parfois même sans en avoir conscience. C’est làdessus que notre travail doit porter, sur l’éducation, sur la prise de conscience par les plus jeunes qu’un homosexuel n’est pas différent d’un hétérosexuel.

J.B.G.

 

Entretien avec Jean-Louis Triaud

Le président des Girondins de Bordeaux a choisi d’engager son club dans la lutte contre l’homophobie et dit toute l’importance que celle-ci revêt à ses yeux.

France-Soir Pourquoi avez-vous choisi de signer la Charte contre l’homophobie ?

Jean-Louis Triaud Tout simplement parce que l’homophobie, dans le football ou ailleurs, puisqu’elle ne se limite pas au sport, est un problème qui ne devrait même plus en être un ! On parle là d’un souci d’un autre temps, qui aurait dû être réglé depuis belle lurette ! Malheureusement il ne l’est pas, et on ne peut pas attendre qu’il se règle de lui-même, alors il faut aider à faire avancer les mentalités, à faire comprendre aux gens, aussi, que l’on peut tenir des propos homophobes sans le vouloir.

F.-S. Que voulez-vous dire ?

J.-L. T. Eh bien je pense que quand des supporteurs insultent, par exemple, un gardien dans les termes que vous connaissez (dans bien des stades de France, chaque dégagement du goal adverse est salué d’un délicat « oh hisse, enculé ! » par les fans locaux, NDLR), ils n’ont pas conscience de tenir des propos homophobes. Pour eux, c’est une insulte banale, sans conséquence, mais ce n’est pas le cas. Il faut que l’on arrive à leur faire comprendre que cela doit changer, que l’on ne peut plus utiliser ce vocabulaire-là. “Il ne faut pas une révolution culturelle, mais presque”

F.-S. N’est-ce pas un souci qui se pose avec d’autant plus d’acuité dans le sport ?

J.-L. T. C’est un problème qui ne se pose pas que dans le cadre du sport, mais qui y est sans doute accentué, car le football en particulier véhicule des valeurs d’engagement, de virilité, que l’on oppose souvent, consciemment, ou non, à l’homosexualité – ce qui est évidemment absurde. Cela dit, regardez la société ; est-il facile aujourd’hui d’admettre qu’on est homosexuel quand on est à l’armée, dans un cadre professionnel, à l’université ? Il ne me semble pas. C’est donc un vrai problème social qui cause des dégâts immenses, au même titre que le racisme, un combat de longue durée qui doit s’engager et qui prendra du temps. En somme, il ne faut pas une révolution culturelle, mais presque…

F.-S. Dans cette révolution culturelle, quel rôle doit jouer le football ?

J.-L. T. Il doit jouer le rôle d’exemple, mais il ne réglera pas le problème tout seul. Il est évident que les footballeurs professionnels doivent être exemplaires, ne pas se laisser aller aux écarts de langage qu’ils se permettent parfois. Mais c’est avant tout une affaire d’éducation, et il importe que l’on mesure l’importance de ce que l’on dit, ne serait-ce que pour pouvoir ensuite lutter contre ceux qui sont réellement et consciemment homophobes.

J.B.G.

 

Et pendant ce temps-là, Yoann Lemaire …

Auteur d’une autobiographie remarquée sur la révélation de son homosexualité, le footballeur Yoann Lemaire observe avec attention l’évolution de la lutte contre l’homophobie en France.

Il y a neuf mois, Yoann Lemaire publiait son autobiographie (*), confiant avec pudeur mais sans tabou le parcours d’un footballeur amateur de bon niveau, longtemps forcé de cacher son homosexualité avant de la rendre publique, « pour être réglo vis-à-vis de (ses) coéquipiers ». Soutenu, dans un premier temps, par son club du FC Chooz, l’ancien défenseur central a ensuite été lâché par une partie de ses dirigeants lorsqu’il a été en butte aux discriminations, à l’intérieur même de son équipe. Depuis la sortie de son livre, Yoann Lemaire n’a pas vraiment vu sa situation s’améliorer, pas plus dans son club qu’autour de lui : « Certaines réactions ont été très dures, confie-t-il. J’ai été insulté, menacé, et j’ai donc dû porter plainte… Mais je ne regrette rien », assure celui qui est devenu le porte-drapeau de la cause gay dans le sport français.

« Ça valait le coup »

« Grâce à ce livre, j’ai fait de belles rencontres, explique Yoann Lemaire. J’ai notamment reçu la visite d’un jeune de mon village, qui ne pouvait parler à personne de son homosexualité. Rien que pour cela, ça valait le coup d’écrire. J’ai aussi croisé la route de Matthew Mitcham, le plongeur australien médaillé d’or à Pékin, qui a eu le courage d’avouer qu’il est gay alors même que sa carrière n’est pas terminée. » Yoann Lemaire, lui, n’a certes jamais été professionnel mais a tout de même osé, lui aussi, assumer son homosexualité. Resterat- il longtemps le seul footballeur français à le faire ? « J’espère que non, explique-t-il. Je comprends, bien sûr, que les joueurs n’osent pas dire qu’ils sont gays, car on avait vu, par exemple, que cela avait coûté cher à Gareth Thomas, le joueur de rugby anglais qui avait perdu une partie de ses sponsors après avoir avoué son homosexualité. Les mentalités évoluent, certes, mais pour faire vraiment avancer la cause, ce serait une bonne chose qu’ils le fassent… »

 

Dossier réalisé par Jean Berthelot de la Glétais

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