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Armstrong, le doigt d'honneur

 

Le Texan est deuxième du Tour de France et pourrait rapidement endosser le maillot jaune, ce qui serait un coup très dur porté à un sport en quête de rachat.

Il est des films de Ridley Scott qui entreront sans doute dans la légende du cinéma, et d’autres qui ne marqueront pas vraiment les mémoires. A Good Year, littéralement traduit par Une bonne année en français, fait sans doute partie de la deuxième catégorie, qui relate l’histoire d’un trader anglais héritant de vignes en Provence et s’agaçant très vite de la douceur de vivre des habitants du cru, si éloignée du rythme effréné de la City. Symbole du cynisme et de la morgue – supposés – anglosaxons, Russell Crowe, qui joue ce trader, dépasse en les frôlant des cyclistes du dimanche avant de répondre à leurs protestations par un majestueux doigt d’honneur, ponctué d’un retentissant : « Lance Armstrong ! »

Bienveillance malvenue

Pour légère qu’elle soit, l’anecdote en dit pourtant long sur ce que représente le coureur texan aux yeux de nombre d’amateurs du cyclisme : une provocation insupportable, un déni des valeurs fondamentales du sport. Le coureur d’Astana a, de plus, l’impudence de se poser en héraut de la lutte contre le cancer, avec la complicité de certains médias, y compris français, d’une stupéfiante bienveillance à son égard. Voir l’Américain de 37 ans revenir aussi fort quatre saisons après son dernier Tour, malgré une clavicule cassée en mars dernier et avec le seul Tour d’Italie dans les jambes comme préparation d’envergure, ne dérange manifestement pas certains observateurs. Qu’il ait la possibilité de revêtir le maillot jaune est pourtant une triste nouvelle pour le cyclisme en général et la Grande Boucle en particulier. Dès vendredi, lorsque les coureurs attaqueront les Pyrénées, le Texan, en spécialiste de la montagne, a en effet de fortes chances de dominer le classement général. Depuis plusieurs années, et en particulier depuis l’arrivée aux commandes du Tour de Patrice Clerc et Christian Prud’homme en 2005, les efforts faits en matière de lutte antidopage sont pourtant indéniables. Les récentes avancées dans le domaine, dont la mise en place du passeport biologique, doivent beaucoup aux organisateurs de la Grande Boucle, bien plus qu’à une Union cycliste internationale qui semblait se satisfaire de l’atten tisme. La réintégration de Lance Armstrong sur le Tour anéantissait en partie ces efforts, le fait qu’il y joue aujourd’hui les premiers rôles ressemble bien à un doigt d’honneur adressé aux amoureux du cyclisme, mais aussi et surtout à tous les coureurs propres, qui seront une nouvelle fois associés malgré eux à l’image déplorable d’un sport qui ne parvient pas à exorciser ses démons.

 

Jean Berthelot de la Glétais

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