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France-Angleterre Passage de témoin

Opposées samedi, la France et l’Angleterre illustrent deux styles de jeu très différents.Celui des Britanniques, qui leur a valu d’être champions du monde en 2003, semble aujourd’hui moins en vogue que le jeu en mouvement des Tricolores,qui colle plus avec l’évolution du rugby.Prémonitoire ?

Au risque de faire grincer quelques dents, le parallèle est tentant entre le sacre de champion du monde de l’Italie en football l’an passé et celui de l’Angleterre en rugby il y a quatre ans. En Allemagne, les Transalpins s’étaient imposés en gagne-petit, sans projet autre que celui de détruire le jeu adverse et de profiter de la moindre erreur pour faire preuve d’opportunisme. Leurs provocations incessantes, leur violence verbale permanente et leur agressivité déplacée en avaient fait les plus tristes champions du monde de l’histoire ; sans forcément être entaché d’aussi sinistres travers, le titre obtenu en 2003 par les Anglais ne laissera pas, non plus, de souvenir impérissable. Et la comparaison avec le football peut même se poursuivre, puisque pour la quatrième fois en cinq Coupes du monde, le meilleur marqueur a été sacré sans même inscrire un seul essai, ne marquant que sur coups de pied arrêtés.

La botte de Wilkinson

Avec 10 transformations, 23 pénalités et 6 drops, Jonny Wilkinson a en effet réussi «l’exploit» d’inscrire 113points au pied. Avec 5 essais seulement et malgré deux matches à presque 200points contre les très faibles formations de l’Uruguay et de la Géorgie, les deux meilleurs marqueurs d’essais de l’équipe anglaise, le trois-quarts centre Will Greenwood et l’arrière Josh Lewsey, étaient à deux longueurs de Howlett et Muliaina, les deux Néo-Zélandais, auteurs dans le même temps de sept réalisations. Ces chiffres illustrent d’évidence le parti pris des Anglais dans ce Tournoi, qui d’ailleurs autant par voie de cause que de conséquence était assez largement de mise à l’époque; un fort impact de la première ligne, notamment en mêlée, une pression énorme du bloc sur les regroupements, une forte occupation du terrain adverse et la volonté de provoquer la faute de l’adversaire pour permettre à l’exceptionnel buteur qu’est Jonny Wilkinson d’enfiler les coups de pied comme d’autres les perles, le plus célèbre restant évidemment celui inscrit in extremis en finale contre l’Australie, pour une victoire sur le fil (20-17).

Plus de jeu!

Depuis 2003, le rugby mondial a sans doute évolué. Toujours aussi musclé, le sport s’est cependant rapproché de certains des fondamentaux qui en ont fait la richesse, notamment du jeu en mouvement, des transmissions collectives et des actions au large. La raison de ce changement de cap est peut-être au moins autant à chercher du côté du déclin latent de l’Angleterre, bien moins fringante depuis 2003 – longtemps privée, il est vrai, de son atout majeur, Jonny Wilkinson –, que de l’impressionnante montée en puissance des All Blacks, redevenus ogres mondiaux et toujours aussi joueurs, voire de celle plus relative de l’équipe de France, séduisante dans sa victoire lors des deux derniers Tournois des six nations. Les Anglais eux-mêmes semblent peu à peu changer de braquet, comme en témoigne leur écrasante victoire sur le pays de Galles samedi dernier (62- 5), scellée par neuf essais, marqués cependant pour la plupart par des avants au terme de poussées collectives plus que d’actions de grande classe.

Une nouvelle ère?

Le match de samedi (et le retour la semaine prochaine) pourra-t-il, dès lors, sonner comme un passage de témoin entre les hérauts de deux conceptions du rugby? C’est peutêtre aller un peu vite en besogne. D’abord parce que rien ne dit que l’Angleterre ne conservera pas sa couronne, elle qui bénéficie du retour au haut niveau de son métronome Jonny Wilkinson, dont on ne saurait tout de même réduire le sens du jeu à ses qualités de buteur, ensuite parce que l’Australie et l’Afrique du Sud, formations à mi-chemin entre les deux conceptions, auront aussi leur carte à jouer. Du côté des équipes qui aiment faire tourner le ballon, la France, surtout devant son public, est sans conteste l’une des favorites, devancée par une Nouvelle-Zélande sur un petit nuage depuis quelques mois. La victoire d’une de ces deux nations marquerait sans doute un changement d’ère pour le rugby. La France a l’occasion, dès samedi, de prouver au monde en général et à l’Angleterre en particulier que la révolution est en marche.

Jean Berthelot de la Glétais

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