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Le luxe,c'est d'avoir le choix

 

Intelligent et drôle, Il est passé par ici mêle manipulation et désir de croire à des chimères, thèmes sérieux traités pour l’occasion par le rire.

L’inspiration a ceci de joli qu’elle naît au hasard d’une rue, d’un rêve ou de quelques lignes dans un journal, en l’occurrence. C’est en lisant l’histoire, restée dans toutes les mémoires, de ce pianiste prétendument amnésique retrouvé sur une plage anglaise que Marc Fayet a eu l’idée d’écrire Il est passé par ici. « J’ai pensé immédiatement aux gens qui avaient recueilli ce jeune homme », explique celui qui interprète aussi l’un des trois rôles masculins de la pièce. « J’ai imaginé leur réaction d’ouverture face à quelqu’un qui représente à la fois l’inconnu et le talent, puis sans doute leur déception de découvrir qu’il s’agissait d’un imposteur. » Ainsi naquit le « cousin Jean-Pierre », jovial et hâbleur, débarquant dans une maison familiale trop paisible, au sein de laquelle les souvenirs qu’il ressasse n’évoquent rien à personne. « Tout le monde a déjà vécu ce style de situations, poursuit Marc Fayet, la réapparition de quelqu’un qu’on a bien connu mais dont on ne parvient pas à se souvenir. J’ai voulu que cela arrive au sein d’une famille où tout est un peu trop routinier, où les uns ne voient presque plus les autres. Dans un tel cadre, le fait que le « cousin Jean-Pierre » soit ou non un imposteur importe presque moins que le regard extérieur qu’il apporte sur ce vase clos. »

Faussaire ou victime ?

Sclérosée, la famille ? Comme à son habitude, Marc Fayet aborde des thèmes graves sous des dehors légers et fait passer par le rire un message, au fond, assez peu optimiste. « Mais pas tout à fait pessimiste non plus, précise-t-il. C’est une pièce sur la manipulation, certes, mais chaque personnage garde une part d’humanité. Même celui qui paraît tenir les ficelles ne maîtrise, au fond, pas grand-chose, et apparaît plus comme un raté que comme un escroc de génie. » Faussaire ou victime de l’oubli, le « cousin Jean-Pierre » qui affole les coeurs et agace les virils ? Jusqu’au bout, Il est passé par ici amène le spectateur à se déterminer tout seul, et ne lui donne jamais totalement la possibilité de trancher la question. « Cela crée peut-être, dans certains cas, de la frustration, mais je pense que beaucoup de gens apprécient de pouvoir se forger leur propre opinion », estime Marc Fayet. Comédie drôle, rythmée, aux dialogues précis et fins, Il est passé par ici s’apprécie pour ces qualités-là autant que pour la réflexion à laquelle elle invite le spectateur, sans jamais le brusquer. La petite bande d’Un petit jeu sans conséquence renoue ici avec le théâtre populaire, donnant une nouvelle fois ses lettres de noblesse à un genre parfois un peu maltraité.

 

Jean Berthelot de Glétais

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