Home

Renaissance

 

 

Empoussiérée, elle l’attendait. Lui jetait à son tour un oeil noir, indigne de l’oubli, blessée de l’inaction. La voilà qui renaît, la muleta carmin, et qui revit aussi à mesure qu’elle volette ; elle enchante, elle tournoie, volatile et gracile. Son matador enfin la ramène au grand jour, et sa voile au zéphyr se gonfle de fierté : elle dompte peu à peu la revêche alezane. Sur le sable d’Afrique, elle tournoie sans douter, mais les à-coups bestiaux la jettent un temps à terre. Elle plie, elle ploie, se relève et revient, affronte enfin la rage de l’animal blessé ; elle souffre, elle aussi, son air se fait plus rare, et plus lourd sont les pas du petit fandango. C’est l’instant ; décisif et brutal, sec. La voilà, la seconde espérée, le joli matador courbe l’échine et frappe, frappe à n’en plus pleurer. Il doit vivre, c’est sûr, et c’est là la justice, son triomphe est la fin seule qui se puisse être. Et s’il n’en reste qu’un, qu’il soit donc celui-là. Qu’il ne reste que lui ; il est enfin la vie.

 

Jean Berthelot de la Glétais

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s