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C’est demain à Madrid que sera officiellement désigné le futur président de l’Agence mondiale antidopage (AMA).Ce ne sera donc pas Jean-François Lamour mais,sauf incroyable retournement de situation,l’ancien ministre australien du Budget, John Fahey,qui sera élu pour mener à bien un combat essentiel pour l’avenir du sport,au grand dam d’une partie des observateurs français.

On l’avait laissé il y a un mois claquant avec rage la porte d’une Agence mondiale antidopage qui « subit la pression de lobbies ». « Ceux qui veulent imposer le dopage, l’installation de la triche, sont de plus en plus nombreux et ce n’est pas ma conception », disait- il. Longtemps pressenti pour succéder à Dick Pound à la tête de l’AMA, Jean-François Lamour quittait donc son poste de vice-président de l’instance, apparemment lâché par tous ses alliés au profit de l’Australien John Fahey, dénonçant une conception de la lutte antidopage « qui voit l’AMA comme un simple prestataire de services et qui dit que moins il y a de cas de dopage avérés, mieux on se porte ». Jean-François Lamour, héraut des « bons Français » et de leurs gentils alliés, bien seuls face aux « méchants Anglo- Saxons », le décor était planté et un tel manichéisme ne semblait pas effrayer la plupart des observateurs. Regrettant la décision de Jean-François Lamour, Roselyne Bachelot demandait ainsi que « la vision de la France soit celle qui prévale » sur le sujet et émettait dès l’annonce de son désistement des réserves sur John Fahey. « J’attends de voir ce que cet homme, tout à fait inconnu dans la lutte antidopage, veut faire », déclarait la ministre des Sports.

A priori

Un homme neuf dans le combat contre le dopage doitil être a priori suspect ? Ce serait oublier bien vite que l’actuel président de l’AMA, Dick Pound, ancien vice-président du CIO, avait, avant d’exercer son mandat, défendu son compatriote Ben Johnson lorsque celui-ci avait été convaincu de dopage lors des JO de Séoul, en 1988, tentant de faire accréditer la thèse d’un sabotage. Ce serait omettre, aussi, le fait qu’avant d’accéder aux responsabilités politiques, en 1993, devenant le conseiller technique chargé de la jeunesse et des sports au cabinet du maire de Paris, Lamour luimême n’avait pas affiché une volonté farouche de combattre le dopage. « Ce genre d’affaire ne m’intéresse pas », déclarait au Figaro du 22 janvier 1990 le double champion olympique au sabre, toujours à propos de Ben Johnson. « Les dirigeants font ce qu’ils veulent. Ils m’indiffèrent. De toute façon, les athlètes n’ont aucun pouvoir et ils ont toujours tort. (…) Je préfère rester en dehors de tout cela pour ne pas gâcher ma passion, l’escrime. » Il semble ainsi possible de lutter contre le dopage sans s’être particulièrement signalé sur ce thème avant d’accéder à des responsabilités.

« Guerre de Cent Ans »

S’il serait malvenu de remettre en question la volonté de Jean-François Lamour de combattre le dopage, il peut en revanche être opportun de s’interroger sur l’émoi qui a agité le sport français lorsque ce dernier a renoncé à briguer la tête de l’AMA. « Son départ laisse le champ libre aux Anglo- Saxons, moins concernés dans cette lutte, et va entraîner plus de tolérance, d’accommodement et de relâchement », pronostiquait Jean-Marie Leblanc, l’ancien patron du Tour. « Jean-François Lamour avait une vision stricte et claire du dopage. Elle n’a certainement pas emballé tout le monde », supposait l’ancien rugbyman – et médecin – Serge Simon, alors que la palme de l’emphase revenait sans doute à Guy Roux, qui y voyait « encore une conséquence de la vieille guerre avec les Anglo- Saxons, du même genre que la guerre de Cent Ans ».

Logique de chapelles

Surprenants par leur virulence, ces propos paraissaient exonérer la responsabilité de la France dans l’extension du dopage à beaucoup de milieux sportifs. Ils semblaient, aussi, témoigner d’une confiance aveugle en Jean-François Lamour que tous les observateurs neutres ne disent pas partager. Ministre des Sports durant cinq ans, vice-président de l’AMA pendant un an, Jean-François Lamour n’a sans doute pas oeuvré suffisamment pour que la France puisse se poser, une fois encore, en donneuse de leçons, ni pour condamner a priori John Fahey. Sauf extraordinaire retournement de situation, l’Australien sera nommé demain président de l’AMA – à l’issue du congrès de l’instance qui s’est ouvert hier à Madrid et qui devrait aussi déboucher sur un aménagement du Code mondial – et il faudra toute la volonté de grandes nations comme la France pour faire régresser le dopage. Devant un tel enjeu, les logiques de chapelles devraient laisser place à l’intérêt supérieur, et c’est par la collaboration et l’entraide bien mieux que par le rejet que la France pourra oeuvrer en ce sens.

 

J.B.G.

 

“Une mise en conformité”

Juriste au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges, Prune Rocipon décortique la loi dite Lamour,promulguée en 2006 et vouée à lutter contre le dopage. Pour elle,cette loi n’est qu’une mise en conformité de la France avec le Code mondial.

FRANCESOIR. En quoi consiste la loi Lamour de 2006 ?

PRUNE ROCIPON. Elle vise à lutter contre le dopage et réactualise la loi Buffet qui datait de 1999. Elle a pour but d’harmoniser le cadre français avec le Code mondial antidopage, ce qui était obligatoire puisque la France avait signé et ratifié la convention de l’Unesco sur ce thème, et devait donc se mettre en conformité avec ses dispositions. Il y avait jusque-là un problème de fond, puisque cette convention n’avait pas de valeur à l’égard des Etats, ce qui pouvait permettre à un juge de contredire une décision prise par la justice sportive, et qui suscitait des contradictions entre décisions nationales et internationales. Aujourd’hui, la loi est donc plus conforme au Code mondial.

Si cette évolution semblait inéluctable, la loi Lamour a cependant créé l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD)…

Oui, mais elle ne l’a pas créée ex nihilo, puisqu’elle a élargi le champ des compétences du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage institué par la loi Buffet. En matière d’organisation des contrôles et des sanctions disciplinaires au plan national, il y a eu des aménagements. Mais pour ce qui est des sanctions dans les compétitions internationales, l’AFLD n’a rien changé puisque seul un pouvoir de contrôle lui est délégué.

En matière de sanctions justement, qu’a changé la loi Lamour ?

Elle a changé le barème de sanctions mais sans aller jusqu’à la sanction automatique prônée par le Code mondial, et ne va pas non plus aussi loin concernant, par exemple, les contrôles pour des substances dites spécifiques telles que le cannabis, pour lesquelles la sanction minimale de deux ans préconisée au plan mondial n’a pas été retenue.

 

J.B.G.

 

Entretien avec Jean-François Lamour

Ministre des Sports de 2002 à 2007, Jean- François Lamour avait fait voter en 2006 une loi pour lutter contre le dopage.A ceux qui estiment que son action dans ce domaine n’a pas été suffisante, l’ancien sabreur oppose l’aspect contraignant des dispositions internationales.

FRANCESOIR. Quel bilan dressez-vous de votre action en tant que ministre de Sports en matière de lutte antidopage ?

JEAN-FRANCOIS LAMOUR. Je n’ai fait qu’amplifier et faire évoluer un dispositif qui existait depuis 1965, pour que la France soit toujours à la pointe dans les deux chantiers les plus importants, à savoir rendre compatible le droit avec l’application du Code mondial antidopage et renforcer la partie répressive dans le but primordial de préserver la santé des sportifs. C’est ainsi qu’est née de cette loi l’Agence française de lutte antidopage, organisme indépendant chargé à la fois de la recherche des produits interdits et de la préservation des sportifs, de leur sensibilisation à ce sujet aussi. La loi a permis à l’Agence d’assurer les deux missions en lui allouant également un budget plus important.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre action n’a pas été assez loin dans la lutte contre le dopage ?

Quand on veut appliquer le Code mondial, on est contraint d’en appliquer les sanctions. Je comprends les impatients ou les jusqu’auboutistes qui estiment que cette lutte ne va pas assez vite, mais on ne peut pas décider de sanctions ou de procédures qui ne sont pas en adéquation avec le Code mondial, car les dispositions nationales seraient invalidées par les instances internationales. Ces conflits d’intérêts sont valables dans les deux sens, il ne faut pas l’oublier. Un exemple typique de ce type de problème est l’automatisation des sanctions. Le Code mondial prévoit une suspension automatique de deux ans en cas de contrôle positif, or certains principes de la loi française s’y opposent. Trop de rigidité ne serait donc pas productif.

En tant que vice-président de l’Agence Mondiale Antidopage (de novembre 2006 à octobre 2007), comment avez-vous combattu le dopage ?

Dans le cadre d’un travail collégial, j’ai notamment oeuvré pour éviter que le nombre de produits interdits soit abaissé, contrairement aux souhaits de certains qui semblent vouloir instituer une sorte de dopage médicalisé. Depuis 2000, l’AMA a accompli un travail phénoménal et doit continuer à se poser en gardien du temple, surtout pas en prestataire de services.

Est-ce précisément pour éviter de cautionner cela que vous avez renoncé à briguer le poste de président de l’AMA ?

Lorsque j’ai accédé au poste de vice-président de l’AMA, il était admis de façon tacite mais claire que je deviendrais président de l’Agence lorsque Dick Pound passerait la main. J’avais donc un an pour m’habituer au fonctionnement de l’AMA, puis nous devions arriver hier à Madrid en présentant un front uni en ma faveur. Les choses étaient prévues ainsi, mais, quelques jours avant la fin du dépôt des candidatures, est apparu un Australien venu de nulle part (NDLR : John Fahey) qui a remis en cause le consensus. J’étais prêt à débattre devant l’ensemble des acteurs de la lutte antidopage, mais pas uniquement devant un conseil de la fondation qui semblait avoir déjà choisi son camp. Je pense que, même si je m’étais maintenu et si j’avais gagné, j’aurais passé plus de temps à subir des luttes internes qu’à agir. Pour un job désintéressé, j’ai mieux à faire, d’où l’idée de fonder peut-être une agence européenne.

Comment voyez-vous la suite de la lutte contre le dopage aux plans national et international ?

Je ne vais quand même pas souhaiter bonne chance à John Fahey, mais je le jugerai sur les faits car je ne le connais pas. J’espère juste que l’AMA ne se transformera pas en prestataire de services. Pour ce qui est de la France, je salue Roselyne Bachelot qui est parvenue à réunir autour d’une même table l’AMA, ASO et l’UCI, notamment pour mettre en place un passeport sanguin. Ce genre de mesures ont du sens, mais elles nécessitent une AMA forte, car elles préconisent de nombreux contrôles inopinés. Or quand on écoute ce que dit Philippe Gaumont, l’ancien cycliste, on apprend que les coureurs étaient prévenus quinze jours avant ces contrôles prétendument inopinés, ce qui leur laissait le temps de « nettoyer » leur sang. Si les rapports entre l’AMA et des instances comme l’UCI ne sont pas clairs, je crains que la lutte antidopage n’avance pas.

 

Jean Berthelot de la Glétais

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