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En décrochant sa deuxième médaille d’or hier (plus une d’argent sur 100 mètres dos), Laure Manaudou a aussi battu le record du monde du 200 mètres nage libre. Rien ne semble pouvoir arrêter la nageuse rhodanienne.

Mais qui pourrait se mettre en travers de la route de Laure Manaudou ? Quelques heures après avoir établi le record de France du 50 mètres dos, la sirène de Villeurbanne a décroché hier la médaille d’or du 200 mètres nage libre et pulvérisé de près d’une seconde le record du monde établi la veille sur la distance par l’Italienne Pellegrini. Après sa médaille d’or sur 400 mètres nage libre, et l’argent – assorti d’un record d’Europe – sur 100 mètres dos, Laure Manaudou atteint de nouveau l’un de ses objectifs principaux et s’affirme plus que jamais comme le phénomène mondial de la natation féminine, à l’instar d’un Mike Phelps chez les hommes.

Jamais rassasiée

« Il y avait eu un record du monde avant, je me suis dit qu’il fallait que je le fasse aussi », a déclaré, le plus simplement du monde, la protégée de Philippe Lucas, faisant allusion à la performance de l’Américain, nouveau recordman du monde en 200 mètres papillon. Insatiable, Manaudou succède sur cette distance à Solène Figuès, sacrée en 2005 à Montréal, lors de Championnats du monde où elle-même avait déjà raflé l’or sur 400 mètres. « Je ne suis jamais satisfaite, confirme-t-elle. Quand j’ai un titre, il m’en faut un deuxième. Je n’avais vraiment aucune pression », ajoute une Manaudou qui, c’est vrai, ne partait pas largement favorite sur cette course du 200 mètres nage libre, tant l’Italienne Pellegrini semblait intouchable au vu de sa démonstration et de son record en demifinale.

Horizon Pékin

Mais Laure Manaudou est donc, décidément, inarrêtable, et, partie très fort, elle a résisté aux attaques de Pellegrini, Jedrzejczak et surtout Lurz pour exploser le record du monde. Objectif atteint. « J’ai quand même sacrifié deux courses pour le 200 mètres, confirme-t-elle. Je n’ai pas fait le 50 m dos, j’ai moins bien fait le 1.500 m, donc c’était vraiment mon objectif. J’avais fait un pari, c’était de battre le record du monde. » La tactique de la belle nageuse a donc porté ses fruits, ce qui lui permettra de se présenter comme l’une des vedettes les plus attendues des JO de Pékin l’an prochain ; elle tentera d’y reconquérir ses trois médailles d’Athènes, celle d’or en 400 m nage libre, d’argent en 800 m et de bronze en 100 m dos. Après ce qu’elle a démontré à Melbourne, on ne voit pas bien qui pourrait.

 

J.B.G.

 

Mais comment fait-elle ?

Son physique hors norme,mais aussi une préparation physique et mentale particulièrement aboutie de la part de son coach, Philippe Lucas,expliquent sans doute en majeure partie la réussite de Laure Manaudou,sans parvenir à empêcher certaines suspicions plus ou moins légitimes…

Physiquement, elle impressionne. Ses jambes et ses épaules notamment paraissent particulièrement musclées ; si cette assertion est vraie dans l’absolu, Laure Manaudou ne dépare pourtant pas au milieu de ses collègues, de celles du demifond notamment. Ses jambes, justement, sont ses meilleurs atouts sur 1.500 mètres et sur 400, voire sur 200 mètres, mais la limitent sans doute sur 100 mètres. Son rythme de battements, plus lent que celui de ses adversaires (deux battements pour un cycle de bras) lui permet ainsi de disposer d’un avantage considérable. Sur 100 mètres, avec six battements pour un cycle de bras, elle est bien moins à l’aise. Sur 400 mètres, invaincue depuis 2004, elle paraît en revanche intouchable. Ses bras, également, possèdent une puissance exceptionnelle mais c’est davantage sa technique d’entrée dans l’eau, sa manière de plier le coude très vite pour se propulser qui fait la différence.

Forte tête

L’aspect psychologique, également, de la préparation de Laure Manaudou est sans aucun doute à l’origine de ses succès. Tactiquement, la Française sait mieux que les autres gérer ses courses, ses temps forts et ses temps faibles, et ne se disperse plus en efforts inutiles. Elle analyse mieux, aidée en cela par Philippe Lucas, pour qui la stratégie est un des aspects primordiaux de la natation. Elle rayonne également de confiance en elle-même, apparaît totalement décomplexée – notamment depuis les derniers Championnats d’Europe –, n’hésitant pas, par exemple, à afficher publiquement son amour pour Luca Marin, le nageur italien, et annonce à l’avance ses objectifs, mettant clairement la pression sur ses adversaires.

Pas d’autorisation thérapeutique

Reste, bien sûr, l’éternelle suspicion de dopage. Ayant fait sa réapparition dans le milieu de la natation le mois dernier avec la mise en cause de la Russe Ivanenko, la rumeur de ce fléau a resurgi lors de ces Championnats du monde autour des délégations chinoise et allemande, et de la sprinteuse Britta Steffen en particulier. La découverte lundi de poches contenant de la benzoylecgonine, un métabolite de la cocaïne, dans un hôtel hébergeant des athlètes à Melbourne – sans que rien ne vienne mettre en cause l’un d’entre eux pour l’instant –, renforce ce climat suspicieux. Laure Manaudou, elle, fait l’objet d’un contrôle régulier (une fois par mois au moins, hors des grandes compétitions où les contrôles sont plus fréquents) et n’a jamais été mise en cause. Mieux, elle ne bénéficie d’aucune autorisation thérapeutique lui permettant d’utiliser des produits prohibés. A l’heure actuelle, rien ne permet donc d’affirmer que son talent, son travail et sa préparation (17 km de nage par jour) ne sont pas seuls responsables de la formidable réussite de Laure Manaudou.

 

Jean Berthelot de la Glétais

 

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