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La petite mort d'une grande reine La petite mort d'une grande reine2

 

En annonçant hier qu’elle marquait une pause d’un an dans sa carrière, Laure Manaudou a probablement mis fin à un parcours hors du commun.

De ses rois, la France sait trop rarement que faire. Qu’ils les fascinent, les terrorisent ou les bouleversent, reines et rois n’inspirent jamais l’indifférence aux Français qui ne leur permettent pas de vivre en paix vraiment, qui s’en emparent au point qu’ils ne s’appartiennent plus. Ainsi va la vie de Laure Manaudou, si reine qu’elle ne perd plus seule, sirène aux larmes chaudes un soir de défaite pékinoise en manière de déroute nationale. Il était inéluctable, presque écrit, que la médaillée d’or à Athènes termine ainsi sa chute de l’Olympe, qu’elle ne dégringole plus pour s’arrêter enfin, qu’elle achève le pathos d’une reine sans couronne, sans royaume, sans son peuple non plus, las des frasques supposées d’une gamine qui a tout gagné trop vite.

« Encore un an, monsieur le bourreau »

Laure Manaudou a 22 ans, et, sans doute, ses plus belles années derrière elle. Loin d’incliner à l’indulgence, ceux qui l’ont aimée la brûlent et fustigent celle qui, n’ayant plus grand-chose à prouver, n’est plus capable d’aligner 18 kilomètres par jour pour tenter d’atteindre une chimère un peu vaine, un rêve qui a cessé d’en être un dès lors qu’elle l’a rendu réel. Sans pitié, ses adorateurs ont peu à peu brûlé leur idole, la poussant à mesure près de la guillotine. « Encore un an, monsieur le bourreau », semble aujourd’hui réclamer celle que le peuple semble prêt à surnommer la « Néerlandaise », comme la nationalité de sa mère. Mais cette année de pause sonne comme une petite fin, et de celles qui précèdent les grandes. Par une de ces ironies dont raffole l’histoire, la « reine des bassins » est un peu morte hier ; nous étions le 21 janvier.

J.B.G.

 

« Un état de saturation »

A peine le communiqué annonçant l’arrêt momentané de la carrière de Manaudou connu, les réactions se sont multipliées hier.

« Laure éprouve un état de saturation qui la prive du plaisir et de l’envie de nager. » En quelques mots, le communiqué publié hier par le Cercle des nageurs de Marseille (CNM), auquel appartient Laure Manaudou, avait tout dit, et la pause dans sa carrière décidée par la nageuse de 22 ans n’avait presque pas besoin d’être davantage justifiée. « Laure souffre à nouveau de douleurs à l’épaule, précise pourtant le CNM, et de maux de tête très intenses qui perturbent ses séances d’entraînement et qu’elle n’a jamais eu le temps de traiter sérieusement en raison des fortes contraintes liées à son rythme d’entraînement de nageuse professionnelle. Sa décision de faire ce break est donc également destinée à lui permettre de réaliser les examens médicaux approfondis nécessaires à l’identification précise de ces sources de douleurs récurrentes et à envisager des traitements adaptés », poursuit le club marseillais. Laure Manaudou, elle, est restée discrète en indiquant qu’elle « espère revenir, à l’issue de ce break, avec les meilleurs atouts pour se battre à nouveau au plus haut niveau de la natation mondiale ». Peu diserte, la championne a en revanche vu les réactions affluer hier.

« Se reconstruire »

A la question qui revenait le plus souvent, Paul Leccia, le président du CNM, a tenu à répondre au plus vite : « En aucun cas elle ne veut s’arrêter », a-t-il indiqué, coupant court aux rumeurs selon lesquelles Manaudou mettait un terme à sa carrière. « Elle s’est aperçue qu’elle n’avait pas la réelle volonté ni la réelle possibilité, surtout qu’elle avait mal à l’épaule, précise Paul Leccia. La saturation, c’est ce qui arrive aujourd’hui mais on ne sait pas dans quelques mois dans quel esprit elle sera. » Solidaire, Maria Metella a dit « comprendre la décision » de l’ancienne disciple de Philippe Lucas, lequel a souhaité aussitôt qu’elle retrouve un peu de calme. « Maintenant il faut qu’elle respire, il faut lui foutre la paix, la laisser tranquille », a indiqué son ancien entraîneur. Le père de la championne, Jean-Luc Manaudou, a, lui, préféré réagir sur le probable départ de sa fille vers les Etats-Unis, où son compagnon actuel, Frédéric Bousquet, va s’entraîner dans les prochains mois : « A priori elle ne part pas seule, a-t-il confié sur RTL. Je ne suis pas dans tous les secrets, mais il faudrait peut-être poser la question à Frédéric Bousquet. » Pour l’avenir, précisément, les mots porteurs d’espoir sont surtout venus de Christian Donzé, le directeur technique national : « Laure doit se reconstruire, a-t-il assuré au site Sport 365. Notre rôle à nous, si elle est prête à ça, c’est de l’accompagner et pourquoi pas l’accompagner dans un projet de restructuration. »

J.B.G.

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