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L'héritier

 

 

Champion olympique du 100 mètres nage libre, Alain Bernard a acquis hier une dimension nouvelle.

La Reine est morte, vive le Roi ! Le sport va vite, si vite même que ce cruel constat pourrait être atténué, ce matin, par une belle performance de Laure Manaudou lors des demi-finales du 200 m dos, qui se disputaient cette nuit. Mais sauf à réaliser un exploit la nuit prochaine en finale de cette épreuve, l’image de l’ancienne élève de Philippe Lucas, qui a annoncé son intention de faire une pause dans sa carrière (lire page 28), sortira de ces Jeux largement écornée. Son attitude, même en grande partie explicable, voire excusable, avait commencé d’agacer ses fans ; ses défaites auront fini d’user leur patience et, indéniablement, la belle Laure n’occupe plus dans le coeur des Français la place qu’elle tenait encore il y a quelques semaines. Le vide, cependant, laissé par elle n’aura pas mis longtemps à être comblé : sacré roi de la discipline reine, le 100 mètres, Alain Bernard a tout pour être le nouveau chouchou des Français.

Doux géant

Il y a, d’abord, un physique : avec son 1,96 m et ses 90 kilos, Alain Bernard est un colosse dont le doux sourire atténue l’impression de puissance. Dans l’eau, en revanche, l’envergure de 2 mètres du natif d’Aubagne lui assure, précisément, une puissance bien réelle ; alors que l’avenir semblait appartenir aux gabarits plus fluets, Bernard prouve qu’abondance de muscles ne nuit pas forcément. Son histoire, ensuite, ne laisse pas indifférent : privé, dans des circonstances très dures, des Jeux d’Athènes, Bernard prend sur la vie une revanche éclatante, le genre de come-back dont les Français raffolent. La simplicité, enfin, la discrétion et le naturel du jeune gendarme ont conquis des supporters en mal d’icône.

Et maintenant, le 50 m ?

Médaillé d’or sur 100 m et 50 m nage libre à Eindhoven il y a quelques mois, Alain Bernard rêve de rééditer ce doublé aux Jeux olympiques. L’exploit est à sa portée, et s’il décroche la nuit prochaine la plus haute récompense en finale du 50 mètres, il s’imposera définitivement comme le nageur préféré des Français, et sans doute comme l’un des sportifs tricolores les plus populaires. Le « squale » devra alors garder les pieds sur terre – ou sous l’eau, en l’occurrence – en ne cédant pas aux tentations en tout genre qui ne manqueront pas de se présenter à lui. Laure Manaudou avait été consacrée à 17 ans ; Alain Bernard en a déjà 25, et tous veulent croire que ses plus belles années sont encore devant lui.

 

“Je me suis dit : c’est mal barré !”

« J’ai gagné contre des adversaires énormes. » Peu après sa finale victorieuse, Alain Bernard semble presque avoir du mal à prendre la mesure de son exploit. « Ça a été la grosse bagarre, je suis fier d’avoir touché le premier », rayonne le natif d’Aubagne, dont la joie contraste avec la déception qui avait été la sienne après avoir concédé la médaille d’or aux Américains lors du relais 4x100m, déconvenue dont il s’était senti responsable en tant que dernier nageur du quatuor. « Cette défaite au relais m’a beaucoup touché. Je l’ai prise à coeur, j’ai pris la responsabilité. » « Il a fallu le déculpabiliser, confirme son entraîneur, Christophe Auguin, lui dire que ce n’était pas sa faute. C’était débile, ils étaient quand même vice-champions olympiques. » En séries, un record du monde brièvement détenu en demi-finale et les mots de son entraîneur ont remis l’Aubagnais sur le bon chemin. « Il m’a dit que ce n’était pas de ma faute. Il a été l’une des personnes les plus proches de moi », assure Bernard au sujet de son entraîneur.

“Ma jambe a tremblé”

Le nageur d’Antibes est ensuite revenu sur sa course : « Une fois sur le plot, ma jambe gauche a tremblé. Je me suis dit, c’est mal barré. Il y a un peu de stress avant la finale, on ne sait pas si ça va marcher. Il faut contrôler tout ça. La course se gagne dans les cinq derniers mètres, c’est une victoire sur moi. Je ne me suis pas laissé abattre, analyse Bernard. » « Aux 75 mètres, je savais que c’était bon, confirme Christophe Auguin, parce qu’on avait mis en place une tactique de course et que Sullivan commençait à se désunir », explique Auguin. Hier soir, malgré sa victoire, Alain Bernard n’était pas au « Club France », un hôtel du centre de Pékin où les médaillés olympiques viennent fêter leur succès. « Il reste le 50 m et le relais quatre nages. Je vais me reconcentrer dès cet aprèsmidi », disait-il hier matin.

 

Jean Berthelot de la Glétais

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