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Tibet

 

Depuis 2001, le Danois Michael Nybrandt est à la tête d’une sélection nationale qui se bat pour exister.

FRANCE-SOIR. Comment est née l’équipe nationale du Tibet ?

MICHAEL NYBRANDT. Il y a une dizaine d’années, j’étais parti faire un voyage à vélo au Tibet. Amoureux de football, j’ai été désolé de constater que les Tibétains ne pouvaient avoir d’équipe nationale. Je me suis donc lancé dans cette aventure, d’autant qu’il y a une vraie culture du football au Tibet. Dans le pays lui-même, mais aussi dans les camps de réfugiés que j’ai visités, notamment à Dharamsala, j’ai constaté que c’était un sport très pratiqué.

A quels problèmes avez-vous été confronté ?

Les problèmes étaient d’ordre politique et structurel. Comme, évidemment, la Chine n’aurait jamais laissé une telle initiative s’établir sur son sol, j’ai dû travailler depuis l’étranger. Rien n’était organisé jusque-là, et j’ai dû m’appuyer sur des Tibétains exilés, aux Etats-Unis, en Inde ou en Europe notamment. J’ai mis en place un tournoi de sélection, qui m’a permis de dégager un groupe afin de pouvoir disputer un premier match, contre le Groenland, le 30 juin 2001.

Comment la Chine a-t-elle réagi ?

Très mal, cela a été un énorme combat pour pouvoir exister. Pour ce match contre le Groenland, les autorités chinoises ont exercé des pressions énormes, en menaçant de rompre les échanges commerciaux que le pays entretient, précisément, avec le Groenland, notamment en matière de commerce de crevettes ou de poissons. Il se trouve que cela se passait quinze jours avant l’attribution des JO à Pékin. J’ai expliqué aux autorités chinoises que j’avais été contacté par CNN et que j’étais prêt à rendre publiques leurs menaces contre le Groenland. Cela les a fait reculer. Par la suite, nous avons pu disputer d’autres matches, contre Monaco ou l’Inde, entre autres. C’est toujours très compliqué, car il faut rassembler les joueurs et nous avons peu de moyens, sans compter les pressions que la Chine continue d’exercer.

Que pensez-vous avoir apporté au Tibet par le biais de cette équipe ?

Je précise que notre démarche n’est pas politique, nous voulons simplement permettre à un peuple de jouer au football. Nous constatons d’ailleurs que depuis sept ans le nombre de Tibétains pratiquant ce sport a explosé. Mais nous sommes évidemment conscients que, notamment à l’approche des JO, chaque match est un événement politique. Pendant 90 minutes, nos joueurs existent au plan international en tant que Tibétains. Ce n’est pas rien.

Quel objectif poursuivez-vous avec cette équipe ?

Nous avons un rêve : participer aux Jeux olympiques. Quand je vois que la mobilisation actuelle n’incite pas la Chine à instaurer un dialogue avec les Tibétains, je me dis qu’il faut des actes plus forts. Inviter la sélection tibétaine de football dans quatre ou huit ans serait, de la part du Comité international olympique, un geste symbolique. Regardez Taïwan ou Hong Kong, qui ne sont pas indépendants : ils envoient tout de même des délégations aux JO. Je veux y croire.

Jean Berthelot de la Glétais

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