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Mondial interdit aux gays

Dans le pays qui organisera la Coupe du monde en 2022, l’homosexualité est punie de cinq ans de prison et de 90 coups de fouet. Et le sujet, visiblement, amuse le président de la Fifa…

Peut-on rire de la barbarie ? Variante à peine modifiée de l’indémodable « peut-on rire de tout ? », la question vient au football avec acuité depuis que Sepp Blatter a cru bon d’ironiser sur la question des droits des homosexuels au Qatar, qui organisera la Coupe du monde en 2022. Interrogé sur l’accueil que réservera ce pays aux supporteurs gays qui viendront suivre cet événement, le président de la Fifa a lancé, lundi, sur le ton de la boutade : « Je pense qu’ils devraient juste s’abstenir de toute activité sexuelle » le temps du Mondial. « Que cela soit de l’humour ou non ne change rien, regrette Pascal Brethes, le président du Paris Foot Gay (PFG). Une nouvelle fois, on entend un poncif réduisant l’homosexualité à la sexualité et c’est malheureux, mais ce qui me choque le plus c’est le peu de cas que M. Blatter semble faire de la situation des gays dans des pays comme le Qatar. Je lui rappelle que dix Etats punissent encore l’homosexualité de la peine de mort, et que soixante autres, dont le Qatar, la condamnent. »

Rouyer : « Il y aura des homos au Mondial »

En l’occurrence, le pays qui accueillera la Coupe du monde dans un peu plus de dix ans prévoit cinq ans d’emprisonnement et… 90 coups de fouet pour les homosexuels. Des pratiques moyenâgeuses voire barbares, donc, dans un pays où les lois s’inspirent largement de la charia. « C’est encore un sujet très tabou, soupire une journaliste française établie à Doha. Je n’ai vu qu’une seule fois un reportage traitant des problèmes rencontrés par les homosexuels au Qatar, et les témoignages, évidemment, étaient Le Mondial très difficile à évoquer avec les Qatariens », confirme-t-elle. La question, donc, méritait – et mérite toujours – une autre réponse que celle apportée par le président de la Fifa. Elle demeure entière : « Il y aura forcément des joueurs, des supporteurs, des journalistes gays lors de la Coupe du monde 2022, comme il y en avait évidemment, je suppose, lors de tous les grands événements sportifs précédents », confirme Olivier Rouyer, l’ancien international aujourd’hui consultant sur Canal+ et qui avait révélé son homosexualité en 2008. « Alors comment fait-on ? Je trouve la remarque de Sepp Blatter déplacée, et son comportement sur le sujet est idiot. Les mentalités doivent évoluer, et la Fifa doit y contribuer », demande l’ex-attaquant de Nancy. « La Fifa est toujours très prompte à lutter, à juste titre, contre le racisme, reprend Pascal Brethes. Mais rien n’est jamais fait contre l’homophobie ! Si Sepp Blatter veut vraiment lutter contre les discriminations comme il l’affirme, alors qu’il s’engage concrètement, c’est le moment ou jamais ! », estime le président du Paris Foot Gay. « Au lieu de plaider en faveur des droits de l’homme, on fait précisément l’inverse », renchérit Yoann Lemaire, footballeur amateur au coeur d’une polémique avec son club depuis l’annonce de son homosexualité, il y a quelques mois. « Le football est censé véhiculer des valeurs, notamment d’ouverture et de tolérance, mais que constate-t-on ? A part en Allemagne ou en France, où le sujet commence doucement à être abordé, l’homosexualité dans ce sport reste encore un tabou. Il faut sensibiliser, éduquer, former au respect de toutes les différences, et la Fifa doit s’en préoccuper », ajoute Yoann Lemaire. Comment Sepp Blatter, dès lors, peut-il éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé ? D’abord en faisant amende honorable ; « il serait totalement inacceptable qu’il ne revienne pas sur ses propos », prévient John Amaechi, l’une des voix qui comptent sur le sujet, ancien basketteur de NBA qui avait révélé son homosexualité en 2007 et qui fustige « l’ignorance archaïque, néandertalienne » du Suisse. Ensuite et surtout en engageant enfin clairement la Fifa sur la voie de la lutte contre l’homophobie, comme certaines instances commencent à le faire, à l’instar de la Ligue de football professionnel (LFP), en France.

Le défi du Paris Foot Gay

« Dans le football il n’y aucune frontière. Nous sommes ouverts à tous et je crois qu’il ne devrait y avoir aucune discrimination pour aucun être humain », avait simplement commenté Blatter après sa sortie remarquée. En plus de confiner au cynisme, pareilles déclarations tiédasses ne suffisent plus. La Fifa doit oeuvrer pour garantir la sécurité de tous les participants à la Coupe du monde 2022, homosexuels ou non, et faire pression, au besoin, sur le Qatar pour qu’il revoie sa position. « Nous lançons un défi à Sepp Blatter, annonce Pascal Brethes. Nous lui proposons d’organiser sous l’égide de la Fifa, d’ici 2022, un match du Paris Foot Gay sur le sol qatarien. » Si le défi est relevé d’ici dix ans, alors cela voudra dire que le sport a bel et bien le pouvoir de contribuer à l’évolution d’une société. On peut toujours y rêver.

 

Jean Berthelot de La Glétais

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