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Bellagha © Arthur Perset

Bellagha © Arthur Perset

Aux grandes espérances ayant suivi la révolution, il y a deux ans, ont succédé les désillusions en Tunisie. Le championnat local en subit les conséquences.

Mercredi 13 février, 14 heures. Vidé pour cause de huis-clos, le stade de la ville de Gafsa, à quelques 350 kilomètres au sud de Tunis, est le théâtre de ce qui restera peut-être dans les annales comme le « match » le plus court de l’histoire: 45 secondes. Quarante-cinq secondes, soit exactement le temps écoulé entre le coup d’envoi de la rencontre opposant l’équipe locale à celle de Gabès et le moment où l’arbitre s’est rendu compte que les forces de l’ordre avaient déserté le stade. Motif? L’un de leurs membres aurait été insulté par un dirigeant de Gafsa… Le match est donc renvoyé au mercredi suivant, le 20 février. Il est finalement remporté 1-0 par Gafsa, mais le score est anecdotique: la fin de match, plus que houleuse, voit les policiers être pris à parti et le bus des joueurs de Gabès doit attendre cinq heures avant de pouvoir quitter la ville.
“Les gens venaient au stade pour casser”
Ce genre de scène surréaliste n’est pas rare dans le football tunisien. Entamée sur un huis-clos complet -partiellement levé depuis, dans certains stades qui laissent entrer seulement les abonnés-, la saison de Ligue 1 draine son lot de violences qui navrent les amateurs de football. “Dans un pays qui connaît une telle crise, une telle instabilité, le football devrait être une échappatoire”, se désole Mohamed Bellagha, ancien arbitre international. “Hélas, les gens qui venaient au stade depuis la Révolution n’y venaient pas pour les bonnes raisons mais pour casser; le huis clos a donc été décrété, mais ne s’avère pas suffisant. À part dans les grands stades, les forces de police ne sont pas assez nombreuses pour empêcher les débordements. Alors les gens forcent les portes du stade et les violences perdurent. Pas une semaine ne s’écoule sans qu’un arbitre, par exemple, ne se fasse agresser. Ma grande crainte, c’est qu’un jour l’un d’entre eux sort du stade dans un cercueil…”
Et la sortie de crise ne semble, hélas, pas pour demain: dans un pays où le Premier ministre vient de démissionner, où la société civile se déchire jusque dans le sang, la stabilité politique est encore loin d’être acquise. “Elle est pourtant la condition sine qua non à la sérénité du championnat”, soupire Mohamed Bellagha. “Sans un pouvoir fort, capable de mettre les moyens pour encadrer les matches, on n’arrivera à rien. Mais l’aspect sécuritaire n’est pas le seul sur lequel il faille travailler: c’est en sortant les gens de la misère dans laquelle ils se trouvent que les choses changeront. Aujourd’hui, la réalité en Tunisie, c’est que des gens commettent des délits sans craindre d’être arrêtés; pire ils l’espèrent presque parce qu’ils savent qu’en prison, au moins, ils auront de quoi manger…”
À Tunis, Jean Berthelot de La Glétais
Article paru sur Foot123.fr

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