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Stigmatisés depuis les violences au Trocadéro le 13 mai, les supporteurs du PSG sont parfois loin des clichés habituels. Surtout quand ce sont des supportrices.

Par Jean Berthelot de La Glétais Photos Alexy Benard pour Grazia

Leur première fois, elles s’en souviennent toutes. « C’était en 2004, et ça ne s’était pas très bien passé, puisque nous avions perdu », rougit Camille. « Moi, c’était en 2010, et j’en garde au contraire un très beau souvenir. Nous avions battu Bordeaux 3-1 », sourit Claire, 21 ans, petite blonde frêle et apprêtée. Bienvenue dans un monde parallèle, où les dates se retiennent surtout lorsqu’elles coïncident avec des matches importants : celui des fans de football, des supportrices du PSG en l’occurrence. Celles qu’on pourrait encore appeler les Ultras (à ne pas confondre avec les hooligans), si les groupes se revendiquant de cette identité n’avaient pas été dissous il y a quelques années. Elles ne ratent aucun match, connaissent le nom des joueurs par coeur, les soutiennent au prix parfois de quelques outrances verbales. Au moins le temps du match. Car montrés du doigt après les émeutes qui ont secoué le Trocadéro, le 13 mai, les amoureux du club de Zlatan condamnent dans leur immense majorité ces violences survenues en marge de la présentation du trophée de vainqueur du championnat. Parmi les voix s’élevant contre les déprédations, celles des filles fans du PSG, de plus en plus nombreuses. 

Supportrices de mère en fille

« Arriver dans ce Parc des Princes coloré, sentir cette ferveur, entendre tous ces chants, c’est peut-être le plus beau moment de ma vie », se souvient Isabelle, supportrice depuis la saison 1979-1980. A 48 ans, elle a transmis le virus à sa fille Manon, 23 ans, venue assister au dernier match de la saison à domicile, contre Brest le 18 mai, sur des béquilles, après avoir été blessée au Trocadéro. « On pourrait penser que c’est elle qui m’a poussée vers le PSG, mais pas du tout. C’est moi qui l’ai suppliée de m’emmener, lorsque j’avais 14 ans », s’amuse la jeune femme. « Moi, pour mes 15 ans, je me suis fait offrir un maillot du club floqué à mon nom, puis, à 17 ans, je suis allée voir mon premier match », raconte Jessica, 28 ans et enceinte pour la deuxième fois. « Pour le premier, j’ai assisté à une rencontre quatre jours avant d’accoucher. C’est ça, la passion. » Pour toutes ces jeunes femmes, soutenir le PSG est bien plus qu’un hobby, presque un mode de vie. Elles sont toutes abonnées et consacrent un samedi ou un dimanche soir sur deux au foot. Justine, 22 ans : « J’ai réussi à convertir deux ou trois copines. Ceux qui me connaissent savent que, rapidement, je vais me mettre à parler du PSG. Les autres, c’est sûr, sont un peu surpris… » Voire un peu dérangés. « J’avoue que cela a pu effrayer certains garçons, reconnaît Claire. Et pas qu’eux. Ma famille me regarde parfois comme si je venais d’une autre planète. Pour eux, le foot, c’est un truc de beaufs violents. » Beaufs, garçons manqués, ce n’est pourtant pas l’image que renvoient ces jeunes femmes. Violents et désocialisés, qui sont d’autres adjectifs pour caractériser les supporteurs de foot, encore moins. Camille, Claire et Justine sont étudiantes, Jessica secrétaire médicale, Manon coiffeuse et Isabelle chef d’entreprise. Et toutes ultraféminines.

« Au Troca, c’était l’enfer »

Toutes se sentent à mille lieues des émeutiers du Trocadéro. Camille n’est pas prête d’oublier cette soirée : « C’était l’enfer. Il y a eu un mouvement de foule, je me suis retrouvée au bord du malaise, écrasée contre une barrière. Je suis tombée et ils m’ont piétinée, comme d’ailleurs certains enfants non loin ». Manon, elle, s’est coincé le pied en essayant de fuir. Quand à Justine, elle a eu droit à des gaz lacrymo. « Des casseurs étaient près de moi, et les CRS ont chargé sans trop faire de distinction entre eux et les supporteurs, regrette-t-elle. Ceux qui ont cassé n’ont rien à voir avec les supporteurs. » Selon la préfecture de police, seuls quatre des 47 interpellés sont en effet abonnés au Parc des Princes. Pas grand-chose ne pourrait de toute façon éloigner ces filles-là des gradins des stades. Des supportrices prêtes à tout. « Même mes trois chiots s’appellent Javier, Mamad et Armande, soit un hommage à Pastore, Sakho et Armand, trois des joueurs », confie Manon. Un monde un peu parallèle, on vous dit. •

L’INTERVIEW 
de Nicolas Hourcade, sociologue (1)
Les femmes sont-elles aujourd’hui plus nombreuses parmi les supporteurs du PSG ?
On manque de statistiques fiables, mais il semble que davantage de femmes s’intéressent au football, donc au PSG pour une partie d’entre elles, et surtout l’assument.
Qu’est-ce qui a changé la donne ?
Contrairement à d’autres pays voisins, il y a en France un jugement critique des intellectuels vis-à-vis des supporteurs, vus de manière péjorative. Mais le Mondial 98 a un peu fait évoluer cela, puisque des artistes, des politiques ont avoué s’y intéresser, ce qui a pu décomplexer une partie du public féminin. 
Vivent-elles leur passion de façon plus apaisée que les hommes ?
Oui, même si certaines se lâchent au stade. C’est une tendance qui dépasse largement le cadre du football, puisque la radicalité ou la vulgarité sont beaucoup moins tolérées socialement chez une femme que chez un homme, donc moins répandues. On le retrouve en sociologie électorale : les femmes votent moins souvent de façon radicale.
(1) Coauteur d’un livre vert sur les supporteurs.

Paru dans Grazia du 24 mai 2013

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