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Pendant plus de cinquante ans, dont la moitié passée à Jours de France, Jacques Faizant et ses dessins ont réjoui nombre de lecteurs. En cette fin d’année, un ouvrage consacré à ses vieilles dames rend hommage au caricaturiste, disparu en 2006.

 

Il est un témoin qui ne s’éteint pas. Immuable, éternel presque -fût-il disparu en 2006, à 87 ans. Jacques Faizant, c’est plus d’un demi-siècle de dessins de presse, de Paris-Match au Figaro en passant, bien sûr, par Jours de France. C’est un trait reconnaissable entre beaucoup, surtout, et une France elle aussi éternelle, tantôt râleuse, acariâtre et mesquine, tantôt généreuse ou naïve. Une France symbolisée par ses vieilles dames sans doute plus encore que par sa Marianne, personnages récurrents du trait de Faizant, invitées en cette fin d’année à poser leur girondes silhouettes sur les pages d’un livre qui leur est consacré, aux éditions Michel Lafon. Sobrement intitulé « les vieilles dames »*, l’ouvrage rend donc hommage à ces facétieuses voyageuses du vingtième siècle, qui -et c’est un paradoxe- n’ont pas pris une ride de plus en cinquante ans, semblant avoir trouvé le secret de l’éternelle vieillesse. Mais les vieilles dames, pour importantes qu’elle soient, ne sont que l’une des facettes de l’œuvre de Faizant.

7000 dessins pour Jours de France

Né dans le Cantal en 1918, ayant grandi au Pays Basque avant de suivre à Nice des études d’hôtellerie, Faizant se lance dans le dessin au milieu des années 1940. D’abord dans la bande dessinée pour enfants, avec le Colonel Broum dans Petit Canard, puis pour adultes, avec Adam, Ève et Caïn, avant de se faire connaître par ses dessins politiques, ses vieilles dames et ses tranches de vie. C’est à l’invitation de Marcel Dassault, à la fin des années 1950, qu’il rejoint Jours de France, où il publie en 33 ans plus de 7000 dessins, côtoyant tour à tour Coq, Bellus, Kiraz ou Gad, autres caricaturistes alors célèbres. Badins, comme cette vignette parue au tout début de l’année 1960 montrant un homme contraint de verser de l’argent pour les étrennes des uns et des autres avant de ne récolter qu’une poignée de main de son patron, thématiques plus tard (« L’impatience », « la campagne »), simplement absurdes (« le pôle Sud »), ses dessins dans Jours de France se font ensuite politiques, notamment au moment de l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée, en 1981. « Tonton » est d’ailleurs l’une des cibles préférées de Faizant, qui ne fait jamais mystère de ses sympathies. « Je suis de droite, mon journal est de droite, mes lecteurs sont de droite, alors je fais des dessins de droite », répète à l’envi celui qui collabore aussi à Paris Presse, Télérama, Ici Paris, L’Express, Marie-France, France-Dimanche, Le Point, à Paris-Match et au Figaro. Paradoxe, Jacques Faizant fait également paraître quelques-uns de ses dessins dans… L’Humanité, sans que cela affecte son image bien ancrée de gaulliste conservateur, souvent gentiment misogyne.

« La seule femme que je dessine, c’est Marianne ! »

« Un fils unique qui se marie perd sa mère et gagne deux belles-mères », aime à rappeler celui qui se défend de cette misogynie en expliquant pourquoi il ne caricature jamais d’autres femmes que les vieilles dames et Marianne : « Je ne le fais pas parce que pour rendre quelqu’un ressemblant il faut terriblement exagérer les défauts. Je dois aller au-delà des défauts physiques, au-delà de l’âge et ça me gêne un peu », confie-t-il à Anne Sinclair en 1977. « Les seules occasions que j’aurais de le faire ce serait pour des femmes politiques. Il est évident que je ne vais pas au-devant. À part les vieilles dames, la seule femme que je dessine c’est Marianne, car Marianne est un symbole ; il faut bien représenter la République ! », se justifie alors Faizant, dont d’autres aphorismes méritent d’être exhumés. « Un dilemme, c’est une proposition philosophique dont l’énoncé fait jouir les belles consciences et l’application périr les démocraties », estime-t-il joliment. La politique, les institutions figurent parmi les thèmes qu’il aborde le plus souvent, au même titre que le couple et la famille, plus globalement. « L’adultère demande une telle liberté d’esprit, un égoïsme si candide et un manque de scrupules si total qu’il ne peut raisonnablement être conseillé qu’aux célibataires », écrit-il ainsi, faisant preuve d’une forme de bon sens que ses personnages dans Jours de France n’auraient pas renié, dans des réflexions très intemporelles qui pourraient tout aussi bien être publiées aujourd’hui, comme ces touristes de bord de mer passant la main au-dehors, sous une pluie battante, en se demandant si l’eau est bonne. Faizant laisse surtout le témoignage délicieusement suranné de cette France prospère et insouciante, portée par les trente glorieuses mais jamais comblée, immuable coquette et éternelle râleuse. Les vieilles dames de Faizant, une miette de madeleine, un petit bonheur parmi tant d’autres ? Pourquoi pas, après tout, puisque « le bonheur est un festin de miettes ». C’est de Faizant, et cela ferait incontestablement une bien belle épitaphe.

 

* « Les vieilles dames, l’intégrale », éditions Michel Lafon, 286 pages, 24,95 euros.

 

Jean Berthelot de La Glétais 

Article paru dans Jours de France de novembre-décembre 2013 et janvier 2014.

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