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Alors que le conflit à Radio France entrait dans sa troisième semaine, Grazia a interviewé quatre femmes, toutes grévistes. Toutes affirment leur attachement à la « Maison ronde » et le besoin impérieux de conserver les moyens de faire un travail de qualité.

La Tour Eiffel et « un peu de magie ». Lorsqu’elle évoque son métier à sa fille, Valérie*, « cachetière » pour Radio France depuis 17 ans, tente d’expliquer ce drôle de phénomène invisible, ce « son qui passe par la Tour Eiffel et va se répandre, ensuite, dans tous les foyers ». Mais la magie, en ce printemps, a du mal à opérer: Valérie, comme nombre de collaborateurs de la « Maison ronde », est en grève pour protester contre un plan prévoyant notamment la suppression de 300 emplois. Chargée de production, Valérie entamait la semaine dernière son vingtième jour de protestation pour défendre, entre autres, les précaires. « Lorsque j’ai commencé, je n’avais même pas de contrat. Les salaires n’évoluent pas, l’intermittence est institutionnalisée… Quand je suis revenue de mon congé maternité, je n’ai pas retrouvé le poste que j’occupais », explique-t-elle. Un exemple parmi d’autres d’abus manifeste, qui aurait pu avoir raison de l’attachement de Valérie à Radio France: « je suis partie travailler ailleurs, durant quatre ans. Et puis je suis revenue… Évidemment », glisse la jeune femme dans un sourire.

« On défend autre chose que l’argent »

Évidemment? « Oui, parce que Radio France nous offre une liberté totale, la possibilité de faire un vrai travail sur le son… Malgré toute cette précarité, si on reste, c’est par passion. ». La « passion », le mot revient souvent, très souvent dans la bouche des grévistes, comme dans celle de l’ensemble des salariés de Radio France. «Il y a un attachement très fort de notre part à cet endroit unique, on est tous fiers d’y travailler », assure Valérie. « Malheureusement on va de plus en plus vers quelque chose de l’ordre du marketing, du partenariat, des produits dérivés… C’est ce qui nous attriste. On travaille dans des conditions financières tellement mauvaises que ce qui nous motive, c’est ce goût du son, de l’information partagée, de la création. Ce qu’on défend, c’est autre chose que l’argent, » conclut Valérie. Une approche plus qualitative que mercantile, pour continuer de faire un travail de fond, voilà ce que veulent conserver les grévistes. Assurer une mission de service public, en somme, pour que la « magie » ne cesse jamais vraiment.

*A la demande de l’intéressée, le prénom a été modifié.

Véronique

Chargée de réalisation

23 ans d’ancienneté

« Notre identité, c’est d’être des découvreurs »

Mathieu Gallet, le PDG de Radio France? « Il n’a plus rien à foutre dans cette entreprise. Il ne nous voit pas, n’est pas là, il nous méprise. Mais c’est un pion. Demain, on en mettra un autre, qui se chargera de la même besogne, puisqu’on voit bien que l’heure est au démantèlement des services publics en général… » Les mots de Véronique sont forts, à la mesure d’une lassitude qui ne confine cependant pas à la résignation. Après plus de deux décennies à Radio France, Véronique est partie prenante du plus lourd conflit social qu’elle y ait connu. Cette fois, pour elle, c’est l’identité même de la « Maison ronde » qui est mise en péril par la baisse de moyens prévue. « L’identité de Radio France, c’est de ne pas diffuser ce que tout le monde diffuse, d’être des découvreurs et non des suiveurs », explique Véronique. « C’est la volonté d’offrir le plus de points de vue possible. L’identité, c’est un média sans publicité, c’est aussi un service public où nous jouissons d’une totale liberté, qui a des conséquences sur ce qu’on peut donner à entendre à nos auditeurs. » A l’exemple d’une série de reportages dont Véronique conserve un souvenir ému, quelques années plus tard: « je me rappelle d’une très belle mission au Mali, où nous étions neuf, producteurs, techniciens, chargés de réalisation. Cela reste un souvenir magique, et les émissions que nous avions réalisées là-bas étaient extraordinaires », explique-t-elle. C’est notamment pour conserver la possibilité de mener à bien de tels projets, enrichissants culturellement mais qui ne sauraient prétendre par eux-mêmes à une rentabilité quelconque, que se bat Véronique.

Émilie 

Documentaliste de presse

6 ans d’ancienneté

« Toujours plus avec moins de moyens »

Pour Émilie, comme pour beaucoup de salariés de Radio France, travailler à la « Maison ronde » est d’abord « un très grand bonheur, un vrai choix ». Du haut de ses six ans d’ancienneté, Émilie a pourtant vu, déjà, la situation se dégrader: « on nous demande de faire toujours plus avec moins de moyens », se désole la jeune femme. Concrètement et au quotidien, dans le cas d’Émilie et de ses collègues, « on s’apprête à supprimer certains abonnements à des journaux, alors que notre cœur de métier est de fournir le plus d’articles possible aux journalistes », regrette-t-elle. « On parle là d’économies de 2000 ou 3000 euros par an. Alors, forcément, quand on prend connaissance de certains frais, on est en colère », explique Émilie, dans une allusion à peine voilée aux dépenses somptuaires du PDG de Radio France, Mathieu Gallet. « Plus largement, cette baisse de moyens remet en cause notre spécificité, cette liberté que nous avons d’aller au fond des sujets, de nous accorder du temps pour mener à bien les projets. Cela peut sembler prétentieux, mais je crois que le service public a pour mission de contribuer à élever les auditeurs et les citoyens que nous sommes tous, et c’est pour rappeler notre attachement à cela que nous n’acceptons pas le plan de la direction », conclut Émilie.

Virginie 

Technicienne radio

5 ans d’ancienneté

« On manque déjà de studios… »

« Je ne sais pas comment je vais faire le mois prochain. Je vais probablement devoir ne manger que des pommes de terre, mais peu importe. Je vais continuer à me battre. » Pour Virginie, c’est déjà la moitié d’un salaire mensuel qui est partie en fumée à cause de la grève. Mais la jeune technicienne tient bon, pour que la situation cesse de se dégrader continuellement à Radio France. « On manque déjà de studios, que l’on doit partager entre plusieurs chaînes alors qu’ils étaient prévu pour une seule », explique Virginie. « Résultat, on a moins de créneaux de production, donc moins de possibilités de faire des émissions vraiment élaborées… C’est pourtant la force de nos radios, c’est aussi pour cela que j’ai choisi d’entrer dans le service public après cinq ans dans le privé: pour pouvoir faire des fictions, des documentaires, des formats qui n’existent pas ailleurs. » Avec la réduction de moyens prévue par le nouveau plan, « c’est un appauvrissement des contenus qui de profile », dénonce Virginie. « Pour 26 euros par an, les auditeurs ont accès à beaucoup de choses, y compris, par exemple, la diffusion des concerts de festivals comme celui de Marciac, à des reportages qui prennent le temps des proposer tous les points de vue… Moins de moyens, cela veut aussi dire moins de temps, et à terme la qualité s’en ressentira forcément. »

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