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Texte Jean Berthelot de La Glétais, photos Julien Mignot

Au théâtre des Amandiers de Nanterre, deux cents étudiants venus du monde entier se sont rassemblés fin mai pour « préjouer » les négociations de la Conférence sur le climat.

Quelque part entre Woodstock et Davos, il règne une drôle d’atmosphère aux Amandiers de Nanterre, en ce week-end de mai. Deux cents étudiants venus de toute la planète ont envahi les salles et les coursives du théâtre, dont les pelouses ensoleillées sont, elles aussi, prises d’assaut. La mine sérieuse des convives tranche avec la légèreté de l’air, voire avec leur jeune âge ; ces vingtenaires ne sont pas venus écouter de la musique et batifoler, ou alors pas seulement. Ils sont là pour changer le monde, rien de moins. Là où d’autres rejouent des moments d’histoires, comme Austerlitz ou Marignan, eux vont « préjouer » une autre bataille, diplomatique, celle-là : COP21, la Conférence de Paris sur le climat qui se tiendra à la fin de l’année et qui a notamment pour but de parvenir à limiter le réchauffement à deux degrés. « Préjouer », donc imaginer ce que pourront être les discussions, concessions, désaccords, qui rythmeront cette réunion dont l’échec serait « une menace sur le plan économique » autant que sur le plan climatique, comme l’expliquait François Hollande le 3 juin dernier.

« Beaucoup de négociateurs sont déjà formatés »

L’initiative, appelée Make it work, est signée Sciences-Po, portée par l’anthropologue Bruno Latour et par Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, tous deux professeurs dans la prestigieuse école. « Si nos propositions sont innovantes et intéressantes, il est donc possible qu’elles soient concrètement utiles », espère, au premier jour des négociations, la Belge Karen, membre du groupe d’étudiants coordinateurs de l’événement modestement baptisé G8. Algérie, États-Unis, Japon, les délégations confrontent leurs points de vue au cours de débats souvent enflammés auxquels prennent part des entités silencieuses d’ordinaire, intitulées « forêts », « océans » ou « internet ». L’initiative respire la fraîcheur et fait souffler un vent d’espoir. Pourtant, « beaucoup de négociateurs sont déjà formatés », se désole Duncan, ambassadeur de la présidence et troubadour charismatique. Intervenant au gré des débats pour lire des poèmes ou inviter les participants à frapper la cadence en une séance collective de percussions, le jeune homme voit certaines de ses envolées laisser de marbre certains des participants. « Il est pourtant important que l’art ait sa place dans ce type de débats, c’est justement pour cela que Make it work est organisé dans un théâtre et non à Sciences-Po. L’art est là pour planter des graines, stimuler l’imaginaire, élargir le champ des possibles », rappelle Duncan. « Dommage que certains ne l’aient pas compris. »

Les intérêts des uns face à ceux des autres

Le cours des négociations, effectivement, ne laisse que peu de place à l’imagination ; les discussions, très pragmatiques, s’enlisent, les intérêts des uns s’opposant à ceux des autres. « Les étudiants occidentaux ont du mal à comprendre que c’est à leurs pays qu’il incombe de payer la note de la pollution mondiale », enrage Navin, venu de New Delhi pour participer à Make it work. « Il leur faut pourtant accepter qu’avec 300 millions de pauvres, le changement climatique ne soit qu’un thème majeur en Inde, pas la priorité absolue ! » « Pour nous aussi, la pollution est un thème important », assure Adolfo, venu du Mexique. « Mais tant que la corruption sera aussi endémique dans notre pays, rien ne pourra changer. Il faut parvenir à le faire admettre aux autres négociateurs et c’est très compliqué », déplore-t-il. Au terme des trois jours d’échanges, les propositions avancées « sont parfois originales, mais difficilement applicables », regrette l’une des coordinatrices. « Surtout, cela manque grandement d’ambition », ajoute-t-elle. Un échec, ces négociations ? Nous aurions aimé poser la question à l’étudiante qui les a présidées, mais un geste de sa main nous congédiant, suivie d’une fin de non-recevoir transmise par ses nervis empressés, nous en a dissuadés. Confirmant une drôle d’impression : celles que ces futures élites ne sont déjà pas très différentes de celles qui les précèdent…

Paru dans Grazia le 12 juin 2015

Paru dans le Grazia

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