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Venue du privé, Virginie Calmels, la tête de liste Les Républicains aux prochaines Régionales, part à l’assaut d’une forteresse réputée imprenable, le Sud-Ouest.

Il faut avoir connu la place Pey-Berland il y a quinze ans pour le comprendre : en donnant rendez-vous dans un café du parvis de la cathédrale bordelaise, Virginie Calmels convoque les symboles. Ceux des succès de son mentor, Alain Juppé, dans la capitale aquitaine, d’abord. Noire de crasse et rongée par les voitures jusqu’à l’orée des années 2000, la place, rénovée, est maintenant presque entièrement piétonne, et fait la part belle au chaland en goguette. Du chaland à Chaban, il n’y a qu’un pas, celui — décidé — de l’ancien maire et résistant, statufié sur cette même place, à quelques mètres de son Hôtel de Ville. Ce symbole-là, celui du volontarisme et du courage politique, compte aussi ; il faut les deux qualités pour partir, novice, à l’abordage d’une région historiquement acquise à la gauche, dans laquelle le Socialiste Alain Rousset visera un quatrième mandat en décembre prochain. Même si le raz-de-marée annoncé des Républicains a bien lieu au plan national, le sort de la plus grande région métropolitaine (Limousin et Poitou-Charentes ayant rejoint l’Aquitaine) est loin d’être joué. « Lui donner cette campagne à conduire, c’est faire à Virginie Calmels un cadeau empoisonné, estime un observateur de la politique locale. Les barons des Républicains savent que c’est injouable, sinon ils auraient parachuté l’un d’entre eux ! » Un sondage IFOP paru en juin donnait effectivement Alain Rousset vainqueur au second tour avec 49 % des voix contre 33 % pour Virgnie Calmels.

Ex-patronne d’Endemol

« Mon profil diffère de celui des autres têtes de liste de mon parti, les Bertrand, Estrosi, Pécresse, tous les “poids lourds”, donc je comprends que cela interroge », reconnaît Virginie Calmels, qui est entrée en politique il y a un an et demi, et n’a pris sa carte des Républicains qu’à l’été dernier. En quête d’une personnalité issue de la société civile ayant fait ses preuves en matière économique, Alain Juppé se tourne vers cette Bordelaise de naissance. Elle devient première adjointe en charge de l’économie, avant de mener, donc, ce difficile combat des Régionales. « J’ai dirigé de grands groupes dans le domaine des médias, je n’ai pas eu un parcours parsemé de pétales de roses », rappelle l’ex-patronne d’Endémol, l’usine à téléréalité et aux polémiques permanentes. La blonde quadragénaire ne renie rien de son passé mais souhaite aujourd’hui se tourner un peu plus encore vers un « engagement noble », celui de la politique donc. « Noble », mais aussi « archaïque », estime-t-elle : « en particulier sur le sujet de la place des femmes. Mon opposant PS, par exemple (NDLR: Alain Rousset, qui, contacté par nos soins, n’a pas souhaité répondre), est symptomatique de ces hommes qui ne veulent pas leur laisser la place. La loi l’oblige à la parité, mais qui trouve-t-on sur ses têtes de liste départementales ? Onze hommes et une seule femme. Chez nous, c’est six femmes et six hommes. » Voilà pour la première pique contre un président du conseil régional au fonctionnement de « Roi-Soleil » — seconde pique — de la part de Virginie Calmels, qui revendique cependant son « pragmatisme » et a, de fait, assuré Emmanuel Macron de son soutien ou défendu la loi de simplification de Thierry Mandon, deux ministres socialistes.

De pragmatisme, il est aussi question à l’heure d’aborder la question des fonctionnaires œuvrant pour la région, dont certains ont été pointés du doigt dans le brûlot Absolument débordés, paru en 2010 et qui pointait leur paresse et la gabegie de l’instance. « Je crains que cela ne soit assez proche de la réalité, explique Virginie Calmels. Mais lutter contre cela, ce n’est pas licencier des fonctionnaires qui, de toute façon, sont protégés. Je veux surtout qu’on gagne en efficacité, qu’on écoute les fonctionnaires sur ce qu’il faut changer, qu’on les aide à retrouver goût en leur travail. » Langue de bois déjà vernie, malgré un manque d’expérience politique, ou volonté réelle ? Dans tous les cas, l’annonce à peine voilée d’un management plus proche de celui du privé, où Virginie Calmels a fait sa carrière. « Et ça se sent, confie une collaboratrice ponctuelle de ses services. Quand elle arrive, on mesure la femme de caractère ; toutes proportions gardées, elle a un côté Thatcher qui peut glacer. J’ai vu certains élus réagir comme des petits garçons lorsqu’elle pointait leur manque d’investissement ou de résultats. Elle le fait durement, très durement parfois, mais sans jamais verser dans l’excès de langage. » Soutien à l’entrepreunariat, aux exploitations agricoles, à l’essor du numérique sont quelques-unes des grandes lignes du programme de celle qui reste jusqu’ici administratrice de Free, mandat dont elle démissionnerait si elle était élue présidente de Région. Son action à la mairie de Bordeaux vaut en tout cas à Virginie Calmels la confiance du milieu des affaires. Un dernier symbole s’est chargé de le rappeler, lorsque l’entretien a pris fin et que, passant devant la cathédrale, Sébastien Bazin s’est vu amicalement interpeller par Virginie Calmels. Le patron d’Accor n’a eu besoin que d’une phrase pour le résumer : « Ah ! Voilà la femme la plus importante de Bordeaux ! »

 

Paru dans Grazia le 30 octobre 2015

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