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En cédant à une compagnie minière une de leurs terres les plus sacrées, l’administration américaine a gravement offensé les Apaches. Qui n’entendent pas se laisser faire…

Oak Flat — littéralement, le chêne plat. Deux hectares de terre aride, de falaises ocre et de cactus où crotales, veuves noires et scorpions se chargent d’éloigner le visiteur curieux. C’est là, à quelque 70 miles à l’est de Phoenix et à un jet de flèches des célèbres Monts de la Superstition qu’est en train de se jouer un combat qui ravive bien des plaies : la dernière guerre indienne.

À l’origine de la colère des Apaches, puisque c’est de ce peuple qu’il s’agit, la cession « félonne » par deux sénateurs républicains de l’Arizona, Jeff Flake et John McCain — l’ancien candidat à la Maison-Blanche — de deux hectares et demi à une compagnie minière anglo-britannique. Spécialisée dans l’extraction de cuivre, la Resolution Copper mining lorgne en effet Oak Flat depuis plusieurs années. Sauf qu’il s’agit d’une terre sacrée pour les 15 000 Apaches chiricahuas de la tribu San Carlos, qui y pratiquent depuis des centaines d’années des cérémonies religieuses, notamment des enterrements ou des rites initiatiques. Chi’chil Bildagoteel, son nom en chiricahua, est un lieu classé depuis 1955 par un décret présidentiel voulu par Eisenhower afin de « protéger de façon permanente les ressources culturelles et naturelles pour les générations futures ».

3500 kilomètres pour sensibiliser l’opinion

Pour céder au lobby de la compagnie minière, il a donc fallu passer en force : les Sénateurs Flake et McCain n’ont pas hésité à inscrire la cession d’Oak Flat dans la loi de budget militaire, votée en décembre dernier-quand bien même il ne s’agit en aucun cas d’une terre dévolue à l’Armée.

Alors pour obliger les États-Unis à renoncer à céder aux revendications de la Resolution Copper mining company, les Apaches se mobilisent. Au premier plan, des femmes, qui depuis toujours bénéficient dans cette culture d’un statut égal à celui des hommes. Chamanes, combattantes, elles possèdent la maison, dans la coutume apache, et sont valorisées par leur religion. Ce sont elles qui, aujourd’hui, guident la révolte : « Mon arrière-grand-mère est enterrée là, nous voulons le respect pour elle, nous voulons qu’elle repose en paix. L’an dernier, ma petite-fille a pratiqué sa danse initiatique là-bas. Tout ce qu’on souhaite, c’est que nos autres petits-enfants puissent en faire de même à l’avenir », espère Sandra Rambler, l’une des porte-paroles des Apaches.

Pour mener cette bataille, les descendants de Cochise et de Geronimo ont jusqu’ici laissé leurs flèches dans les carquois. La hache de guerre est désormais 2.0, c’est dans les médias et sur les réseaux sociaux que les Indiens défendent leur cimetière. En première ligne, Naelyn Pike, 16 ans, qui se revendique « chiricahua et fière de l’être », mais aussi fan de… reggae et de basketball.

Instagram, twitter, Facebook ; Naelyn Pike et son mouvement, Apache Stronghold, mobilisent l’opinion pour faire reculer les pouvoirs publics. Sa photo dans New York, arc et flèche à la main, illustre de manière spectaculaire son combat. Cette « digital native », n’est pas n’importe qui : elle est la petite-fille de Wendsler Nosie, « chef » de la tribu San Carlos. C’est elle qui, avec son grand-père, a mené la longue marche ayant conduit une centaine des siens de Phoenix à… Washington, soit 3500 kilomètres, un périple conclu fin juillet et largement partagé sur internet.

« Si je dois mourir… »

« John McCain a rouvert l’une des pires pages de l’Histoire des États-Unis », accuse Wendsler Nosie. « Il l’a rouverte en nous attaquant, en attaquant notre religion et en approuvant sa destruction ». « Céder Oak Flat, c’est comme démolir une église », explique Naelyn Pike. « C’est pire, même, parce qu’une église peut toujours se reconstruire. Oak Flat va être détruit et il n’y aura aucun moyen de revenir en arrière », dénonce la jeune fille. La compagnie minière ne s’en est effectivement pas cachée : ses extractions donneront au site l’aspect d’un lieu frappé par « une météorite ».

Dans leur combat, les Apaches sont soutenus par un autre membre du Congrès, le démocrate Raul Grijalva. « Cette cession bafoue toutes nos lois les plus essentielles, les droits les plus basiques, et, plus grave, cela passe outre le caractère sacré de ce site. Or nous devons protéger les sites sacrés comme nous protégeons les églises, les mosquées et les synagogues », rappelle-t-il. Depuis 1978, l’« American Indian Religious Freedom Act » fait en effet l’obligation au gouvernement de protéger les libertés religieuses des Indiens et de préserver leurs sites sacrés.

« Les Indiens d’Amérique estiment être chargés de la protection de la Terre. Quand elle est violée, nous sommes violés. Vous désacralisez cette Terre, vous nous désacralisez tous », reprend Sandra Rambler. Ce sacrilège, les Apaches sont donc bien décidés à ne pas le laisser commettre. Leur engagement d’aujourd’hui, pacifique, pourrait d’ailleurs suffire à faire reculer l’administration : l’entourage d’Obama a assuré que le président était sensible à leurs revendications. Mais si McCain et ses sbires ne sont pas freinés rapidement, les Apaches ne se contenteront plus de tirer quelques flèches virtuelles, ranimant cette fois le spectre des véritables guerres indiennes, d’autant que d’autres tribus ont déjà annoncé qu’elles viendraient leur prêter main-forte en cas de conflit. « On n’arrêtera jamais le combat », prévient Naelyn Pike. « Détruire Oak Flat, c’est détruire notre identité. On ne laissera pas cela arriver ». Quitte à reprendre les armes, au sens propre ? « Si je dois mourir, je mourrai en Apache fière de s’être battue pour ses ancêtres et pour les générations futures » termine-t-elle, martiale. Comme si, à 16 ans, il existait déjà « un beau jour pour mourir »…

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