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Accusée d’avoir menti sur sa couleur de peau, une activiste américaine a bien involontairement relancé le débat sur l’identité aux États-Unis.

« Je suis née dans les bois ». Mardi 16 juin, c’est une Amérique médusée qui a assisté à l’hallucinante confession télévisuelle de Rachel Dolezal, cette activiste au sein de la National association for the advancement of colored people (NAACP), la plus ancienne et la plus respectée des organisations de défense des droits civiques des Afro-Américains. L’association fondée en 1909, dont furent notamment membres Martin Luther King et Rosa Parks, est secouée par une bien curieuse affaire : sa représentante à Spokane, dans l’État de Washington, aurait menti depuis des années au sujet de… sa couleur de peau. Jeudi 11 juin, c’est un site local qui révèle qu’elle est blanche et non noire comme elle le prétend depuis une dizaine d’années. Dans la foulée, les propres parents de la trentenaire interviennent publiquement pour affirmer que leur fille a des origines tchèques, néerlandaises, allemandes et suédoises, mais pas d’ancêtre noir. Avant, donc, que Rachel Dolezal ne réponde elle-même sur NBC en assurant que ceux qui l’ont élevée ne sont peut-être pas ses parents biologiques, que sa naissance s’est possiblement déroulée en pleine forêt, etc.

Le mensonge, principal reproche

Au-delà du simple cas, au fond assez anecdotique, de cette activiste, l’affaire passionne l’Amérique en ce qu’elle lui renvoie « combien il est complexe, là-bas, de définir son identité », explique Paul Schor, maître de conférences en civilisation américaine à l’université Paris-VII et spécialiste de la construction sociale des catégories ethniques et raciales aux États-Unis. « Avoir un arrière-grand-père noir peut suffire, par exemple, pour considérer que l’on est noir même si on a une peau claire. C’est ce qui a fait, d’ailleurs, que Rachel Dolezal n’a pas eu besoin de se déguiser vraiment pour se faire passer pour noire, seulement de friser ses cheveux, et que personne ne s’était posé de questions jusque là. » La question de l’identité est, de plus, très politique aux États-Unis. « Et cela va au-delà de la couleur de peau », rappelle Paul Schor. « On se souvient que Barrack Obama, au début de sa carrière, se voyait “reprocher” par les afro-américains d’avoir un père kenyan, et non issu de leurs rangs. » Sous l’intense pression médiatique, Rachel Dolezal s’est vue contrainte de renoncer à ses responsabilités. « Au fond, ce qui lui est reproché, ce n’est pas d’être Blanche et responsable locale d’une association comme la NAACP, qui a d’ailleurs été fondée à la fois par des Noirs et des Blancs. C’est, bien davantage, d’avoir menti : c’est cela que, de toute éternité, les Américains ne pardonnent pas. »

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