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Confrontée à de multiples problèmes d’ordres matériel, financier ou moral, une partie des survivants des attentats du 13 novembre s’est constituée en une association, Life For Paris, pour tenter de faire valoir ses droits et d’avancer.

 

C’est avec un peu d’appréhension que Caroline Langlade confie son sac à un journaliste étourdi, le temps de faire les quelques photos qui illustreront l’article de Grazia. « Vous ne me le perdez pas, hein ? Il a survécu au Bataclan, celui-là. D’ailleurs, c’est assez incroyable, à la réflexion ; quand on a été libérés, après l’assaut des forces de l’ordre, toutes les filles sont sorties avec leur sac à la main. Ça doit vouloir dire quelque chose, non ? C’est pour nous prouver notre féminité ? Les sacs à main seraient les testicules des femmes ? » L’ambiance est donnée, et l’éclat de rire qui suit le confirme : en ce dimanche après-midi bruineux, dans ce café de la rue de Charonne, le ton ne sera ni compassé ni affligé chez la cofondatrice de l’association Life For Paris. « Pourquoi le serait-il ? Il ne faut surtout pas qu’il le soit, il faut qu’on montre qu’on vit, que Paris vit, sinon “ils” auront gagné. Regardez autour de vous, les gens n’ont pas peur, même si cette rue a été durement éprouvée » par les attaques du 13 novembre.

Une démarche à court, moyen et long termes

Ces attentats, Caroline Langlade les a vécus claquemurée tant bien que mal, durant trois heures, dans l’une des loges du Bataclan. Franck Auffret, lui, était à quelques mètres de l’un des tueurs, mais il est parvenu à s’échapper et à aider plusieurs spectateurs à s’enfuir. Il est désormais trésorier de l’association, grâce à laquelle il continue d’aider les autres. « On a vite compris que les structures de prise en charge des blessés, des rescapés, des familles de victimes ne parvenaient pas à répondre à tout le monde en raison de l’ampleur de ces attentats », explique-t-il. « Alors cette association est là pour amener chacun à y voir plus clair, pour regrouper des informations, des numéros d’urgence, etc. ». « On ne l’imagine pas avant de l’avoir vécu, mais il y a un milliard de démarches à faire lorsqu’on a été victime d’un attentat », poursuit Caroline Langlade. « J’ai eu la chance d’être guidée pour une partie de ces démarches, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est très compliqué pour certains, et d’autant plus pour ceux qui ne parlent pas français, puisque parmi tous ceux qui ont été touchés par ces événements il y avait tout de même 17 nationalités ». Alors Life For Paris, qui regroupe 500 rescapés, blessés ou proches de victimes, trouve les ressources en son sein pour faire traduire des documents, expliquer, diriger chacun. « C’est le but premier de l’association, à court terme. Le deuxième objectif, c’est aussi un accompagnement juridique, puisque certains d’entre nous ont choisi de se porter partie civile dans le procès qui se prépare. Nous aimerions le faire collectivement au nom de Life for Paris, mais c’est pour le moment impossible car réservé aux associations ayant plus de 5 ans d’existence. Cependant, la loi va peut-être bientôt changer et nous permettre de le faire. Le troisième volet de notre action, à plus long terme, est d’essayer de faire changer les choses pour que les prochaines victimes soient mieux prises en charge, mieux accompagnées. Françoise Rudetzki a déjà accompli un travail immense avec SOS Attentats, nous n’avons pas la prétention de faire aussi bien mais simplement de faire avancer encore un peu le problème. »

« Qu’est-ce qu’on a loupé ? »

Au-delà même des difficultés administratives, les rescapés des attentats sont confrontés, parfois, à l’incompréhension, voire au cynisme. « Depuis les attentats, la vie a continué pour chacun d’entre nous, et trois personnes ont essayé de souscrire des prêts immobiliers », raconte Franck Auffret. « Les banques les leur ont refusés. Et pas au motif d’une prétendue instabilité émotionnelle, ce qui serait déjà choquant, mais parce qu’elles sont cataloguées “personnes à risque”, puisqu’elles ont déjà été victimes d’un attentat. Vous imaginez la violence d’une telle situation ? »

« Les rescapés qui n’ont pas été physiquement blessés peuvent être confrontés à une incompréhension de la part de leur hiérarchie, voire de leurs proches ou, plus globalement, du regard que portent les autres sur eux », détaille Caroline Langlade. « On leur fait comprendre qu’ils ont de la chance de ne pas avoir été touchés physiquement, surtout au regard de tous ceux qui, eux, ont perdu la vie. Notre traumatisme n’est pas toujours pris en compte », regrette la jeune femme.

Mener ces combats est aussi, pour les rescapés qui sont partie prenante de l’association, une manière de thérapie. « On a besoin de se battre, d’avoir le sentiment de servir à quelque chose », analyse Caroline Langlade, qui, free-lance, n’a pas encore pu reprendre son travail. « Sinon ce n’est pas possible, tous ces morts n’auront servi à rien. On leur doit de se battre pour eux. Pour préparer “l’après”, aussi. » L’après, ce moment où les rescapés ne trembleront plus à la moindre porte qui claque, ne chercheront plus des yeux une issue de secours en entrant dans un lieu fermé… Et celui, aussi, où ils auront trouvé certaines réponses à leurs questions. « Ce qui est terrible, et ce qui est très différent par exemple des attentats du 11 septembre, c’est que nous n’avons pas eu affaire à un ennemi extérieur », constate Caroline Langlade. « Les mecs qui nous ont tiré dessus avaient notre âge, ils venaient de chez nous, étaient habillés comme nous. Qu’est-ce qui les a poussés à faire ça ? Comment ont-ils pu avoir suffisamment la haine pour venir tenter de nous abattre, nous qui étions leurs voisins, venus écouter de la musique. Collectivement, qu’est-ce qu’on a loupé ? »

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