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Vandalisée à deux reprises début décembre à Toulouse, l’exposition d’Olivier Ciappa a, à chaque fois, été réinstallée. Pour ne pas laisser l’homophobie l’emporter et pour que le message du photographe continue d’être diffusé…

Olivier Ciappa est un artiste obstiné. Son exposition, « Couples imaginaires », qui met en scène des amoureux fictifs ou réels, hétéros ou homos, avait déjà été vandalisée à Paris en 2013. Elle l’a de nouveau été à deux reprises, à Toulouse cette fois, début décembre. Les photos de couples d’anonymes, comme celles de célébrités — Eva Longoria et Lara Fabian, Frédérick Bousquet et Florent Manaudou, entre autres — ont été lacérées, mais elles ont à chaque fois été réinstallées, pour ne pas que triomphe l’homophobie. L’artiste revient sur ces dégradations et sur le regard qu’il porte sur ceux qui les ont commises.

Au départ, quel était le but de votre exposition des « couples imaginaires » ?

Je me suis lancé dans ce projet car j’ai eu le sentiment que l’homophobie révélée au grand jour par les débats autour du mariage pour tous provenait d’abord d’une méconnaissance totale, à la fois de l’homosexualité et de l’homoparentalité. J’ai, par exemple, vu à la télévision des opposants au mariage pour tous expliquer le plus sérieusement du monde que deux pères homosexuels organiseraient forcément des parties fines devant leurs enfants, et d’autres horreurs du même genre. Artistiquement, j’avais besoin de montrer ma propre vision de l’amour, de la douceur et de la tendresse. C’était même plus qu’une envie, c’était un besoin, celui de mélanger de « vrais » couples homosexuels ou hétérosexuels avec des couples, donc, imaginaires. Formés par tous ceux qui composent notre république, personnes âgées, jeunes, handicapés, valides, de toutes origines et de toutes confessions. Je voulais simplement montrer que, quelles que soient les différences, notre façon d’aimer est la même.

Quelle a été votre réaction en apprenant les dégradations subies par vos photos ?

J’ai été surpris, parce que ce ne sont que des photos douces, tendres, il n’y a aucune provocation là-dedans. Cela prouve que l’homophobie est toujours présente, et que les langues se délient, à cause notamment de certains politiques, qui n’hésitent pas à assumer un tel sentiment. Mais au-delà de la surprise, j’ai surtout été choqué car parmi les photos vandalisées il y avait celles d’enfants, puisque j’avais photographié à la fois des couples et des familles. Quand on en vient à faire disparaître une œuvre d’art qui met en scène un enfant, je me dis qu’on doit ressentir beaucoup, beaucoup de haine… J’ai donc demandé que chaque photo saccagée reste, et qu’une version réimprimée soit posée à côté. Ce faisant, j’ai véritablement eu le sentiment de passer d’une œuvre artistique montrant l’amour et la tendresse à une autre œuvre, dénonçant l’homophobie.

Œuvre qui, à son tour, a été dégradée. N’avez-vous pas ressenti une forme de lassitude, cette fois ?

Non, certainement pas. J’ai au contraire vu ma volonté renforcée d’utiliser l’art pour dénoncer la haine. La première fois, ils ont voulu montrer leur haine de l’homosexualité en général et de cette exposition en particulier. La seconde fois, en voyant l’impact international gigantesque de leur première expédition, ils ont voulu carrément la faire disparaître. Sauf qu’ils ont à nouveau échoué, puisque les photos ont été tirées dans une taille trois fois supérieure à ce qui avait été fait jusqu’alors, et place dans un lieu encore plus visible.

Les auteurs de ces actes seraient de jeunes gens se revendiquant catholiques et disant être « contre la promotion de ce mode de vie ». Qu’auriez-vous envie de leur dire ?

D’abord que je ne suis pas surpris. Dans tous les pays, toutes les villes ayant accueilli cette exposition, les réactions ont été très positives, sauf de la part d’extrémistes religieux qui prônent des valeurs moyenâgeuses. Plus que de leur parler, j’aurais envie de les écouter. Plus on connait l’origine de la haine, plus on peut prendre par la main ceux qui la ressentent pour leur permettre de changer d’avis. Pour moi, ce doit même être le but principal de l’art. Il est frappant de constater qu’une personne homophobe est, bien souvent, persuadée de ne pas l’être, d’être très ouverte. Sa haine n’est donc pas toujours dogmatique, elle vient juste du fait qu’elle ne connait pas l’homosexualité et cette méconnaissance entraîne des fantasmes, qui entraînent des peurs, qui entraînent des haines. Je fais ces photos pour éduquer la rétine, pour que chaque fois que des homophobes penseront à l’homosexualité et à l’homoparentalité, ces images de douceur s’imposent sans même qu’ils s’en rendent compte.

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