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Au Japon, six femmes sur dix quittent leur emploi lorsqu’elles deviennent mères, conséquence d’une pression insupportable au travail.

Un « lavage de cerveau ». Voilà comme Muriel Jolivet, sociologue française établie au Japon et spécialiste de ce pays, qualifie le conditionnement des femmes à devenir mères avant tout. « Cela remonte à l’après-guerre, lorsque toute l’énergie des hommes devait être mobilisée pour reconstruire le Japon. Les femmes, au fil des générations, ont fini par s’auto-persuader qu’elles devaient être surtout des mères, et en particulier avant d’être professionnellement actives ». Dans les entreprises, cet état d’esprit se traduit par d’impitoyables pressions sur les femmes, souvent officieusement tenues de ne pas tomber enceintes si elles veulent garder leur emploi. En 2008, 70 % des mères quittaient ainsi leur travail après leur premier enfant. Aujourd’hui, elles sont encore 60 % — contre 30 % des mères Françaises —, preuve que les mentalités évoluent peu à peu grâce au travail d’une poignée d’entre elles, engagées contre le « Maternity Harassment » ou « Matahara », le harcèlement maternel.

Un impératif économique

Matahara, c’est précisément le nom de l’organisation fondée l’an passé par Sayaka Osakabe. A 35 ans, cette ancienne employée d’un groupe de services à la personne est tombée enceinte deux fois, a souffert le martyr en silence et sans se soigner car « prendre un arrêt maladie aurait été trop mal vu », puis finalement subi deux fausses couches. C’est à l’issue de la seconde qu’elle a décidé de se révolter, d’attaquer son entreprise en justice et d’alerter l’opinion publique. « Il existe une loi pour lutter contre ce harcèlement, mais elle n’est jamais appliquée, et lorsqu’elle l’est les peines ne sont absolument pas dissuasives », regrette Sayaka Osakabe. « Il faut donc un changement législatif, mais surtout une évolution de la manière dont la Société, et les femmes elles-mêmes, appréhendent l’égalité entre les sexes. Et ce n’est d’ailleurs pas qu’un combat féministe : c’est aussi un impératif économique », estime la jeune femme. « Le pays se dépeuple et a besoin de travailleurs, or il n’est pas prêt à accueillir des immigrés », complète Muriel Jolivet. « Il va donc forcément falloir, rapidement, qu’il permette aux femmes de prendre leur place dans le monde professionnel », conclut la sociologue.

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