Home

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un temps passé de mode, le catch fait son grand retour en France. Le succès des galas est tel que le sport renoue avec le professionnalisme chez les hommes… Mais aussi chez les femmes. Grazia est allé à la rencontre de deux d’entre elles, Morgane et Pauline.

 

Ils s’appelaient l’Ange Blanc, le Bourreau de Béthune ou Popoff le Gitan, roi de la manchette ; chaque soir ou presque, les spectateurs venaient par centaines les acclamer. À Paris, pas moins de sept scènes les programmaient plusieurs fois par semaine, dont la salle Wagram ou, bien sûr, l’Elysée-Montmartre, temple de la discipline. C’est en direct de ces enceintes que Roger Couderc commentait leurs combats lors des retransmissions du vendredi soir par l’ORTF. Eux ? Ce sont les catcheurs, idoles des foules après-guerre et dont certains feraient ensuite carrière au cinéma, comme André le Géant ou, surtout, Lino Ventura. Tombé ensuite en désuétude, le catch n’était plus pratiqué, en France, que par quelques nostalgiques dans la solitude de salles miteuses et désertées par les foules. Mais depuis la fin des années 2000, le catch connait un étonnant revival dans notre pays, porté — comme souvent — par ce qu’il se fait aux États-Unis. Là-bas, loin de l’image un peu ringarde dont il souffre parfois ici, ce sport est même plutôt tendance depuis que Hulk Hogan (Rocky 3) ou Dwayne Johnson, alias The Rock (le Retour de la momie), entre autres, sont devenus des acteurs-catcheurs stars à Hollywood. Mais c’est lorsque George Clooney a jeté son dévolu sur Stacy Keibler en 2011 que le catch a définitivement investi les pages people des magazines : l’actrice, apparue notamment dans How I met your mother, s’était fait connaitre en combattant sous le nom de « Nitro Girl » quelques années plus tôt.

Gentille contre méchante

Porté, donc, par sa bonne étoile américaine, le catch a tellement bien réussi son come-back en France que l’on y trouve de nouveau des pratiquants professionnels, tels que Hugo « Guerrillero » Perez ou « Ivan le Terrible ». Mais les filles ne sont pas en reste ; elles sont ainsi une dizaine à être à moitié ou totalement professionnelles, à l’image de Pauline Laout et de Morgane Leigh. La première, 21 ans, surnommée « French Beauty » est une « face », une gentille ; la seconde, 23 ans, championne d’Europe, est une « heel », une méchante, pour les besoins d’une scénarisation dont raffolent les centaines de spectateurs qui les acclament à chaque gala -le millier même, parfois, selon les salles. « Je n’ai pas beaucoup de patience et je peux paraître un peu froide, alors je n’ai pas trop de mal à passer pour la méchante », savoure Morgane. « D’autant que je sais très bien qu’amener le public à prendre parti est une manière de le faire participer, ça fait donc partie du jeu. Et puis ça n’empêche pas certains spectateurs de s’attacher à mon personnage. J’entends souvent des gens me dire “même si tu es méchante, tu es la meilleure” ». Avec du recul le plus souvent, parfois au premier degré, comme ce fan qui, à chaque gala, envoie des bouquets de fleurs aux unes et tente de soudoyer les organisateurs pour faire perdre les autres. Ennemies sur le ring, les deux catcheuses sont amies dans le « civil ». Et, loin de l’image d’amazones histrioniques qu’elles incarnent à l’occasion, sont aussi gracieuses qu’affables et courtoises à la ville.

« Une école de la vie »

« Cela peut paraître paradoxal, mais c’est précisément le catch qui m’a amenée à devenir beaucoup plus féminine », se souvient Morgane. « Le fait que nos costumes reprennent des codes très “girly”, jusqu’à l’outrance parfois, m’a fait assumer un aspect de ma personnalité que je cachais jusque-là sous une apparence de garçon manqué ». Commerciale dans l’automobile, la Bretonne se consacre depuis quelques mois au catch, disputant en moyenne « deux galas par mois ». Pauline, elle, prépare un diplôme pour ouvrir une salle de sport. Du haut de son mètre 57, la jolie blonde qui vit et s’entraîne dans l’Aube a parfois du mal à convaincre ceux qu’elle croise qu’elle gagne en partie sa vie grâce au catch. « Ils n’en reviennent pas », s’amuse-t-elle. « Mais ce n’est pas, pour moi, qu’un simple travail : c’est une école de vie, qui m’a appris à m’affirmer, à respecter les autres. Au catch, on frappe, mais on a un impératif : ne jamais blesser, ce qui veut évidemment dire être très attentif à l’adversaire ».

« On a une date de péremption »

C’est aussi le catch qui fait voyager les jeunes femmes : Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne et même Japon bientôt, les galas sont internationaux et leur permettent de découvrir des cultures très diverses. « C’est une grande richesse, même si c’est épuisant », avoue Morgane. « Les voyages de huit heures à cinq dans une voiture, les événements de famille que l’on manque… Forcément, cela pèse un peu et l’on se dit qu’on n’arrêtera sans doute pas trop tard notre carrière », anticipe-t-elle. « On a de toute façon une date de péremption », sourit Pauline. « Les hommes peuvent catcher jusqu’à 60 ans, mais nous, si on veut fonder une famille, il faut songer vers 35 ans à arrêter de prendre des coups. » Prendre des coups ? C’est loin d’être une expression. « Nos galas, ce ne sont pas des shows à l’américaine. Les coups que l’on porte sont réels, et j’invite tous ceux qui en doutent à venir assister à l’un de nos combats pour s’en convaincre », propose Pauline. La démonstration par l’exemple, dans la moiteur caniculaire d’une salle de sport de Nanterre mi-juillet, fut plus que convaincante ; affûtées comme des arbalètes, ce sont deux sportives de très haut niveau qui se sont fait face à l’entraînement ce jour-là. Confirmant une impression tangible : avec des personnalités aussi attachantes, doublées d’athlètes capables de s’entraîner cinq fois par semaine pour le servir au mieux, le catch féminin, mélange de force et de légèreté, a probablement de belles heures devant lui.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s