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Déchirée par une interminable guerre civile, la Somalie espère parvenir à mettre en place des élections présidentielles démocratiques l’an prochain. Deux femmes sont d’ores et déjà candidates.

« Cela fait 25 ans que les hommes gouvernent la Somalie. Et qu’est-ce qu’ils ont fait ? Rien. Maintenant, c’est aux femmes de jouer. » À 42 ans, Anab Dahir conserve un visage de jeune fille. Mais ses mots sont bien ceux de la mère qu’elle est, lasse d’imaginer que l’avenir de ses six enfants s’écrira forcément loin de son pays d’origine, qu’elle a dû quitter en 1997. Établie à Saint-Cloud, dans le Minnesota, Anab Dahir s’est très vite distinguée par son engagement en faveur de ses compatriotes émigrés aux États-Unis, créant même la Central Minnesota Somali Women and Youth Support en 2012, pour aider les femmes et les plus jeunes d’entre eux à devenir autonomes. Cette expérience, autant que son regard sur la façon dont est gouverné son pays, lui ont donné d’autres envies, d’autres ambitions ; elle rêve aujourd’hui de devenir présidente de la Somalie, où devraient avoir lieu en 2016 les premières élections libres depuis 1967. « Devraient », car, « le calendrier me paraît difficilement tenable », prévient Roland Marchal, chercheur au CNRS. « Comment ambitionner de faire voter une population quand on n’a pas mis en place un recensement, ni même un processus électoral ? Comment, surtout, organiser ce vote partout alors même que les shebabs tiennent encore certaines régions ? » Au-delà même des bastions contrôlés par les islamistes somaliens, l’insécurité est telle dans le pays que, lors de sa visite en mai dernier, le secrétaire d’État américain John Kerry n’avait pu quitter l’aéroport.

« Une génération qui n’a connu que la violence »

La sécurité, c’est précisément l’un des thèmes de campagne majeurs de l’autre candidate déclarée à la Présidence de la République somalienne. Comme Anab Dahir, Fadumo Dayib a 42 ans et vit aux États-Unis. Installée à Boston, elle est née au Kenya de parents somaliens, renvoyés plusieurs fois dans leur pays quand elle était enfant mais revenant inlassablement à Nairobi pour tenter de fuir la misère et la guerre civile, qui n’a jamais vraiment cessé depuis 1992. Quand elle a eu 17 ans, sa famille a enfin pu obtenir le statut de réfugiée et fuir en Finlande, où Fadumo Dayib est elle-même devenue mère de quatre enfants, qui y vivent toujours avec leur père. Aujourd’hui, donc, Fadumo Dayib espère rentrer dans un pays qu’elle n’a fréquenté que par intermittence, notamment pour combattre la criminalité. « Il y a là-bas une génération entière qui n’a connu que la violence », rappelle-t-elle. « Les femmes et les enfants, notamment, doivent s’y confronter régulièrement. Ils sont en particulier victimes de crimes sexuels. Il faut en finir avec l’impunité dont bénéficient leurs agresseurs », explique-t-elle.

« Être candidate, c’est dangereux »

Fadumo Dayib, Anab Dahir, toutes deux sont candidates dans un pays qui ne laisse que des miettes, politiquement, à ses femmes. « En théorie, la loi oblige à avoir 30 % de femmes au Parlement, mais il n’y en a que 14 % à l’heure actuelle, qui en plus n’ont pas vraiment voix au chapitre sur les questions qui comptent vraiment », regrette Fadumo Dayib. « Il y a bien eu quelques femmes ministres, mais elles étaient à des postes subalternes », acquiesce Roland Marchal. « La seule qui ait été ministre des Affaires étrangères le devait moins à ses compétences qu’au fait qu’elle avait des relations intimes avec le président de la République de l’époque, alors même qu’il y a évidemment, en Somalie, des femmes dignes d’exercer de très hautes fonctions. C’est d’autant plus navrant qu’avant la guerre civile, les femmes avaient la possibilité d’accéder à des postes importants. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Si une femme était élue, ce serait évidemment un signe fort. »

Un signe que redoutent les fondamentalistes, de plus en plus nombreux dans le pays et dont les shebabs ne sont que la partie émergée et ultra-violente. « Je reçois régulièrement des messages me prévenant qu’en tant que femme, je ne dois pas m’exprimer publiquement. On me dit que je dois rester à ma place, qu’en sortir est contraire à l’Islam », révèle Fadumo Ayib. « Être candidate, c’est dangereux », reconnaît Anab Dahir. « Je sais que je suis susceptible de me faire tuer, mais, s’il m’arrive quelque chose, ce sera parce que j’ai tenté de faire changer mon pays. Quand je vois mes compatriotes mourir chaque jour faute de soin, de nourriture, de toit sur leur tête, je ne me pose même pas la question : me présenter à la présidence de mon pays m’apparaît comme une évidence ».

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