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L’ancienne procureure générale, limogée le 5 août, dénonce la dérive autoritaire du président du Venezuela. Elle est le symbole des chavistes « historiques » qui veulent voir partir Nicolas Maduro.

Elle s’appelle Luisa Ortega Diaz. Mais pour Nicolas Maduro, elle n’est plus que la « bruja », la sorcière. Une insulte lancée publiquement par le président du Venezuela, dont le pays connait une crise majeure, accentuée ces dernières semaines par des heurts meurtriers. Cette partisane historique d’Hugo Chavez était encore procureure générale du Venezuela le 4 août dernier. Le lendemain, elle était démise de ses hautes fonctions, limogée sans façon par la nouvelle assemblée constituante, nommée six jours plus tôt. En cause ? Sa liberté de parole, particulièrement exercée depuis le 31 mars dernier. Ce jour-là, elle dénonce une « rupture de l’ordre constitutionnel » : la Cour suprême vient de s’arroger les pouvoirs de la seule institution contrôlée par l’opposition, à savoir le Parlement. Elle pointe ensuite « l’usage excessif de la répression par les corps de sécurité de l’État » durant les manifestations anti-Maduro commencées au printemps. Luisa Ortega Diaz avance même le chiffre de 128 personnes « assassinées », dont au moins un quart l’auraient été, toujours selon elle, « en conséquence directe de l’action des forces de sécurité », qui agiraient « en violation systématique des droits de l’homme ». « Ce que je pense, c’est que nous avons un terrorisme d’État, où l’on a perdu le droit de manifester, où les manifestations sont cruellement réprimées, où l’on juge des civils devant la justice militaire », ose-t-elle même affirmer. Autant de sorties pas vraiment appréciées par Nicolas Maduro, lancé dans une dérive autocratique aux yeux de ses opposants, qui a donc fait tomber celle qui le défiait jusque-là. « Je ne reconnais pas ces décisions (…) parce qu’elles vont à l’encontre de la Constitution et de la loi », a-t-elle aussitôt rétorqué, dénonçant « un coup d’État contre la Constitution ».

 

« Une personnalité respectée »

 

« Ce n’est pas un hasard si la première décision politique forte de la nouvelle assemblée constituante est la destitution de Luisa Ortega », estime le politologue Thomas Poasado, spécialiste du Venezuela. « C’est une personnalité écoutée, respectée, et dont on ne peut remettre en cause l’attachement viscéral aux valeurs chavistes, même si l’entourage de Maduro l’accuse de “traitrise”. Mais son camp n’est pas dupe, et l’opposition la respecte désormais car elle a su prendre ses distances avec le gouvernement, devant l’ampleur de la répression ». Elle est désormais le symbole des chavistes « historiques », de plus en plus nombreux à s’opposer à Nicolas Maduro après avoir été parfois ses collaborateurs, des militants ou même des ministres socialistes. « Elle incarne, à l’international en particulier, ces déçus qui considèrent que l’actuel président n’est en rien fidèle à l’héritage d’Hugo Chavez », confirme Thomas Posado. Contribuant ainsi à nuancer, voire corriger la caricature parfois observée du côté de l’Occident en particulier, d’une vague de protestation uniquement menée par des opposants par principe au camp chaviste. Et maintenant, quel avenir pour l’ancienne procureur générale ? « De deux choses l’une », résume Thomas Posado. « Soit il y a désescalade des tensions, et Luisa Ortega peut devenir l’une des figures de la médiation, voire envisager un rôle politique majeur. Soit Maduro se maintient et on peut craindre pour son avenir et sa liberté en particulier. N’importe quel prétexte sera bon pour la poursuivre et la faire emprisonner, par exemple… »

 


Cilia Flores, première dame en première ligne

Si Luisa Ortega est « la seule femme de premier plan, dans un pays où les hommes occupent encore tous les postes majeurs », selon Thomas Posado, elle n’est pas la seule à faire entendre sa voix. Dans le camp des opposants au gouvernement, Lilian Tintori ou Oriette Schadendorf Capriles sont elles aussi devenues des symboles. Les deux femmes luttent pour les droits de leurs proches, personnalités politiques privées de leurs droits ou de leur liberté. Mais dans le camp Maduro, c’est la propre femme du président, Cilia Flores, qui attire la lumière. Cette avocate sexagénaire, qui a défendu Chavez devant la justice en 1992, fait partie des rédacteurs chargés d’établir une nouvelle constitution. Considérée comme la femme la plus puissante du Venezuela, « Cilita la Bonita », « Cilita la jolie », comme l’appelle publiquement Maduro, est dans le collimateur d’ONG comme Transparencia Venezolana, accusée notamment de népotisme. Elle avait aussi vu deux de ses neveux être arrêtés aux États-Unis alors qu’ils tentaient d’importer 800 kilos de cocaïne fin 2015, affaire qui avait grandement embarrassé son président de mari.


Paru dans Grazia août 2017

Textes Jean Berthelot de La Glétais

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