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La cité girondine peine à aborder la question de son passé esclavagiste, elle qui compte encore une vingtaine de rues portant le nom de personnalités impliquées dans la traite d’êtres humains.

Cours Balguerie, rue Saige, Cours Portal : pour les habitants de Bordeaux, ces artères sont bien connues. Elles prennent une résonnance particulière lorsque l’on sait ce qui les relie : elles portent le nom de personnalités qui ont pris part à la traite des esclaves ou profité de cette main d’œuvre forcée. Quelques jours après le retrait de l’enseigne « Au nègre joyeux », fin septembre à Paris, l’association girondine Mémoires et Partages a écrit une lettre ouverte au maire de Bordeaux, Alain Juppé, intitulée « Faut-il débaptiser les rues de négriers ? ». « Nous souhaitons que la ville avance sur cette thématique », explique Karfa Diallo, président de l’association Mémoires et Partages. « Notre préconisation est claire : il ne faut surtout pas les débaptiser, ce serait une façon de rassurer les consciences. Dans un siècle ou deux on pourrait avoir oublié que ce sont des êtres humains qui se sont rendus coupables du crime contre l’humanité qu’est l’esclavage. Au contraire, je crois qu’il faut les conserver mais apposer en dessous des noms une plaque explicative qui permette de contextualiser, d’expliquer qui sont ces gens. Bordeaux, pourtant place forte du commerce triangulaire, est très en retard sur cette question mémorielle. C’est peut-être dû à la renommée internationale de la ville : ouvrir le débat, cela risquerait d’entacher son image… » « Faux », répond Malik Fetouh, adjoint au maire de Bordeaux en charge de cette question. « D’abord, le musée d’Aquitaine abrite une salle réservée à l’esclavage. Ensuite un comité mis en place par la ville réfléchit à la meilleure manière de faire de la pédagogie sur ce sujet et rendre prochainement son rapport », rappelle l’élu.  L’ancienne présidente du Comité national pour la mémoire de l’esclavage et historienne Myriam Cottias plaide, elle, non pour un musée mais pour une structure ouverte par et pour le public, « surtout pas captée par des associations ou des responsables politiques mais, au contraire, issue d’une consultation citoyenne qu’il conviendrait d’organiser. Il faut que ce centre soit ouvert au plus grand nombre. Ce qui est essentiel, c’est que cette mémoire de l’esclavage s’inscrive dans le paysage urbain », estime l’historienne. À Nantes, par exemple, un immense mémorial en accès libre, en partie à ciel ouvert, a été installé au cœur de la ville pour rappeler à tous l’horreur de l’esclavage.

Paru dans Grazia novembre 2017

Texte Jean Berthelot de La Glétais

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