Home
Photos Magali Maricot

Devenue la première femme patron pêcheur de Saint-Jean-de-Luz il y a 25 ans, Anne-Marie Vergez lutte aujourd’hui pour faire entendre la voix des « artisans » de la mer.

Bien qu’elle s’en défende, Anne-Marie Vergez est une figure de Saint-Jean-de-Luz. Il y a près de 25 ans, elle fut la première femme patron pêcheur de la ville. Happée par l’amour de la mer en naviguant sur les bateaux d’amis pêcheurs, Anne-Marie quitte le laboratoire photo pour lequel elle travaillait et embarque à son tour. « Et je dois reconnaître que ça dure ! » sourit-elle à bord du Nahikari (« le désir » autant que « le plaisir », en basque). « J’imagine bien qu’un jour je devrai laisser ma place aux jeunes. J’ai d’ailleurs une équipe avec laquelle je travaille qui serait sûrement volontaire pour reprendre mon bateau. Mais pour le moment, je n’ai pas du tout envie d’arrêter. J’aime trop ce métier. Je l’aime énormément. » « Énormément », en dépit des coups durs qui n’épargnent pas les pêcheurs, depuis des années. Au-delà même des conditions intrinsèques du métier lui-même, de ses réveils nocturnes, de ses incertitudes, de ses mers dont il ne faut jamais trop présumer qu’on en reviendra. « Non, le plus dur, ce sont les quotas de pêche. » Elle est là, la vraie créature à combattre, l’hydre qui hante les nuits des « petits pêcheurs ».

Résolument favorables aux défenseurs d’une pêche industrielle, les quotas créent d’immenses injustices qu’Anne-Marie combat depuis longtemps. Depuis 2012, elle copréside la plate-forme de la petite pêche artisanale française avec le Breton Gwen Pennarun et le Languedocien Frédéric Reste. Soutenue par deux associations écologistes, et non des moindres, Greenpeace et le WWF, la plate-forme tente de lutter contre le puissant lobby de la pêche industrielle. « En théorie, l’État français s’oppose aux quotas individuels, c’est-à-dire qu’il y a en quelque sorte un “pot commun” de pêche. Sauf qu’en pratique, pour des questions de priorité à l’antériorité (plus un bateau pêche depuis longtemps, plus il peut continuer de pêcher, ndlr), ce sont les gros bateaux qui ont le plus le droit de pêcher. Et l’on se retrouve donc, de facto, avec des quotas individuels : les gros peuvent pêcher beaucoup plus que les petits, qui peuvent à peine survivre », déplore Anne-Marie.

Les « gros » favorisés

Petit retour en arrière : au milieu des années 1980, l’Europe commence à s’inquiéter des conséquences de la pêche industrielle et instaure les premiers quotas. Au début des années 1990, elle les reconduit avant de s’apercevoir, à la fin de cette décennie et au début de la suivante, que ces mesures sont insuffisantes. Elle les durcit en 2002 avant de s’apercevoir, en 2009, de l’échec de cette politique commune de la pêche (PCP) et de tenter, en 2013, de modifier la donne. « Ce n’est pas le principe des quotas qui pose problème, au contraire. On a été longtemps trop laxistes, il fallait réagir », commence Anne-Marie Vergez. « Mais au fil des années, tous les pêcheurs ont donc payé les conséquences de la surpêche alors que tous n’en étaient pas responsables. Un petit bateau comme le mien, par exemple, ne menace absolument pas la survie d’une espèce ! En revanche un gros bateau, qui capture tout sans distinction et rejette à la mer les poissons qui ne lui conviennent pas, morts la plupart du temps, est évidemment bien plus problématique. Prenez l’exemple du thon : sa pêche a été drastiquement limitée à cause des abus des “gros”. Mais nous avons aussi été sanctionnés, alors que nous n’y étions pas pour grand-chose ! Et aujourd’hui, alors que l’on peut un peu plus en pêcher, 90 % des quotas sont revenus aux pélagiques dans l’Atlantique et aux senneurs en Méditerranée, donc aux pêcheurs industriels, pour des histoires d’antériorité. Ce n’est pas normal, et c’est en plus contre-productif car c’est le meilleur moyen de revenir à une situation de surpêche », regrette Anne-Marie Vergez. « On sait très bien qu’il est impensable d’arrêter la pêche hauturière, et d’ailleurs on n’y songe même pas ! Simplement, nous voudrions une répartition plus équitable pour la petite pêche sélective, de proximité, intégrée dans son environnement social et économique que nous représentons. Ce sont ceux qui ont vidé la mer qui se retrouvent avec les plus gros quotas ! » La dernière initiative européenne, en 2013, avait justement pour but de rétablir l’équilibre en faveur des petits. Sauf qu’en se fondant de nouveau sur l’antériorité, la disposition n’a fait que perpétuer l’injustice existante. « Alors on continue de se battre », prévient Anne-Marie Vergez. « Avec un avantage qu’on n’avait pas il y a quelques années : les consommateurs, aujourd’hui, sont à nos côtés. Ils sont conscients que le combat contre la malbouffe passe aussi par la survie de la pêche artisanale. En quelque sorte, nous sommes dans l’air du vent », conclut-elle joliment.

Paru dans Sud Ouest Le Mag

Texte Jean Berthelot de la Glétais

 

2 réflexions sur “Anne-Marie Vergez, la dame de mer

  1. Pingback: Anne-Marie Vergez, la dame de mer – Magali Maricot

  2. Pingback: Sponsors, les petits clubs aussi – Magali Maricot

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s