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Photos Magali Maricot

Comme les professionnels, les « petits » clubs amateurs ont besoin des sponsors pour vivre. Mais les démarcher et les fidéliser n’est pas chose aisée…

C’est une petite révolution dont tous les amoureux de rugby ont entendu parler : pour la première fois de son histoire, le maillot du XV de France accueille un sponsor, Altrad, depuis mars dernier. Dans le même temps, les Girondins de Bordeaux apposaient enfin un nom sur leur tunique, qui venait de passer 27 journées vierge de toute inscription, exception faite d’opérations de charité ponctuelles. Dans les deux cas, l’intérêt pour l’équipe et pour le partenaire est évident : des rentrées d’argent pour le premier, une visibilité énorme pour le second. Mais qu’en est-il des équipes amateurs ? Elles aussi arborent bien souvent une marque sur leur maillot, mais la publicité qu’elles lui font est évidemment moindre, voire quasi inexistante dans certains cas. « Il est certain que les entreprises communiquent souvent par ce biais pour des raisons sentimentales », reconnaît Denis Lafoux, président de la Fédération française des clubs omnisports (FFCO). « Leur dirigeant connait celui de l’équipe en question, on lui donne un coup de main… Mais ce n’est pas la seule raison : certaines le font aussi pour marquer un ancrage territorial, se poser en acteur important d’un village, par exemple ». Quelles qu’en soient les raisons, leur manne est aujourd’hui indispensable aux structures amateurs : « la plupart des clubs voient leurs subventions publiques fortement diminuer », poursuit Denis Lafoux, qui organise régulièrement des réunions pour aider les « petites » équipes à trouver des fonds. « Chaque maire essaie d’être plus vigilant sur ses dépenses, donc rogne sur ces budgets. Or dans le même temps, les frais augmentent, principalement parce qu’il y a de plus en plus de licenciés ». Organiser les déplacements, acheter, laver les maillots, verser des primes de matches dans certains cas, tout cela a un coût. « Il faut donc que chaque club démarche efficacement des entreprises : si le lien affectif existe, c’est généralement assez facile. Sinon, il faut bien faire comprendre l’intérêt d’un tel partenariat, se placer dans une relation “gagnant-gagnant”. Certains vont avoir besoin d’une réduction fiscale (lire encadré), d’autres d’une notoriété, d’autres enfin de places de matches… Il faut bien cibler et adapter son discours. Mais c’est loin d’être évident, surtout pour les disciplines qui ne comptent pas beaucoup d’adhérents, et dont même les pratiquants à haut niveau peinent parfois à trouver des sponsors. »

Les grandes enseignes sollicitées

Apporter une vraie plus-value aux partenaires, c’est aussi la stratégie de Laurent Julien. Président délégué du Saint-Médard Rugby Club (SMRC), il est en charge de trouver des sponsors pour ses équipes. Avec un gros avantage : cet ancien de Pernod Ricard était en charge des relations avec les clubs aidés par le groupe, et il a aussi été salarié de la Fédération française de rugby. Passé « de l’autre côté » il y a quelques années, il sait trouver les mots pour convaincre des partenaires. « Autrefois, on investissait par amour du club ou du rugby, mais la crise est passée par là et il faut désormais offrir un vrai retour aux partenaires. Nous sommes dans une économie faible, c’est-à-dire qu’on ne dépense pas à tout-va : en revanche, toute société — ou presque — a besoin de communiquer sans gaspiller. Aider le club de son village peut être un excellent vecteur », assure-t-il. Son expérience a permis à Saint-Médard de boucler des budgets difficiles, notamment grâce à des partenaires historiques : « nos équipes sont surnommées les Poudriers car notre club est né, il y a 110 ans, grâce à des salariés de la poudrerie de la ville. Aujourd’hui, c’est Airbus Safran Launchers qui occupe ce site, et qui continue de nous soutenir, même si l’ancrage local de cette société basée en région parisienne est moins marqué ». De grands groupes dont l’antenne régionale investit dans de petits clubs, c’est un schéma que l’on retrouve souvent. « De plus en plus, même », reprend Denis Lafoux, le président de la FFCO. « Carrefour, Intersport, Décathlon, Leclerc, toutes les enseignes majeures, de la grande distribution en particulier, disposent de lignes budgétaires dévolues aux associations. Ce sont souvent vers elles que les clubs se tournent d’abord, avant d’aller vers entreprises uniquement locales. » Lesquelles peuvent répondre présentes… et parfois même un peu plus.

Des partenaires au bout de la passion

Sollicité il y a quelques mois, Patrick Lalanne a ainsi fait bien plus que devenir partenaire du RC Cubzaguais (RCC), le club de Saint-André de Cubzac et de ses environs. Le patron de La Plage, la gigantesque boîte de nuit située quai de Paludate, à Bordeaux, est un sponsor historique de l’Union Bordeaux-Bègles (UBB). À l’orée de la saison 2015-2016, celui qui vit désormais à Saint-André s’est lancé à corps perdu dans l’aventure RCC. Président d’honneur la première année, président tout court cette saison, Patrick Lalanne a fait venir l’ancien international Springbok (deux sélections) et demi de mêlée de l’UBB Heini Adams pour occuper le poste de manager. Entouré de joueurs d’expérience, anciens pros pour certains, il a fait monter l’équipe première de quatrième en deuxième série, le neuvième niveau. Avec un objectif : grimper en cinq ans en Fédérale 3, la cinquième division. « C’était la condition sine qua non à mon arrivée », explique Patrick Lalanne : « retrouver l’ambition et développer le club, ce qui passait forcément par la mise en place de moyens adéquats. Mais le développement, ce n’est pas seulement faire monter l’équipe senior, c’est aussi et surtout mettre l’accent sur l’école de rugby, qui est l’avenir du club. » Pour ce chef d’entreprise, qui emploie plus d’une centaine de salariés, les raisons d’investir dans le RCC et l’UBB sont multiples : « travaillant et vivant en Gironde, je trouve normal de faire profiter ces clubs des fruits de mon travail. Et puis cela permet de faire changer le regard des gens sur les boîtes de nuit, de leur montrer qu’elles ne sont pas forcément contradictoires avec l’esprit du sport. Il y a aussi un rôle social : s’occuper des enfants, c’est leur permettre d’avoir un but, un rêve, plutôt que d’être désœuvrés », détaille Patrick Lalanne. « Mais je dois reconnaître une chose : si j’investis autant, si je m’investis, même, en particulier dans le RCC, c’est surtout parce que je retrouve une montée d’adrénaline que j’ai un peu perdue dans les affaires, qui sont désormais établies », sourit celui qui a, lui-même, longtemps été joueur de rugby. Ce cœur qui bat pour des couleurs, Patrick Lalanne n’est pas seul à l’avoir. Chaque week-end, le RCC se produit désormais devant 500 à 1000 spectateurs, une réussite majeure pour une équipe de ce niveau. « Ils viennent voir un vrai spectacle, sur tous les plans », reprend le nouveau patron du club. « Il y a les pom-pom girls, les bandas, l’animateur de l’UBB, on essaie de leur proposer une sortie en famille qui leur fasse vraiment plaisir. Mais le spectacle doit surtout être sur le terrain ; on met en place un style de jeu ouvert, fait de passes redoublées, de ballons au large, qui est spectaculaire et beau à voir. Et cela, dans toutes les équipes, dès l’école de rugby. On veut que ce soit notre identité, que chacun s’amuse en venant jouer. Tout en apprenant les fondamentaux de ce sport, cette ligne de conduite, l’envie de se battre pour soi, pour les autres, qui servira toute la vie. » La très belle histoire du RCC, qui fête cette année son quarantième anniversaire mais dont l’équipe fanion avait un temps été mise en sommeil faute de moyens, ne masque évidemment pas les difficultés qu’ont beaucoup de clubs amateurs à trouver des sponsors. Elle peut au moins les inspirer. Elle est en tout cas le signe que ces « petits », même dépourvus des moyens du monde professionnel, ont de belles valeurs à mettre en avant, lesquelles peuvent rejaillir sur les entreprises qui les accompagnent.


Des avantages fiscaux

Lorsqu’une entreprise verse à un club amateur de l’argent sans contrepartie, on parle de mécénat. Elle peut alors obtenir une réduction d’impôt équivalente à 60 % de ce don, dans la limite de 5 % de son chiffre d’affaires. Dans le cadre du sponsoring, une entreprise verse de l’argent à un club en échange de visibilité : affichage sur les maillots, les shorts, dans le stade, etc. Les dépenses sont déductibles des résultats imposables de l’entreprise. Par ailleurs, les factures générées dans ce cadre du sponsoring sont TTC et le sponsor peut donc déduire la TVA facturée par le sponsorisé.


 

Paru dans Sud Ouest Le Mag

Textes Jean Berthelot de La Glétais

Une réflexion sur “Sponsors, les petits clubs aussi

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